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[+4]    #1 11/02/2022 22h12

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Bonsoir à tous

J’ouvre ce fil après avoir recherché sur le forum pour parler d’un sujet qui peut sembler anodin mais ne l’est pas en zone rurale : la pratique du don.

J’ai constaté en vivant avec des urbains qu’ils ne connaissent pas du tout cette pratique, pourtant fortement ancrée dans les zones rurales.
D’ailleurs des néoruraux peuvent rater leur intégration par maladresse en ne connaissant pas ce phénomène, là où des gens avec la culture rurale comme moi peuvent s’en sortir bien mieux (mes grands parents étaient des ruraux d’une autre région donc j’ai toujours connu ça bien qu’étant né en ville)

Donc dans beaucoup de campagnes françaises, il existe une économie parallèle quasi démonétisée basée sur le don. Le principe est simple, on donne quelques chose (production ou temps de travail) à ses voisins, avec comme contrepartie implicite que la personne qui reçois doit donner quelque chose en retour.

Mais cela ne sera pas forcément à la personne qui vous à donné un coup de main, cette pratique est très communautaire. Généralement les voisins seront satisfait de vous voir donner un coup de main à quelqu’un d’autre (qui lui même pourra donner un coup de main à une autre personne… ce qui à terme reviens à aider la première indirectement)

C’est pourquoi il est souvent maladroit de proposer de l’argent à un voisin qui vous aide (mais attention, il peut être maladroit selon la personne, de ne pas proposer d’argent…). Par contre une bonne bouteille (par exemple) en remerciement sera toujours appréciée, quand bien même la valeur de la bouteille soit largement inférieure au service rendu.
Il est aussi très maladroit, une fois qu’on a bénéficié d’un coup de main quelconque, de NE PAS proposer un coup de main en retour à une autre occasion…
Et il peut être mal vu de refuser qu’on vous donne quelque chose, cela pourrait être interprété (même de manière inconsciente) comme une volonté de ne pas participer à la vie locale.

Bon la théorie anthropologique c’est bien, mais parlons un peu de concret. Pour un radin, qu’est-ce que ça rapporte l’économie du don en zone rurale :
- la nourriture : je ne peux pas compter la quantité de champignons, châtaignes, mûres, légumes du jardin, confitures, morceau de sanglier, de chevreuil ou de cerf, pots de miel, bouteilles de gnôle que l’on m’a donné. Outre les économies, c’est surtout un moyen de largement améliorer son ordinaire avec des produits de qualité qu’on n’a pas forcément l’habitude de manger et qui coûteraient une fortune au supermarché. Je suis bien incapable de vous donner un chiffre précis, mais cela représente des centaines d’euros par an
- le chauffage : là la balance penche plutôt de l’autre coté  Je donne fréquemment de coups de mains à des voisins pour couper leur bois, à des personnes âgées du voisinage pour le ranger, et je coupe parfois des arbres gênants en échange du bois. Je récupère pas mal de bois ainsi (ça représente la moitié de ma consommation en 2021), mais j’y passe beaucoup plus de temps que ce qu’il me faudrait facturer pour acheter ce bois. Mais encore une fois, cela participe à l’économie locale et il faut bien aider. Par contre je fais de sacrées économies en salle de musculation.
- l’immobilier : là, l’intérêt est énorme. La main d’œuvre gratuite sur un chantier apportée par les voisinage peut représenter une petite fortune. Si vous voulez vous faire faire un garage sur ma commune, achetez les matériaux, une bonne quantité de nourriture et quelques bouteilles, et organisez un chantier participatif qui vous le montera en quelques week-ends… mais gare aux problèmes de cheveux le lendemain. Bon blague à part, et outre les gros chantiers les petits travaux de terrassement avec le tracteur du voisin, les petits travaux de plomberie et d’électricité par le bricoleur du hameau… tout cela représente des économies énormes par rapport aux mêmes prestations réalisés par des pros

Bon et on ne s’attardera pas sur la subtilité des pratiques liées aux tournées à payer au bar, qui enrichissent surtout le gérant de l’établissement (mais là aussi, gare aux faux pas !)

Bref, si on ne peut pas chiffrer tout cela ça reste globalement très rentable pour une bonne raison : TOUT CELA EST TOTALEMENT DÉFISCALISÉ

Et oui, un coup de main, ce n’est pas du travail au noir (les gens qui vous les donnent sont rarement du métier), ça ne provoque pas de cotisations sociales, ni de TVA, ni de CSG/CRDS ni impôt sur le revenu.

Dans certains endroit, cette pratique est loin d’être anecdotique, car l’équivalent PIB caché produit par tout ce travail, si il était étudié sérieusement par un économiste représenterait une part non négligeable de l’activité locale.

N’hésitez pas à partager vos expériences et me dire si ça existe en ville  !

Dernière modification par Sisyphe01 (11/02/2022 22h16)

Mots-clés : campagne, don, économies

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#2 12/02/2022 00h31

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En sociologie, le don est une notion. Le célèbre anthropologue Marcel MAUSS a développer la théorie du don et du contre-don en observant d’autres cultures que la notre. Mais évidemment, Sisyphe01, cela existe dans toutes les cultures.
Essai sur le don ? Wikipédia

Là où le lien social existe (encore), cette théorie se pratique de fait. C’est ce qu’on appelle un fait social total (encore Mauss).
Fait social total ? Wikipédia
Est-ce à dire que ce lien social existe surtout dans nos campagnes plutôt qu’en ville?

Dernière modification par ColombC (12/02/2022 00h33)


L'investissement, c'est ce que l'on fait de son temps et de son énergie

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#3 12/02/2022 00h52

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J’ai assisté à 2 étapes du délitement de ce lien rural.
Dans le village où j’ai grandi, le lien commençait à se distendre, les services n’étaient plus réalisés qu’entre voisin proche, et généralement locaux du village.

Revenant dans le coin 20 ans plus tard, un constat simple : "chacun chez soi et les moutons seront bien gardés".
Il n’y a que peu de vie social, chacun est chez soi, on se dit bonjour et rarement plus.
La clé réside à priori dans le renouvellement des populations : dans mon village depuis 2016, d’après dvf, près de 20% des biens ont changés de main (et je dirais 4/5% sont vacant depuis le même intervalle de temps).
Donc les gens du villages sont devenus rares.

Et quand je vois comment notre maire (natif du village) a l’air dépité quand les rares évènements municipaux sont désertés par les habitants, je pense que je rate encore un énorme morceau de la distension du lien social.

Ceci dit, je pratique encore le don, en particulier des légumes en excès, mais plus par conviction personnel que par réel intérêt.
Et pour être honnête, mes parents blasés par ce nouveau paradigme en sont arrivés à préférer jeter les excédents de production plutôt que de donner à des voisins qui ensuite viennent en quémander plus.

La question que je me pose depuis plusieurs années, c’est est ce lié à un changement générationnel, ou est ce lié à la notion de ville dortoir : on habite mais on ne vit plus localement.

Dernière modification par gunday (12/02/2022 00h52)

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#4 12/02/2022 13h07

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oui c’est d’ailleurs pour ça que je ne suis pas retourné dans le village de mes grands parents.
ce village, en périphérie éloignée (plus de 50km) d’une ancienne capitale régionale est devenue un refuge pour les classes moyennes / supérieures de cette ville en croissance

en 20 ans, la population a doublée, et les 3/4 de la population sont désormais des urbains qui ne viennent ici que pour dormir ou rester dans leur jardin. On voit très bien que sauf dans les hameau peuplés d’anciens habitants, la dynamique locale a disparu, et est vouée à disparaître totalement

je vis désormais dans une autre région (où j’ai grandi) mais dans un village rural ou 80% de la population est née sur place et je retrouve l’ambiance de mon enfance (mais je sui désormais un étranger … globalement bien acepté mais je pense qu’il faudra une dizaines d’années de plus pour qu’on m’accepte complètement)

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[+1]    #5 12/02/2022 13h54

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ESTJ

J’ai grandi dans une zone rurale avec alors peu de mouvements de population et me retrouve bien dans les posts précédents. Je pense que ce lien fort tenait par 3 axes : l’école communale, le sport (foot ou basket souvent) et l’église (ou le bistrot).  Par les 3 axes, on quadrillait toutes les sensibilités et on restait en pays de connaissance dans un rayon de 10 km, pas besoin de Facebook pour reseauter !

La première cause d’exode chez nous était la lente agonie des deux usines du coin : du temps de leur splendeur, il y avait même un car pour y aller et venir pour les ouvriers jusque chez eux. L’avènement des voitures en nombre a rendu le ramassage caduque, le début de l’individualisme. Même phénomène à la sortie des écoles ou les parents prennent la voiture et viennent s’agglutiner aux heures de sortie : une occasion de moins de marcher et aussi de favoriser les rencontres et palabres.

Je veux bien croire que les nouveaux arrivants peuvent faire preuve de plus de lien que les locaux s’ils en ont la volonté, et il risque de leur en falloir, car on est pas toujours bien accueilli comme étranger, et pas sûr que 10 ans de séjour ne vous laisse pas toujours cette étiquette….

Du temps de mes grands parents, la commune appelait les volontaires pour des corvées collectives (réparer un mur en pierres sèches écroule, refaire un fossé, etc…), casse croûte a l’appui. Il y avait bien sûr des sourds à ces appels, mais toujours assez de monde pour les boucler. Pas sûr que ce genre de formule ferait le plein désormais, et on peut aussi faire le lien avec les impôts locaux qui ont flambé.

Au delà des chiffres, c’est plus un mode de vie qui aura du mal à revenir, trop de sollicitations pour occuper son temps libre peut être.


Trop vieux pour être FIRE, trop jeune pour être retraité…just in time pour profiter pourtant !

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#6 12/02/2022 16h33

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Oui j’ai l’étiquette d’étranger, mais en même temps j’ai été élu au conseil municipal par la majorité des votants (on est encore une commune avec possibilité de rayer / ajouter des noms aux listes)

On organise justement des chantiers participatifs (décorations de Nöel, nettoyage de tel ou tel chemin rural, ramassage de déchets encombrants qui traînent encore dans certaines forêts)
il est clair que l’affluence n’est pas délirante, mais on trouve toujours une vingtaine de personnes pour filer un coup de main (et ce ne sont pas toujours les mêmes, ni toujours des vieux..)

Iqce demandait le point de vue de l’élu sur ce phénomène, et bien je l’encourage autant que je peux et le maire et les adjoints sont sur la même longueur d’onde, notre commune est une des plus pauvres du territoire (on est classé plus de 32000ème sur 33000) et si on arrive quand même à avoir un niveau de vie global satisfaisant (je ne vois personne dans la commune qu’on pourrait considérer comme misérable malgré tout) c’est justement grâce à cette économie informelle et souterraine

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Favoris 1    #7 12/02/2022 21h50

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Très intéressant votre sujet, c’est vrai qu’en vivant dedans on ne se rend même pas compte du PIB que cela représente !

Autres exemples complémentaires que j’ai en tête : des services de mécanique : extraction de roulement, soudure d’échappement, prêt d’outillages à usage peu courant : genre une colonne à mercure, bétonnière, grue d’atelier, remorque….
Garder les enfants des voisins un après-midi plutôt que de recourir au baby sitting…
Nourrir les animaux pendant leurs vacances, tonte de pelouse, arroser les plantes/potager, aller réenclencher le disjoncteur du congélo après un orage…
Le covoiturage salarié sans échange d’espèces, juste on tourne un jour sur deux..

Oui en y pensant c’est fou l’argent que l’on dépenserait si on devait payer pour tout cela… C’est peut-être même un facteur de succès non négligeable pour qui aspire à être indépendant financièrement et frugal (sans avoir 2 millions d’avance…).

Dernière modification par bibike (12/02/2022 22h42)


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[+1]    #8 13/02/2022 08h46

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Il y a aussi la spécificité de l’immobilier dans le monde rural : le marché off, beaucoup de terrains et de maisons sont vendues sans que vous ne voyez une seule annonce ou de panneau "à vendre", les meilleurs affaires se font entre amis, famille, compagnons de chasse …

Il faut toujours connaitre quelqu’un qui connait quelqu’un qui sait qui vend ce qu’on recherche.


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#9 13/02/2022 09h24

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Tout à fait, en participant à l’économie locale et en discutant à droite à gauche on a des opportunités qu’on trouve pas ailleurs

pour les maisons les gens passent désormais pas mal par le bon coin dans ma commune, mais les autres bien immobiliers (garages, granges, terrains, forêts) c’est encore très largement hors marché

c’est comme ça que j’ai acquis en 3 fois mes 3 hectares de terrain agricole et forêt parce que j’ai dit à machin qui a dit à truc etc
c’est d’ailleurs aussi comme ça que ma femme a trouvé son emploi local (elle bossait en ville avant ça), un élu du village est venu lui dire directement que cet emploi était disponible et il y avait 2 candidats uniquement

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#10 13/02/2022 13h23

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Le réseau,  encore le réseau,  toujours le réseau…
Tout simplement…

Mafo

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#11 03/09/2022 21h53

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Sisyphe01, le 11/02/2022 a écrit :

- la nourriture : je ne peux pas compter la quantité de champignons, châtaignes, mûres, légumes du jardin, confitures, morceau de sanglier, de chevreuil ou de cerf, pots de miel, bouteilles de gnôle que l’on m’a donné. Outre les économies, c’est surtout un moyen de largement améliorer son ordinaire avec des produits de qualité qu’on n’a pas forcément l’habitude de manger et qui coûteraient une fortune au supermarché. Je suis bien incapable de vous donner un chiffre précis, mais cela représente des centaines d’euros par an

Depuis quelques jours, je donne des cèpes qui sortent en abondance en Lozère suite aux orages de la fin août. Je n’attends rien en retour mais je ne sais plus trop quoi en faire : le compartiment congélateur de mon frigo est plein et en manger chaque jour ne serait pas une bonne idée. Je saurai d’ici quelques semaines ou mois si le don mycologique me permet d’améliorer mon ordinaire !

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