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Favoris 1   [+5]    #26 04/04/2021 20h33

Membre
Réputation :   36  

Bonjour à tous,

Ayant touché à différents domaines avec différents rythmes, je me permets de donner mon retour personnel.

Je n’ai jamais bossé une centaine d’heure par semaine, mais à la sortie du diplôme je bossais en moyenne 45h, avec des pics ponctuels à 60h. Plus 12,5h de trajet par semaine.
Ce n’était pas du présentéisme comme rapporté par IH, je bossais vraiment, en mangeant un sandwich devant mon PC en guise de pause repas.

J’étais lessivée.

Et surtout, ce n’est absolument pas là que j’ai progressé. J’avais tellement la tête dans le guidon, à travailler en permanence dans l’urgence, que je n’avais aucun recul.
Je n’étais pas la seule. En stage de fin d’étude, mon équipe m’avait renvoyé chez moi à 22h, et le reste de l’équipe avait bossé jusqu’à 2h du mat’ sur une présentation pour le lendemain pour le boss. Qui a ouvert de gros yeux et a demandé "mais pourquoi vous avez autant soigné la présentation, je n’avais besoin que d’un récap rapide, vous y avez passé beaucoup trop de temps". Les filles ont fondu en larmes. A force d’être la tête dans le guidon, plus personne ne prenait le temps de réfléchir sur ce qui était vraiment important et ce qui ne l’était pas.

Le pire : mon travail était médiocre.

La chute était d’autant plus brutale, que j’avais la panoplie bonne élève / facilités / beaux diplômes, j’étais bosseuse, donc je ne comprenais pas ce qui clochait.

J’ai quitté la France encore toute jeune et déjà dégoûtée du monde professionnel, et suis allée bosser en Suède. Rien à voir. J’ai découvert les pauses café à blaguer avec les collègues, et être rentrée chez soi à faire des crêpes à 16h30. Le plus drôle étant que mes collègues suédois me vannaient sur "ça va t*u galères pas trop à travailler autant que nous ? parce que vous en France les 35h vous êtes des fainéants ahah". J’ai essayé de leur expliquer qu’entre la prépa et ramener du taff le weekend, les 35h, je ne les avais pas trop vues. Ils n’ont pas compris.
Et surtout, j’ai réellement progressé. Quand on me demandait quelque chose, au lieu de m’y lancer tête baissée car il faut produire produire produire et c’est à finir pour hier, je challengeais la demande et parfois proposais une solution alternative plus adaptée. J’avais désormais le temps d’automatiser des rapports, ce qui demande un peu plus de temps à court-terme mais est bénéfique pour tout le monde à moyen-terme. J’avais le temps d’échanger avec mes collègues quand j’hésitais, et eux avec moi, et nous apprenions les uns des autres. Je suis devenue "force de proposition". Mes collègues et managers étaient ravis de mon boulot.

Je suis rentrée en France remotivée. J’ai cherché un taff en indiquant dès l’entretien que je considérais essentiel de pouvoir prendre du recul sur ce que je fais, et pas bosser comme une brute sans réfléchir. Ca a plu - la lettre de recommandation suédoise dithyrambique a aidé - et j’ai bossé un moment dans le meilleur des mondes.
Puis nouveau manager. Il bossait 70h par semaine, trouvait ça normal, et voulait que je fasse de même car "il n’y a pas de budget pour remplacer les gens qui partent, mais leur taff est toujours à faire, il faut donc bien qu’on fasse leur part du boulot on a des responsabilités".
J’ai tenu un moment - sans faire 70h hein, mais j’avais repris l’habitude d’être corvéable à merci y compris le soir et le weekend. J’ai (re)commencé à faire des fautes bêtes d’oubli dûes à la fatigue, et donc à douter de la qualité de mon travail. J’ai claqué la porte.
6 mois après mon départ, le dit manager a été rétrogradé (chose suffisamment rare en entreprise pour être signalée).

Aujourd’hui, je suis consultante indépendante, je ne suis plus cadre, et je fais 35h par semaine - je suis prête à bosser plus de manière ponctuelle si besoin, mais ça restera ponctuel. Mes collègues et clients sont ravis. Je fais du taff de qualité ; ma participation à un énorme projet qui coulait a objectivement contribué à le sauver. Et je continue à progresser.

Conclusions :

Evidemment, chaque cas est personnel. Des personnes travaillant 100h par semaine et qui trouvent que "ça se fait bien" sur quelques années, il y en a. Il doit même en exister qui y arrivent sur le moyen-terme.
Mais il ne faut pas allier "gros rythme horaire" avec "travail/apprentissage de qualité" ni "mieux pour la boite / les clients".
Les études - a priori plus objectives que chacun d’entre nous - vont en ce sens : travailler de longues heures est généralement mauvais pour notre santé, mauvais pour la productivité, et mauvais pour l’entreprise.
(j’ai mis en lien les premiers résultats trouvés, mais à peu près toutes les études ont les mêmes conclusions, j’ai quand même du mal à croire qu’elles soient toutes biaisées).
Je connais toujours pas mal de monde qui bosse en finance, y compris avec des gros horaires - et qui font quand même du bon taff. La plupart ont fait des burn out. Certains finissent détruits. L’alternative (qu’ils bossent moins d’heures hebdomadaires, mais sans burn-out) aurait été mieux et pour eux, et pour leur entreprise, et pour leurs clients.

gunday a écrit :

Ce qui fait la différence entre le bon professionnel et le professionnel basique ou lambda, c’est pas le nombre d’heure travaillé, mais plutôt le sérieux, la motivation et l’implication dans le travail.

Complètement d’accord.
Quel que soit le domaine, pour mon médecin comme pour mon conseiller bancaire comme pour le PDG d’une boîte, je préfère avoir quelqu’un de sérieux, motivé et impliqué, dispo 35-45h/semaine, que quelqu’un la tête dans le guidon ou en burn-out.
Un ami médecin m’a raconté quelques anecdotes de son internat, franchement, c’est pas rassurant.

MisterVix a écrit :

je pense que 35h n’est pas compatible avec un poste à responsabilités

Il y a quand même une nuance entre "35h point" et "gros horaires > 60h par semaine".
Quasi aucun poste à responsabilité n’est proposé à 35h. Par contre cadre dans les 40h, oui. Et ça fonctionne bien.

Mon client actuel a été très impacté par la crise, et beaucoup de salariés sont passés au chômage partiel. Mon ancien chef d’équipe ne travaillait plus que 2 jours par semaine (bon en réalité ça lui arrivait de faire une demi-journée supplémentaire "offerte" ; mais on est toujours loin de 35h). Il est resté tout aussi compétent. Bien sûr, logiquement, moins de sujets étaient traités, ou cela prenait plus de temps ; mais il tenait toujours ses responsabilités.
De manière générale, ceux qui étaient bons sont resté bons même en temps partiel, et ceux qui ne l’étaient pas, … ça n’a rien changé non plus.

Et j’irais même plus loin : dans mon cas, faire de gros horaires a été néfaste justement quand j’ai eu plus de responsabilités.
Je n’ai pas eu de problème à faire prépa, où il "suffisait" d’avoir des gros horaires et de bachoter.
Par contre, quand j’ai commencé à avoir des responsabilités et devoir réfléchir par moi-même (pas juste recracher une formule apprise par coeur, mais prendre en compte une situation complexe avec de multiples tenants et aboutissants), là le manque de recul s’est fait sentir, et j’ai payé cher mes - relativement - gros horaires.

J’ai énormément de respect pour les créateurs d’entreprise et professions libérales qui ne comptent pas leurs heures pour que leurs entreprises et cabinets décollent. Pour moi, c’est sacrifier sa santé pour son rêve - d’ailleurs, ça les aide souvent à "encaisser" mieux / plus longtemps que les salariés.
C’est un choix qui peut se comprendre quand on gère sa propre entreprise.
Mais c’est une mauvaise idée quand on est salarié, même salarié à très haut niveau. C’est même presque naïf d’être prêt à autant de sacrifices pour sa boîte, alors qu’elle vous remplacera en un claquement de doigts sans scrupule si besoin.
Et vouloir que les autres aient de gros horaires appartient pour moi clairement au "tout m’est dû tout de suite". Même les entreprises clientes de Goldman Sachs ne mourront pas si elles attendent leurs rapports une semaine de plus. Par contre, l’inverse peut être vrai.

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