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[+1]    #1 06/10/2019 12h26

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Bonjour les IH,

Il y a quelques jours, en me balladant sur les réseaux sociaux, je tombe sur une video avec un titre évocateur : "Le krach qui vient. un crime orchestré".
J’ai pour habitude de ne pas perdre mon temps à regarder ce genre de vidéo que je repère rien qu’au titre "putaclic". Mais voila que ce jour là ma curiosité m’a poussée à regarder cette vidéo de 17 minutes d’un "ton" très…alarmiste. En parcourant la chaîne Youtube on se rend vite compte de l’idéologie d’arrière plan.
Il y a beaucoup de forme et très peu de "fond". Aucun argument avancé n’est sourcé, n’est argumenté. Bref, on reconnait les méthodes.

J’en serais resté la si cette vidéo n’était pas réapparu encore et encore…sur mon écran. Partagée à droite et à gauche.

J’ai alors réalisée à quel point elle est partagée et vue : 1/2 millions de vues en moins d’une semaine… EFFRAYANT.

J’ai donc décidé de réaliser une contre-vidéo pour traiter, un par un, les arguments avancées en proposant de véritables faits, de véritables sources, qu’elles aillent dans le sens des arguments ou non.

Je sollicite donc la participation des IH, connaissant le niveau d’expertise qu’on y trouve. Si vous souhaitez m’aider en apportant vos arguments, vos sources. Je compilerai le tout et réaliserait la video.

Mots-clés : crise, krach boursier, video

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[+10]    #2 06/10/2019 14h03

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Bonjour Bargeo,

Je suis comme vous effaré de la prolifération et de la popularité de contenus (vidéos, blogs, tweets etc.) à tonalité conspirationniste et anxiogène sur les sujets économiques et financiers, et au contenu factuellement faux. C’est encore pire quand l’on regarde les commentaires et réactions à ces contenus : encore plus délirants que les contenus eux-mêmes (et plus ils sont délirants, plus ils récoltent l’approbation d’autres internautes !).

Dans ce genre (sans vouloir leur faire de la pub) : Olivier Delamarche (Les Econoclastes, de façon générale), Charles Gave, Pierre Jovanovic, Philippe Béchade (publications Agora), Olivier Berruyer (les-crises.fr), Eric Toussaint, Bruno Bertez, Jean-Pierre Le Chevallier, Gaël Giraud, Grand Angle, Insolentiae, Fake News Channel (la bien nommée)…

J’affirme, avec une absolue certitude, que tous ces gens n’ont aucune compréhension économique, en particulier de l’économie financière et monétaire. Leurs contenus sont truffés d’erreurs factuelles graves, qui manifestent une grande incompréhension de la monnaie et du système bancaire. Je pourrais factuellement démontrer des dizaines d’erreurs dans chacun de leurs contenus.

Je les liste à dessein pour les IH qui consulteraient leurs contenus.

Je pense que la popularité des contenus conspirationnistes, en l’occurrence sur les sujets économiques et financiers (mais pas seulement, évidemment) est le résultat de facteurs multiples :

1) des facteurs économiques : faire peur est une activité rentable. Pour les personnes que j’ai citées, par exemple les publications Agora, diffuser des messages anxiogènes est tout simplement un business model (pas sûr qu’eux-mêmes croient à leurs balivernes, d’ailleurs). Pour certains (par exemple Grand Angle et Insolentiae), il s’agit de faire la promotion de l’investissement en or (pour d’autres, en cryptos ou diamants magiques). Les Youtubeurs attirent les internautes avec des titres "putaclic" anxiogènes.

2) des facteurs médiatiques : faire peur est aussi un moyen efficace pour faire le buzz et attirer les spotlights médiatiques : de ce point de vue, le vrai problème n’est pas que des imbéciles existent, mais qu’on leur offre une tribune médiatique (sur BFM, par exemple) en les présentant comme experts : ça en dit long sur le niveau désastreux de compétence économique de la plupart des journalistes en France.

3) des facteurs politiques : la monnaie, comme la démocratie, repose sur la confiance. Si l’on veut détruire un pays, la stratégie la plus efficace est de saper la confiance des citoyens en la démocratie, et la confiance des épargnants en la monnaie. Ce n’est pas un hasard que RT, la télévision du Kremlin, offre une tribune médiatique à Delamarche. C’est le pendant économique des interférences du Kremlin avec les élections dans les démocraties (Brexit, interférence dans l’élection présidentielle US, financement / soutien des partis extrêmistes et eurosceptiques en Europe…).

4) des facteurs psychologiques : je pense que pour la plupart des diffuseurs conspirationnistes, diffuser des contenus anxiogènes répond à une rationalité économique et médiatique ; mais chez quelques-uns on discerne sans peine un profil psychologique marqué par la paranoïa et un manque absolu de confiance en l’autre : puisqu’on ne peut jamais faire confiance à quiconque, la démocratie est corrompue, et la monnaie fiat repose sur du vent.

Il y a aussi des aspects psychologiques du côté de la demande de contenus anxiogènes : nous avons besoin de nous faire peur, nous avons besoin d’ennemis. Quand il ne s’agit pas (ou plus) du communiste au couteau entre les dents, du méchant musulman, de l’étranger, des Illuminati ou des francs-maçons, on trouve de nouveaux ennemis avec le bureaucrate européen, le banquier cosmopolite sans morale ou le banquier central manipulateur. C’est beaucoup plus facile de leur attribuer nos problèmes que de faire face à nos responsabilités.

5) des facteurs conjoncturels : la grande crise de 2007-2015, conduisant à des taux d’intérêt ultra-bas, des sauvetages de banques mettant à contribution soit les contribuables (bail-outs) soit les déposants (bail-ins, Chypre), et des mesures de politique monétaire non-conventionnelle (QE), a créé un contexte idéal pour la diffusion de contenus conspirationnistes et anxiogènes sur les sujets économiques. Il est "évident" que le QE vise à cacher la ruine des Etats, que les taux négatifs visent à dépouiller les épargnants, que les repos de la Fed visent à empêcher un effondrement du système bancaire US etc. Tous ces sujets sont complexes, ce qui permet de leur donner les interprétations que l’on souhaite, sans avoir à vérifier les faits puisque personne n’y comprend rien. Idéal pour les entrepreneurs en communication anxiogène.

6) des facteurs technologiques : le fait que les réseaux sociaux (Twitter, Facebook…) nous conduisent à consulter des contenus qui nous renforcent dans nos convictions (les enracinant toujours plus) est bien connu. Ainsi, sans nous en rendre compte, nous marinons constamment dans le même bouillon de certitudes, avec de moins en moins de diversité dans les sources.

Face à ce déluge d’idioties anxiogènes, il y a effectivement d’énormes besoins de contre-argumentation et surtout de fact-checking. Les principaux organes de presse l’ont d’ailleurs bien compris, en mettant en place des services de fact-checkings (avec plus ou moins de talent).

Au sujet des repos de la Fed, j’ai posté 2 contributions ici : évidemment c’est assez technique (il faut regarder le bilan de la banque centrale), donc c’est difficile de rendre ces messages de clarification aussi "sexy" que les contenus du type "c’est la panique, tout va s’effondrer".

Sur chaque contenu conspirationniste on pourrait faire de très longues listes d’erreurs factuelles. Parmi les plus communes, j’ai noté celles-ci :

a) confusion entre l’Etat et la banque centrale (conduisant à une sous-estimation systématique de la puissance de feu de la banque centrale)

b) confusion entre problèmes de liquidité (conduisant à des interventions temporaires de la banque centrale) et problèmes de solvabilité des banques (conduisant potentiellement à des bail-ins ou bail-outs) : ainsi des problèmes temporaires de liquidité servent à alimenter des peurs sur des bail-ins

c) ignorance de la nature temporaire des injections de liquidité de la banque centrale : le cas le plus typique est d’additionner les montants d’opérations de très courte maturité (par exemple les repos au jour le jour de la Fed) pour atteindre des montants impressionnants… alors que ces opérations viennent à maturité chaque jour

d) ignorance des ordres de grandeur des bilans du système bancaire : un manque de liquidité temporaire de 75 milliards $ est ridiculement bas en proportion de la taille du système bancaire US (2600 milliards $ pour le bilan de la seule JPMorgan)

e) ignorance de la nature sécurisée de la plupart des transactions interbancaires et des opérations de la banque centrale : en cas de défaut de l’emprunteur, le prêteur garde le collatéral, ce qui empêche ou limite les effets de contagion

f) ignorance que la dette de Pierre est l’actif de Paul : la plupart des conspirationnistes insistent sur la nature profondément malsaine de la dette, sans comprendre que la dette des emprunteurs est l’actif (= la richesse) des prêteurs

g) ignorance que la garantie des dépôts est davantage assurée par la signature de l’Etat plutôt que par la dotation des fonds de garantie

h) confusionnisme systématique entre politique monétaire et marché boursier, sans s’embarrasser des liens de causalité : la vidéo que vous citez en est un bon exemple : on associe des possibilités d’événements anxiogènes sans jamais expliquer les liens de causalité

i) surestimation systématique des effets des corrections boursières pour la stabilité financière : une correction boursière, et même un krach, ne remettent aucunement en cause la continuité des activités des banques et des assureurs. Pour certains économistes et banquiers centraux orthodoxes (c’est mon cas), les corrections boursières et les récessions (modérées) sont même souhaitables pour apurer régulièrement le tissu économique (= éliminer les entreprises zombies) et réguler le fonctionnement des marchés financiers (= punir les prises de risque excessives). Un banquier central qui se respecte ne s’inquiète pas d’une correction boursière, car il sait que ses effets économiques seront limités (voire bénéfiques) : la détention d’actions est très concentrée sur les plus riches, qui vont continuer à consommer quoi qu’il arrive.

j) proclamer que l’argent (devises fiat) ne vaut plus rien, sans s’embarrasser du fait que l’inflation est ultra basse

Je m’arrête là, mais on pourrait beaucoup rallonger cette liste d’erreurs systématiques, commises involontairement (par incompétence) ou à dessein (pour faire le buzz) par les entrepreneurs en conspirationnisme.

Dernière modification par Scipion8 (06/10/2019 14h48)

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[+1]    #3 06/10/2019 14h21

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Ah, le fameux Jean-Pierre Le Chevallier !

Il y a quelques années de cela, via le forum de son site, je lui avais opposer un argumentaire qui démontrais au mieux son incompétence sur le sujet en question et au pire sa malhonnêteté, et bien devinez ….
Il n’a jamais validé, ni donc publié mon message ….
Je l’ai relancé plusieurs fois pour avoir des explications …. silence radio ….. Le chenapan ….. Il s’est bien gardé de publier mon message et d’y apporter ses propres contre arguments.

Bref, pour revenir à la question initiale, je ne crois pas non plus que cela soit efficace. Ceci dit, à titre individuel, l’exercice peut être enrichissant et très profitable.

Donc, cher Bargeo, si vous y trouvez un intérêt personnel, un moyen d’apprendre des choses et d’approfondir certains sujets, ou tout simplement d’y trouver du plaisir, foncez. Vous vous enrichirez d’une nouvelle expérience. Mais pour ce qui est de tenter de convaincre 90% de la population qui ne jure que par son Smartphone, Facebook et la paresse intellectuelle, vous allez perdre votre temps.

Maintenant, la question est la suivante : Mais alors, le monde dans lequel nous vivons, le monde qui nous attends, sera irrémédiablement un monde décadent ?
Je réponds OUI. Et c’est bien la notre chance. Laissons ces personnes dans ce monde fait de cris, de revendications, de manifestations, d’indignations et autres frustrations. Allons de l’avant, imaginons, utilisons notre cerveau pour avancer et réaliser nos rêves (Devenir comme Benzema ou gagner au PMU n’en font pas parti) et et atteindre nos objectifs. Avec toute la bonne volonté du monde, tracter une telle caravane n’est pas possible. Avançons et laissons les enfermer dans leurs prison mentale.

A titre personnel, si je devais privilégier une action au nom de la collectivité, ce serait participer à l’éducation des enfants, leurs réveiller le cerveau afin qu’ils découvrent qu’il y a un autre monde en dehors de Facebook, Hanouna et les gilets jaunes.

A+
Zeb


Tout ce qui peut merder, va inévitablement merder.

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[+4]    #4 06/10/2019 16h51

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Bargeo a écrit :

J’ai donc décidé de réaliser une contre-vidéo pour traiter, un par un, les arguments avancées en proposant de véritables faits, de véritables sources, qu’elles aillent dans le sens des arguments ou non.

Je sollicite donc  la participation des IH, connaissant le niveau d’expertise qu’on y trouve. Si vous souhaitez m’aider en apportant vos arguments, vos sources. Je compilerai le tout et réaliserait la video.

Le second "donc" est étonnant, car il indique une causalité qui n’a rien d’évident : "J’ai décidé de faire… donc je vous demande de m’aider à faire". Vous semblez, comme beaucoup de gens aujourd’hui, penser que d’avoir décider de faire quelque chose oblige les gens à vous aider. Mais entreprendre quelque chose de sa seule décision, c’est entreprendre seul, par définition. L’aide peut venir, mais elle peut aussi ne pas venir.

Ou alors on se dit : "j’ai besoin d’aide sur ce projet qui est trop gros pour moi". Dans ce cas, on dit clairement : "Chers foreumeurs, j’aimerais faire cela, mais ça me semble un peu compliqué pour moi tout seul. Je vous demande donc de l’aide, et j’avoue humblement que, si personne ne m’épaule, je ne le ferai pas seul. Etes-vous prêt à m’aider ?". Vous voyez à quel point c’est beaucoup plus clair et surtout plus honnête comme façon de communiquer ?

Là, vous dites, "j’ai décidé… mais en fait je le fais quand même discrètement dépendre de votre participation, donc en fait je suis en train d’essayer de vous forcer moralement à m’aider."

Vous, ce sont les vidéos mensongères qui vous font réagir, moi ce sont les manipulations, les gens qui attendent de l’aide gratuite et qui croient qu’elle leur est due. Des manipulations du type "je m’engage… donc je vous engage, vite aidez-moi vous n’avez plus le choix". Comme quoi, chacun réagit à des choses différentes.

Allez-vous, en réalisant seul la vidéo, prouver que votre décision était une vraie décision, indépendante du soutien que vous recevriez ou non ?

Cela dit, votre demande a lancé une discussion fort intéressante.

Dernière modification par Bernard2K (06/10/2019 16h55)


Qui sait de quoi le futur sera fait ?

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[+1]    #5 06/10/2019 17h00

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Bonjour,

Ce qui est valable Pour la finance l’est tout autant pour bon nombre d’autres domaines.  Nous sommes entrés dans une société apocalyptique où les survivalistes sont les nouveaux prophètes.  Greta à remplacé Jacques Séguéla…

Dans les années 90, nous sommes passés d’un marketing de l’envie à un marketing de la peur.  Ce fut une premiere étape. On ne parlait déjà plus des performances et du design des voitures, mais de leur sécurité et de leur confort. L’alimentation est devenue au fil des ans une médication : le dessert aux fruits n’était pas meilleur car il contenait plus de fruit,  mais parce qu’il contenait moins de sucre, moins dadditif et était meilleur pour la flore intestinale.
Tous les secteurs économiques ont fini par être touchés,  plus ou moins rapidement, plus ou moins en profondeur.

L’effondrement du communisme a eu pour conséquence que le capitalisme est devenu le seul véritable ennemi de tous. Les communistes désormais discréditée, d’autres ont pris leur place et ont mis en place une stratégie visant à faire croire que le capitalisme allait s’effondrer par lui même,  faute d’ennemi.

Deux types de raisonnement sont alors apparus:
-L’effondrement économique : le système créerait sa propre instabilité et par là même sa propre mort.
- leffondrement écologique :le système,  en surexploitant constamment la nature,  finirait par s’effondrer.

Les gouvernements ont eu tout intérêt à encourager cette nouvelle mécanique : un peuple peureux est un peuple docile. S’appuyant sur les médias,  les dirigeants ont eux aussi distillé des craintes que nous connaissons bien aujourd’hui : peur du chômage,  peur du déclassement,  peur de la maladie et plus récemment peur des migrants.

Les nombreuses vidéos,  les blogs, les newsletters annonçant krach boursier, envolée des prix du pétrole, saisie des comptes des épargnants ne sont pas prêts de disparaître.  Leur fonds de commerce est désormais assuré…

À noter que ce sont principalement les sociétés occidentales qui sont touchées par ce phénomène.  Sans doute à cause d’un capitalisme plus ancien, d’un marketing de la peur plus actif et surtout,  je le pense, d’une perte de repères,  de valeurs depuis maintenant 50 ans.

Mafo

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[+3]    #6 07/10/2019 02h51

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@Banyuls : comme bien noté par Lausm, ma phrase sur les taux négatifs était ironique. Les taux négatifs imposés par la banque centrale ne visent évidemment pas à appauvrir les épargnants, mais à renforcer les incitations à l’investissement et la prise de risque dans l’économie, afin d’éviter une déflation.

En simplifiant, la rémunération moyenne réelle (= après prise en compte de l’inflation) de l’épargne est égale à :

taux sans risque + prime de maturité + prime de risque - taux d’inflation

- le taux sans risque étant influencé par la banque centrale
- la prime de maturité correspondant à la rémunération des investissements de long terme par rapport aux investissements de court terme
- la prime de risque étant calculée en moyenne sur l’ensemble des placements de l’épargnant

Quand le taux d’inflation s’éloigne de la cible de la banque centrale (moins de 2%, proche de 2%, dans la zone euro), la banque centrale peut :

1) baisser son taux directeur, donc le taux sans risque : c’est la politique monétaire conventionnelle

2) baisser la prime de maturité, en achetant des obligations de longue maturité pour "aplatir" la courbe de taux obligataires : c’est le QE

3) baisser la prime de risque, en "évinçant" les investisseurs privés des actifs "sans risque" (obligations souveraines) et en pénalisant la détention de liquidité oisive par l’imposition d’un taux négatif, incitant ainsi les agents économiques à réduire leur allocation de cash au profit d’actifs risqués : c’est le QE et les taux négatifs

Avec le dernier package de mesures de la BCE, ces 3 outils sont désormais activés dans la zone euro.

Un 4e canal sur lequel la BCE communique peu (pour diverses raisons) est que ces taux ultra-bas dans la zone euro vont inciter les investisseurs à chercher des risques aussi hors de la zone euro, conduisant à une dépréciation de l’euro sur le marché des changes, favorable aux exportateurs et augmentant l’inflation importée.

Mais ces instruments ne sont activés que dans la mesure et tant que l’inflation dans la zone euro (HICP) restera en-deçà de la cible de la BCE.

Il ne s’agit donc pas d’appauvrir les épargnants mais d’empêcher une déflation, dont les effets seraient d’ailleurs bien plus ruineux pour l’économie de la zone euro et ses épargnants (cf. la "génération perdue" du Japon et sa perte de leadership industriel, alors qu’il était dominant dans bien des domaines technologiques au début des années 1990).

Les discours conspirationnistes se distinguent d’ailleurs souvent par une tonalité très positive sur la déflation - l’inflation étant perçue comme un vol caché des épargnants par des emprunteurs irresponsables. La réalité est que :
- une inflation de 2% est largement interprétée comme optimale économiquement pour la zone euro et pour la plupart des pays développés, et par ailleurs elle est aussi le résultat d’un équilibre politique (et démocratique) entre les pays de la zone euro (l’Allemagne préfèrerait 1,5%, l’Italie sans doute plutôt 2,5% etc.), et au sein de chaque pays entre prêteurs et emprunteurs.
- il n’y a pas d’exemple d’économie déflationniste prospère.

Dernière modification par Scipion8 (07/10/2019 02h57)

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[+2]    #7 07/10/2019 14h42

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Bonjour Deb67,

Effectivement, c’est une question légitime de savoir ce qui définit une économie prospère. Perso j’y réfléchis selon 4 perspectives complémentaires :

1) La perspective politique : Le choix d’un modèle économique et, plus largement, d’un modèle de société est une question collective (il faut agréger les préférences individuelles, effectivement très diverses) et éminemment politique (en démocratie, il faut régulièrement consulter la population sur cette question).

S’agissant particulièrement de la croissance, si l’on regarde les résultats de l’élection récente la plus importante dans notre pays, l’élection présidentielle de 2017, on constate que les 4 candidats arrivés en tête, nous ont tous promis, chacun à sa manière et avec leurs recettes plus ou moins crédibles, davantage de croissance. A eux 4 ils ont récolté 85% des voix. On peut sans doute ajouter M. Dupont-Aignan au camp "pro-croissance", cela donne 90% des voix.

A ma connaissance, parmi tous les candidats à cette élection cruciale, seul Benoît Hamon (6% des voix), critique du "mythe de la croissance", a exprimé une certaine ouverture aux thèses de la décroissance. Mais même dans le camp écologiste (EELV), il n’y a pas de consensus sur un programme ouvertement décroissant, c’est une question très controversée. Les partisans les plus convaincus de la décroissance (le catastrophique catastrophiste Yves Cochet, par exemple), ont quitté EELV et le jeu politique.

Bref, au-delà des opinions individuelles, il semble y avoir une claire majorité de la population favorable à des politiques de soutien à la croissance.

2) La perspective juridique : Le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne a inscrit dans le droit le modèle économique souhaitable, comme le rappelle la BCE ici :

BCE a écrit :

L’article 127, paragraphe 1, du traité définit l’objectif principal de l’Eurosystème :

« L’objectif principal du Système européen de banques centrales […] est de maintenir la stabilité des prix ».

Il poursuit ainsi : « Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne ».

L’UE poursuit de nombreux objectifs (article 3 du traité sur l’Union européenne), au nombre desquels figure le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix et une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social. Par conséquent, la stabilité des prix constitue non seulement l’objectif principal de la politique monétaire conduite par la BCE mais aussi un objectif de l’Union européenne dans son ensemble. Ainsi, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et le traité sur l’Union européenne fixent une hiérarchie claire entre les objectifs de l’Eurosystème, le maintien de la stabilité des prix constituant la contribution la plus importante que la politique monétaire puisse apporter à la réalisation d’un environnement économique favorable et d’un niveau d’emploi élevé.

Donc dans la zone euro, on sait ce que c’est qu’une économie prospère : c’est défini dans le Traité !(même si on peut trouver la définition ampoulée ou ambiguë).

Tant que cette définition n’est pas amendée (ce qui nécessiterait une révision du Traité… bonne chance à ceux qui s’y attelleront), la politique monétaire de la BCE restera strictement guidée par ce mandat. La BCE serait dans l’illégalité (donc attaquable devant la Cour de Justice de l’UE) si elle en déviait (par exemple si elle commençait à considérer que la déflation ou l’hyper-inflation ne sont pas si graves, ou qu’on a besoin de décroissance pour des raisons environnementales).

Une banque centrale ne fait pas de politique : elle exécute strictement le mandat qui lui est donné démocratiquement, en utilisant tous les moyens à sa disposition (ils sont très importants) jusqu’à ce que son objectif soit atteint : en l’occurrence la stabilité des prix, exprimée par la cible d’inflation de la BCE.

3) La perspective économique : en simplifiant beaucoup, à mon sens les 3 critiques les plus cohérentes de l’orthodoxie classique (ou libérale) aujourd’hui dominante sont :

a) la critique "de gauche" traditionnelle, avec ses différentes déclinaisons (du social-démocrate jusqu’au marxiste), qui souhaite que la croissance économique s’accompagne de droits sociaux toujours plus étendus, et d’une résorption des inégalités sociales ;

b) le mouvement de la décroissance, aujourd’hui encore ultra-minoritaire mais qui gagnerait en crédibilité si les menaces environnementales sur notre qualité de vie se confirmaient ;

c) l’Ecole Autrichienne (Mises, Hayek…), qui critique fondamentalement toute intervention de l’Etat dans le fonctionnement de l’économie (relance keynésienne ou politique monétaire, via une banque centrale). Il y a des variantes au sein de cette école de pensée, mais en gros ils pensent que toute intervention d’une banque centrale (perçue comme le simple bras armé de l’Etat, donc guidé par des objectifs électoralistes) sème les graines de futures crises, et qu’il vaut mieux ne pas avoir de banque centrale du tout, voire "privatiser" les monnaies. Ils ont une vision plus positive de la déflation, dure (pour les ménages et entreprises endettés) mais juste, que de l’inflation, vue comme un "vol" silencieux des épargnants par les acteurs endettés (en premier lieu l’Etat) :

Mises Wiki (site libertarien) a écrit :

As a consequence of deflation, firms financed by credit go bankrupt because at the lower level of prices they can no longer pay back the credit they had incurred without anticipating the deflation. Private households with mortgages and other considerable debts to pay back go bankrupt, because with the decline of money prices their monetary income declines too, whereas their debts remain at the nominal level. Other people will run the firms and own the houses — people who at the time the deflation set in were out of debt and had cash in hand to buy firms and real estate. These new owners can run the firms profitably at the much lower level of selling prices because they bought the stock, and will buy other factors of production, at lower prices too.

The true problem with deflation is that it does not hide the redistribution connected to changes in the quantity of money. It entails visible misery for many people, to the benefit of equally visible winners. This starkly contrasts with inflation, which creates anonymous winners at the expense of anonymous losers. Both deflation and inflation are, from this point of view, zero-sum games. But inflation is a secret rip-off, whereas deflation means open redistribution through bankruptcy according to the law.

To Hülsmann, deflation is not inherently bad, so it does not follow that it should be avoided. True, it creates a great number of losers, many of them perfectly innocent people who have not anticipated the event. But it also creates many winners, and punishes many political entrepreneurs who had thrived on their intimate connections to those who control the production of fiat money. Any monetary policy has redistributive effects. There is no economic rationale for monetary policy to fight against deflation rather than letting it run its course. In a free society, all market participants should be free to produce money, while paper money always has to be imposed by the state.

Bref, comme d’habitude avec les idéologies ultra-libérales, c’est super sur le papier mais dans la vraie vie il vaut mieux être du bon côté de la barrière, celui des "winners" qui ont du cash et pas de dette. Si vous êtes de l’autre côté, il vous reste la misère ou la mort, puisqu’il n’y a pas d’Etat-Providence pour vous aider.

Ces 3 critiques du modèle dominant de libéralisme régulé sont cohérentes, et chacune apporte des arguments légitimes et des points de vue pertinents. Le "Système" le comprend bien d’ailleurs et s’alimente d’ailleurs continûment de ces critiques hétérodoxes. Par exemple :

a) Le FMI parle désormais beaucoup de "croissance inclusive" et de nécessaire réduction des inégalités sociales, loin de son image d’ultra de l’austérité budgétaire des années 1980.

b) Les banques centrales s’intéressent de plus en plus aux façons de prendre en compte les contraintes et objectifs environnementaux dans leur politique monétaire. (Il y a quelques années, un de mes employeurs m’a demandé une note sur le sujet.) Il y a de nombreuses options sur la table (par exemple l’achat de "Green Bonds" dans les QE), même si (i) elles se heurtent à l’orthodoxie monétaire selon laquelle les politiques structurelles devraient être du ressort exclusif de l’Etat, et (ii) elles sont évidemment très, très loin des rêves des adeptes de la décroissance.

c) La généralisation de l’indépendance des banques centrales (vis-à-vis des Etats), à partir des années 1990, est en partie une réponse à la critique de l’Ecole Autrichienne et de Milton Friedman sur les effets pervers d’une politique monétaire guidée indirectement par l’Etat (dont les responsables poursuivent des objectifs électoralistes et démagogues, incompatibles avec la stabilité des prix). Après s’être imposé à tous les pays industrialisés, ce modèle de banque centrale indépendante s’étend aux pays pauvres ou émergents (via la prohibition du financement monétaire des Etats, la protection du statut du Gouverneur et le non-renouvellement de son mandat etc.) : cela fait partie de mes missions.

Ainsi, le modèle dominant, par la prise en compte des critiques les plus pertinentes des approches hétérodoxes, doit s’améliorer peu à peu et permettre de mieux s’approcher de l’optimum économique (défini politiquement et juridiquement).

4) La perspective morale : Nos opinions sont naturellement influencées par nos intérêts. Mais je me vois mal, au fur et à mesure que je m’embourgeoise, expliquer à l’employé précaire, au demandeur d’emploi, à mes collègues africains, les mérites de la décroissance. Personnellement rassasié des fruits de la croissance économique, je devrais prêcher auprès des affamés - nombreux en France et largement majoritaires dans le monde - qu’il est temps de mettre la croissance en pause et de se mettre au régime ?

A mon sens, c’est une position moralement intenable : pour cette raison je serais totalement incapable de tels discours. Mais certains y arrivent très bien, prêchant la frugalité dans le confort d’un vol en classe affaires, une coupe de Dom Perignon à la main… Greta recrute ses disciples dans les centres-villes des métropoles ultra-consuméristes. Dans la campagne, comme chez moi en Aveyron, on est plus calme et raisonnable sur ces sujets, et on consomme juste ce qu’il faut… bon, surtout par esprit d’économie, c’est vrai ;-)

Bref, pour moi l’objectif d’une croissance soutenable et du plein emploi, dont la stabilité monétaire est l’une des conditions, est non seulement politiquement légitime, juridiquement établi, économiquement optimal, mais aussi moralement juste.

Dernière modification par Scipion8 (07/10/2019 15h05)

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[+1]    #8 08/10/2019 09h38

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Bonjour

Je me suis inscrit sur ce forum suite à la lecture du message de Bargeo, relayé par un utilisateur du forum finance de jvc.

Il se trouve que j’ai construit ma vision économique avec les sources conspirationnistes citées par Scipion8 (sans compter d’autres gus du même acabit comme Mike Maloney, John Pugsley, zerohedge, kitco ou encore Bernard Maris). Je crains de m’enfoncer dans un biais cognitif de confirmation, toutes ces sources ne faisant que se confirmer les unes les autres.

Bien que pour l’instant cela m’ait été fort profitable (ces sources ont orienté mes investissements vers des actifs refuges dont le cours a explosé il y a peu), je m’interroge sur la pertinence de ces analyses sur le long terme et recherche personnellement des sources contradictoires.

Que je me trompe et que j’y perde mes billes, passe encore. Mais il se trouve que dans mon enthousiasme j’ai personnellement orienté les investissements de nombreuses personnes. J’ai donné de nombreux conseils en toute sincérité mais subsiste toujours la crainte de m’être trompé. Par éthique personnelle, j’aimerais donc vérifier jusqu’au bout la pertinence de mes actions et conseils, afin de pouvoir avertir les personnes que j’aurai (potentiellement) mal conseillé .

Je ne peux donc que contredire sven337 qui dit que vous perdez votre temps. Je ne pense pas être la seule personne à rechercher ce genre de contrepoint et estime que votre projet est noble et mérite d’être poursuivi.

Si vous décidez de ne pas réaliser cette vidéo, pourriez-vous à défaut m’orienter vers des sources que vous qualifierez de "sûres" ?

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Favoris 3   [+8]    #9 08/10/2019 16h42

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S’agissant des sources, perso j’aurais 3 conseils :

1) Rechercher les sources primaires : Sur les sujets économiques et financiers, qui sont souvent complexes et se prêtent mal aux raccourcis, chaque interprétation successive tend à déformer toujours davantage l’information originelle :

Chaque "interprète" (journaliste, bloggeur, youtubeur etc.) de l’information va ajouter sa couche d’interprétation, c’est-à-dire le plus souvent d’incompréhension, d’incompétence et/ou de biais politique ou idéologique (même si bien sûr certains journalistes font correctement leur travail de synthèse et de vulgarisation). Donc perso j’essaie toujours de retrouver la source primaire de l’information, par exemple (liste évidemment non limitative) :

- l’INSEE : c’est vraiment la source #1 pour comprendre les réalités de notre pays : beaucoup de chiffres, peu de blabla, pas (ou peu) d’idéologie. J’apprécie beaucoup leur travail et notamment leurs efforts de rigueur et de pédagogie (tous les termes techniques sont définis).

- le FMI, notamment ses 2 publications phares, le Global Financial Stability Report (GSFR) et le World Economic Outlook (WEO).

- la BCE : vraiment beaucoup d’informations utiles sur leur site. Ils ont une section pédagogique (explainers) pour le grand public. On peut ensuite creuser tous les sujets, en fouillant dans les sections thématiques du site (par exemple ici pour la politique monétaire, pour le QE etc.). 2 sources particulièrement utiles sont les discours (pour en avoir co-écrit quelques-uns, il y a un gros effort de simplication et de pédagogie sur des sujets techniques) et, pour ceux qui veulent vraiment creuser les sujets, les publications (les plus accessibles étant le Bulletin Economique et la Revue de Stabilité Financière).

- Idem pour la Fed : beaucoup d’infos disponibles, même s’il faut fouiller.

Juste pour illustrer que les auteurs conspirationnistes mentionnés plus haut ne font même pas ce travail minimal de consultation des sources primaires : vous entendrez souvent les Delamarche & Co etc. répéter que les bilans des banques centrales sont devenus des "poubelles" avec le QE, par lesquelles elles achèteraient des actifs "pourris", très risqués, y compris des obligations junk et des actions : cela prend 3 clics sur le site de la BCE et sur celui de la Fed pour voir qu’il n’en est rien, que ni l’une ni l’autre n’achète des obligations junk ni des actions, par exemple, mais essentiellement des obligations souveraines :ici pour la BCE, pour la Fed (les bilans des 2 sont évidemment régulièrement publiés !)

Note : SOMA (System Open Market Account) = portefeuille de QE de la Fed

Comment prendre au sérieux ces supposés "experts" après de telles erreurs factuelles ?

- A noter que de plus en plus d’institutions proposent, outre leur sites officiels, des blogs alimentés par des membres de leur staff, écrits de façon beaucoup plus libre (sans engager l’institution) et moins "aride" : par exemple cet excellent blog Bank Underground des experts de la Bank of England, et celui-ci par des experts du FMI.

- Je suis bien conscient que les sources primaires sont d’un abord souvent aride pour le grand public. Evidemment, les journalistes ont un rôle clef de vulgarisation. Perso je ne trouve pas que la presse française soit au niveau sur les sujets économiques et financiers. Il faut être très sélectif sur les sources secondaires : j’apprécie particulièrement le Financial Times pour le suivi des news, Bloomberg pour ses excellents articles de fond (mais l’accès est limité) et The Economist, incomparable à mon sens pour son talent de vulgarisation (simplify, then exaggerate).

2) Ecouter des pros qui ont fait leurs preuves : Ce qui est bien avec l’investissement, c’est qu’on peut juger de l’expertise de l’investisseur à ses résultats sur la durée. La corrélation n’est pas parfaite (la chance joue, dans les 2 sens, tout comme les potentielles inefficiences de marché), mais sur une durée suffisamment longue la corrélation entre compétence et résultats doit être fortement positive.

Aucun des supposés "experts" conspirationnistes n’a démontré de compétence d’investisseur. Bien au contraire, quand ils ont eu à se confronter à la réalité du marché, ils se sont toujours plantés dans les grandes largeurs (par exemple ici). Perso, ça ne me donne pas envie de les suivre.

Quant à croire les conseils d’investissement d’"experts" qui n’ont pas d’expérience démontrée dans le domaine, pourquoi pas, mais ça revient un peu à lire un Kamasutra écrit par un puceau : l’effort d’imagination peut être louable, mais je doute de l’utilité pratique de l’exercice.

Bref, dans le domaine de l’investissement sur les marchés boursiers (par exemple), perso j’apprécie ceux qui ont fait leurs preuves, et démontrent par ailleurs de belles qualités de pédagogie :

- Je suis un gros consommateur de vidéos Youtube de Warren Buffett, de Charlie Munger et du regretté John Bogle : les 3 ont un talent assez extraordinaire de vulgarisation et de communication, souvent avec humour, ce qui ne gâche rien.

- Ce site fournit un FAQ de Warren Buffett : c’est impressionnant de constater que toutes ses réflexions sans exception restent valides 10 ou 20 ans après.

- D’autres investisseurs de référence publient des "mémos" intéressants, comme Howard Marks.

- Sur le marché actions français, je guette les (trop rares) interventions médiatiques de William Higgons (Indépendance & Expansion, j’apprécie beaucoup sa transparence et sa pédagogie), Romain Burnand (Moneta) et Jean-François Delcaire (HMG / Découvertes : le meilleur compte-rendu mensuel de gestion à mon sens).

Certaines banques et cabinets de conseil en stratégie publient gratuitement une partie de leur recherche (gratuitement pour des raisons de visibilité médiatique et d’"influence"). Ma source préférée est JPMorgan, qui publie trimestriellement un excellent guide sur les marchés. Goldman Sachs et McKinsey publient parfois des études très bien sourcées, et BNP Paribas une information plus générale sur l’économie et les marchés.

Sur les sujets purement économiques (au-delà de l’investissement), il y a de nombreuses sources de qualité : un économiste académique est par essence guidé par la volonté de publier, d’être visible. Bien sûr, les publications académiques dans les revues spécialisées sont d’un abord très difficile pour le grand public. Mais beaucoup d’économistes (les meilleurs, à mon sens) font un effort de pédagogie, en publiant des synthèses et/ou des points de vue beaucoup plus accessibles au grand public, tout en maintenant un haut niveau de rigueur et de qualité.

Un excellent site dans ce domaine est voxeu.org : on y trouve des analyses et points de vue économiques par des auteurs de toutes tendances et écoles de pensée. Les articles et vidéos y sont beaucoup plus pédagogiques et accessibles que la pure recherche académique, et les sujets sont souvent "sexy" (toutes proportions gardées, hein : l’helicopter money, le QE, les inégalités sociales, les impôts etc.). Parmi les meilleurs auteurs (toutes "idéologies" confondues), on y trouve par exemple Jean Tirole, Thomas Piketty, Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Markus Brunnermeier, Barry Eichengreen, Sylvester Eijffinger, Alberto Alesina, Jordi Gali, Claudio Borio etc.

Certains de ces auteurs sont très critiques de l’idéologie libérale dominante et/ou de la façon dont les politiques budgétaire et monétaire sont menées. Ils fournissent donc des contre-points intéressants à la communication institutionnelle. Eux sont des vrais économistes : ils creusent, ils fouillent, ils compilent des données, ils font de l’économétrie, ils testent des hypothèses et en tirent des conclusions. (Par exemple, je connais personnellement Brunnermeier, Eijffinger et Gali - qui ont chacun pris le temps de m’interroger sur les opérations de la BCE, alors que je n’étais qu’un petit expert junior de la BCE.) Eux ne se contentent pas de baver des idioties anxiogènes pour faire du buzz, sans se donner la peine de faire 3 clics sur les sources primaires…

3) Sélectionner les "vulgarisateurs" qui font preuve de pédagogie et d’honnêteté intellectuelle, éviter les autres : La meilleure façon de détecter les conspirationnistes et autres producteurs de balivernes sur les sujets économiques et financiers, c’est en regardant à la "jointure" entre les arguments, c’est-à-dire les liens de causalité. Quand un "expert" fait systématiquement du "yakafocon", qu’il relie entre eux des faits anxiogènes sans que le lien de causalité soit clair, c’est un signe immanquable de charlatanisme. Un "effondrement logique" très fréquent chez ces charlatans, c’est d’expliquer que le QE est inefficace et donc que la déflation est inévitable, puis d’enchaîner sur le fait que l’argent (devises fiat) ne vaut plus rien (= hyper-inflation). Jamais ils n’expliquent comment la déflation se transforme mystérieusement en hyper-inflation.

Un vrai expert prendra soin de bien expliquer les liens de causalité et en cas de causalité incertaine (ce qui est très fréquent, en économie), expliquera qu’il y a différentes hypothèses, plus ou moins vraisemblables. Evidemment, difficile de faire du buzz comme cela…

Certains vulgarisateurs sont néanmoins très pédagogues et accessibles :

- Certains professeurs en économie ou en finance font preuve d’un réel talent de pédagogie (c’est un peu normal, c’est leur job), par exemple : Aswath Damodaran, Greg Mankiw, David Beckworth (voir par exemple son explication sur les récents repos de la Fed)…

- Pas besoin d’être un vénérable professeur pour être un bon vulgarisateur : ce qui est important, c’est de faire le job de recherche, et d’être un minimum rigoureux et honnête dans le travail de synthèse. 2 bons exemples sur l’investissement boursier :

- la chaîne Youtube de Ben Felix, Common Sense Investing, récemment conseillée par Perecastor : je ne la connaissais pas, j’ai maintenant vu une dizaine de vidéos et elles sont très pédagogiques et toujours sourcées (je trouve qu’il est très dogmatique sur l’investissement indiciel, mais son approche est très logique et cohérente - un bon complément sur le sujet au blog de Fructif, autre excellent vulgarisateur)

- la chaîne Youtube de l’excellent Tanuky : des conseils de bon sens, très pédagogiques ; je trouve dingue que ça fasse moins de vues que les vidéos "putaclics" d’"experts" qui n’ont jamais investi un sou en bourse (ou qui ont tout perdu, avec toutes leurs "bonnes idées").

Bref, il y a une abondance de sources de qualité sur les sujets économiques et financiers. Malheureusement, il vaut mieux être anglophone. Pour les purs francophones, ce forum est sans doute l’une des meilleures sources. Evidemment, sur tous ces sujets, il faut un minimum d’investissement intellectuel, mais perso je trouve que c’est un loisir intéressant… et à terme, j’espère, profitable.

Il faut avoir envie un minimum de faire fonctionner son cerveau, alors que les conspirationnistes et autres charlatans parlent aux tripes, aux instincts de peur et de haine que nous portons tous inconsciemment en nous (la peur de l’inconnu, de l’étranger, la haine du riche, du politicien, de l’expert, du bureaucrate)… malheureusement avec succès, l’incompréhension de sujets souvent techniques et anxiogènes étant un excellent terreau pour la peur et la haine.

Dernière modification par Scipion8 (08/10/2019 17h10)

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[+1]    #10 08/10/2019 19h55

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@Gog : 1) Dans mes messages précédents, je fais une généralisation en mettant dans le même sac de conspirationnistes et charlatans des gens aux profils très différents, allant du jeune youtubeur neuneu à des gens avec une expérience professionnelle réelle mais qui manquent à mon sens à leur devoir d’honnêteté intellectuelle. Donc c’est une généralisation un peu injuste envers ces derniers (dont M. Gave), mais considérant leur façon outrancière de communiquer, je ne m’en sens pas vraiment coupable ;-)

2) Effectivement, M. Gave a une société de conseil (en apparence ?) prospère et manifestement un beau patrimoine : outre ses entreprises politiques, je vois qu’il est actionnaire du Biarritz Olympique : pas mal de "danseuses" donc, ce qui est à son âge est très excusable - perso je rêve de devenir un jour actionnaire du Stade Toulousain ;-)

3) Ma généralisation et caractérisation des compétences économiques de ce groupe est certes injuste envers M. Gave : je pense qu’il a des compétences réelles sur des sujets de macroéconomie. En revanche je suis beaucoup plus réservé sur sa compréhension de l’économie monétaire, plus proche de mon propre coeur de compétence.

4) Je pense surtout que M. Gave, qui s’est spécialisé depuis longtemps dans la polémique et les pamphlets sur les sujets économiques, a une sérieuse tendance à "plaquer" son discours politique sur ses analyses économiques, c’est-à-dire qu’il se rend fréquemment coupable d’analyse économique téléologique : il définit d’abord sa conclusion, de nature politique, puis construit ensuite son discours économique. Pour un économiste, c’est disqualifiant, et il le sait. Moi-même je suis très politisé ; mais j’évite au maximum d’importer ce biais dans mes analyses économiques et surtout financières (ce serait une source probable de sous-performance).

[HS 5) Pour finir sur M. Gave, une remarque purement politique (donc HS ici) : mon professeur d’histoire à Sciences Po, le remarquable Jean-Pierre Azéma, m’a enseigné qu’il y avait peu de différences culturelles et politiques entre Pétain et De Gaulle, tous 2 nationalistes conservateurs. Mais en 1940, De Gaulle fut un nationaliste conséquent, et Pétain un nationaliste inconséquent. Perso, je suis, comme manifestement M. Gave, très attaché à mon pays, à sa souveraineté, et aux libertés. Mais j’essaie d’être conséquent dans ces orientations politiques, et je trouve inconséquent de se mettre au service d’une puissance étrangère dont la propagande est manifestement hostile aux intérêts nationaux : quand M. Gave se met au service de RT (comme M. Delamarche), il sait parfaitement ce qu’il fait, là encore, et il n’a pas d’excuse.]

@Caratheodory : 1) Effectivement, certaines sources sont assez élitistes, et je suis conscient que j’ai un gros biais du fait de mon activité professionnelle, mais à la lecture du forum je pense que chacun, sans être un cador de l’économie ou des marchés, peut développer une bonne compréhension générale de l’économie et des marchés. Les vidéos Youtube que j’ai citées (et il y en a bien d’autres de qualité) ne sont pas si difficiles d’accès, par exemple (gros avantage pour les anglophones, certes). Sur l’investissement indiciel, un néophyte peut lire les 2 bouquins de Fructif et regarder une dizaine de vidéos Youtube de Common Sense Investing : en une semaine c’est bouclé, il peut passer à autre chose ;-) (même si perso ce n’est pas mon approche).

[HS 2) Pas de surprise, mais je vous trouve bien dur avec le courant libéral et son aile libertarienne ;-) La critique du collectivisme et totalitarisme (nazi et communiste) par Mises et Hayek était l’une des plus justes, quand beaucoup d’intellectuels se laissaient séduire par l’un ou l’autre totalitarisme. Thoreau est pour un moi une inspiration majeure, par sa résistance pacifique à l’oppression étatique, et par son éloge d’une vie simple proche de la nature, ses écrits restent formidablement actuels au 21e siècle. Et en littérature (et pour sa vie), je suis très admiratif d’Orwell. Mais pas d’inquiétude : en vieillissant je converge lentement vers mon asymptote, en gros le profil d’un bourgeois pompidolien adepte d’un libéralisme raisonnable et très régulé… avec au maximum quelques % d’anarchiste de droite ;-) Mais on s’éloigne du sujet de la file.]

Dernière modification par Scipion8 (08/10/2019 20h06)

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[+1]    #11 09/10/2019 02h53

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Vous avez bien compris que je tire à boulets rouges sur Bastiat que je trouve d’une superficialité digne des faiseurs de vidéos.

Les auteurs autrichiens sont  plus substantiels mais je suis radicalement en opposition avec eux.

Une caracteristique épistémologique majeure des doctrines économiques cohérentes (ou essayant de l’être) est que ce sont des systèmes hypothetico-déductifs reposant en dernière analyse sur des prémisses de nature anthropologique, sociologique et politique.

Or si une seule prémisse est fausse, la théorie ne vaut rien.

Quand on est marqué par l’épistémologie des sciences expérimentales ou exactes, il n’y a que très peu d’enoncés économiques qu’on puisse considérer comme démontrés. Et tout ceux qui ont une coloration politique sont les plus durs à objectiver.

La prémisse politique fondamentale de l’aile libertarienne du libéralisme est que l’état minimal est la forme étatique optimale.

Quand on en radicalise les conclusions, on en vient à prôner l’organisation active de son dépérissement par la privatisation des fonctions régaliennes.

Et tant pis si la liberté ( économique ) obtenue est celle du renard libre dans le poulailler libre. Qui n’est au fond que l’habit neuf de  la liberté d’asservir.

Non seulement, cette liberté du plus fort de s’asservir le plus faible est profondément immorale mais la premisse est juste fausse. 

L’optimalité de l’Etat  minimal ou de l’Etat sous-minimal sont fondamentalement, des fake news.

D’ailleurs elles ont été popularisées par des agités du bocal comme Bastiat ou Ayn Rand .  Avant d’être reprises par ces économistes heterodoxes autrichiens et leur descendance chicagolaise. Je ne parle pas d’Al Capone, pourtant fameux praticien de la destruction créative.

Thoreau, laissons le dans les bois tant que le loup de Hobbes n’y est pas,  vu que le Leviathan étatique lui a préalablement  réglé son compte - au loup. Sinon on ne survit pas bien longtemps dans les bois. 

Essayons de regarder des exemples historiques d’Etats dépéris ou minimaux. En Europe, car c’est ce que nous connaissons.

La féodalité est très précisément la privatisation des fonctions régaliennes de justice, de maintien de l’ordre, de perception fiscale par les lignées de dignitaires locaux  (G. Duby). L’état féodal était un état dépéri, super-minimal.

L’autre grand dépérissement de l’Etat que notre civilisation à vécu est la chute de l’Empire Romain d’Occident. Le phénomène peut s’expliquer par la corruption des élites administratives (R. Mac Mullen) c’est à dire la privatisation des ressources de l’état par les fonctionnaires et les mercenaires!

L’ancien régime (qui n’était pas un état minimal!) fonctionnait également avec une justice privatisée (vénalité des charges) ainsi que le fisc (ferme générale). La réaction nobiliaire du 18e siècle, l’exhumation des terriers, voulait bien entendu aller plus loin et faire dépérir l’Etat dans le renouveau féodal.  Cet État était d’un autre métal que son homologue carolingien et avait des défenseurs plus conséquents, capables par exemple de conceptualiser l’échange économique. Mais ceux qui voulaient le dépecer plus encore l’ont fait s’effondrer. Et c’est précisément le retour dans le giron de l’Etat de ces fonctions régaliennes privatisées qui est l’effet de long terme de la Révolution. 

L’état minimal libéral de la première révolution industrielle a suscité une telle pauvreté et a été tellement source d’iniquité sociale  qu’il a suscité des mouvements politiques violents qui ont cherché sa destruction suivant la figure hegelienne de la dialectique du maitre et de l’esclave.

Le capitalisme s’est sorti de justesse de la période 1914-1945 mais pour celà il a fallu qu’il mute et jette aux orties l’Etat minimal.

De la vient ma conviction que l’Etat minimal ne convient pas à l’Occident.

Cette théorie de l’Etat libéral minimal caractéristique de l’aile libertarienne du libéralisme n’est d’ailleurs pas celle d’Adam Smith.  Au livre 5 de la Richesse des nations celui ci admet aussi  l’éducation et l’entretien des voies de communication comme fonctions légitimes de l’état, et même un petit peu plus. D’autres ailes de la tradition libérale sont donc plus réalistes dans leurs prémisses politiques que l’aile libertarienne.

D’un point de vue théorique, le libéralisme classique du 19e siècle a en quelque sorte engendré son négatif,  basé sur une théorie toute aussi fausse de l’Etat, ou plutôt sur son absence et sa dissolution dans l’economique. La théorie de Marx est ce négatif. 

On peut effectivement supposer que le marxisme a été falsifié puisque le capitalisme ne s’est pas effondré et les tentatives de mise en place du socialisme se sont produites dans des sociétés peu evoluees.

Cela dit, Marx a réfuté le libéralisme politique classique en expliquant que sa liberté était de nature formelle et ce pan critique de sa théorie tient toujours. 

A tout prendre, entre Marx et Hayek, qui ont tous les deux tort, je choisirais Marx. C’est moins faux, il y a plus de débris  à sauver. Avoir raison avec Aron, pourquoi pas, mais avoir tort avec Hayek, ça jamais! 

Qui dit que la société n’existe pas propage aussi des fake news. Rien n’est plus faux, l’ethologie nous enseigne que les macaques aussi sont des animaux sociaux. La tradition politique dont nous voyons avec effarement le délitement dans l’aventurisme politique aux mains d’entrepreneurs politiques voyous et spécialistes des fake news, c’est il y a 40 ans qu’elle a commencé à prendre cette forme profondément malsaine.

Un bourgeois pompidolien, barriste voire balladurien, un conservateur respectable, n’aurait jamais dit de pareilles sottises.

Dans un autre ordre d’idées, Piketty qui se fantasme en Marx du 21e siècle, pose comme axiome que la société optimale est celle ou l’égalité économique est complète et en déduit la nécessité d’abolir la propriété.

Mettre la conclusion dans les prémisses est la plus sure  façon de la démontrer sans faute logique.

Mais parfois les faits sont têtus. Et un fait moche assassine une théorie magnifique.

Comme le fait moche que libéralisme politique et capitalisme ne sont pas indissolublement liés et donc que la fin de l’Histoire de F. Fukuyama est la pire des idioties soutenues dans la sphère libérale depuis l’inexistence de la société. Cette fake news avait été un temps proclamée comme la Bonne Nouvelle à ma plus grande consternation.

Ensuite, Orwell etait un socialiste. Un socialiste inquiet et non conformiste, mais un socialiste quand même. A la limite un rawlsien avant l’heure.

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[+1]    #12 09/10/2019 09h03

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Caratheodory a écrit :

Or si une seule prémisse est fausse, la théorie ne vaut rien.

Je me focalise seulement sur ce point, mais je tiens à préciser que c’est faux, en sciences expérimentales comme en économie.

Surtout en sciences, une théorie n’est pas destinée à décrire la Vérité, mais à être capable de prédire les évènements à venir.
En sciences, lorsqu’on observe une différence entre les prédictions et l’observation, il n’est pas rare d’inventer un concept imaginaire (comme la matière noire pour citer une des plus connues, mais aussi des planètes/étoiles imaginaires… qui parfois s’avèrent réelles, mais pas tout le temps) pour que la théorie recolle à l’observation.

Pour l’économie, on peut discuter de la capacité de prédiction des théories… mais il n’est pas suffisant de se pencher sur la véracité des prémisses pour se prononcer sur la théorie.


La vie d'un pessimiste est pavée de bonnes nouvelles…

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[+1]    #13 09/10/2019 14h41

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Bonjour !

Faith a écrit :

Caratheodory a écrit :

Or si une seule prémisse est fausse, la théorie ne vaut rien.

Je me focalise seulement sur ce point, mais je tiens à préciser que c’est faux, en sciences expérimentales comme en économie.

Je suis d’accord avec Faith. Ceci dit, Caratheodory ne peut pas agréer la formulation de Faith, car cela provoquerait une autodestruction de sa théorie, si son raisonnement s’applique à lui-même.

D’ailleurs, si la rhétorique de Caratheodory est bien léchée, avec des sous-entendus délicieusement sarcastiques, il n’en reste pas moins qu’il est très (trop) binaire dans ses assertions. En réalité une théorie (économique ou politique) n’est jamais entièrement juste ou entièrement fausse. D’ailleurs Caratheodory le reconnait lui-même lorsqu’il utilise l’expression "débris  à sauver". Du coup, l’ensemble du raisonnement semble construit sur du sable. Or, le sable est assez solide pour marcher dessus, pour camper, mais pas pour construire des bâtiments de plusieurs étages.

Quant aux "fake-news", il est illusoire de vouloir lutter contre. Car nous sommes TOUS émetteurs d’informations erronées, fausses, ou simplement partielles. Mais une information partielle, donc incomplète, est viciée comme un mensonge par omission.
Nous publions des fake-news volontairement ou involontairement. Volontairement, car nous défendons une théorie, une politique, un point de vue, un ami. Involontairement, car nous sommes la proie de très nombreux biais psychologiques. Par exemple, j’ai vu souvent, dans le présent forum, de nombreux effets de halo, d’arguments ad hominem, de biais de sélection ou de confirmation.

C’est vrai que l’on pourrait définir une échelle, une gradation, dans le mensonge. Et si l’on se lance dans cette démarche, il faudra aussi définir une échelle de l’utilisation du mensonge. Mais ces échelles seront elle-mêmes mensongères (plus ou moins consciemment).

Au final, toute communication n’est qu’un système de représentation d’autre chose. Or, il a été démontré (par Gödel) qu’un système ne peut pas représenter la réalité d’une manière complète.

Pour conclure, quelques proverbes et sentences sur le sujet :
- Croire fait souvent l’homme menteur
- La vérité d’un menteur est encore un mensonge
- Il ne faut pas croire Victor Hugo, lorsqu’il disait qu’il ne faut pas croire tout ce qui est dit sur Internet.
- Pour beaucoup, un mensonge bien répété devient une vérité.
- Un seul mensonge fait plus de bruit que 100 vérités.
- Le mensonge usurpe les apparences de la vérité. (Christine de Suède)
- La vérité, pour certains, est parfois un mensonge déguisé. (Maxalexis)
Enfin :
- Je mens (Épiménide). C’est le bien connu "paradoxe du menteur" ; beaucoup plus sentencieux que sa taille, lorsqu’on réfléchit profondément.

Dernière modification par M07 (09/10/2019 15h19)


M07

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[+2]    #14 10/10/2019 01h11

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Bonsoir LoopHey,

J’ai écouté 3 vidéos de Guillaume Rouvier sur la chaîne Youtube Grand Angle : 2 sur les actions (Bourse : Comment battre le marché et Bourse : choisir les bonnes actions) et 1 davantage macro (Krach obligataire ? Quand ? Comment ? Quoi faire pour s’en protéger ?).

Mes impressions :

- Sur les 2 vidéos sur la bourse, je n’ai détecté aucune bêtise (ce qui ne garantit pas qu’il n’y en ait pas, mais qu’a priori il n’y en pas d’énorme, sauf en cas d’aveuglement ou d’omission de ma part). Au contraire, je suis plutôt d’accord avec son approche de l’investissement boursier : sélectionner des entreprises supérieures, même plus chères, et les garder sur la très longue durée, sans se laisser impressionner par la volatilité des cours. Les entreprises qu’il qualifie de "belles" le sont en effet, à mon sens (à nouveau, je peux bien sûr me planter) : L’Oréal, Hermès, Air Liquide, Nestlé… Les indicateurs qu’il mentionne sont simples (régularité historique de la croissance des résultats et des dividendes, maximum drawdown, PER moyen, rentabilité des capitaux investis etc.) mais pertinents. Bon, les fans de l’investissement indiciel vous diront que cela ne permet pas d’identifier les bonnes entreprises, mais je ne partage pas ce point de vue. Je suis plutôt d’accord avec M. Rouvier sur son explication de la volatilité, liée pour partie à l’incertitude sur les résultats de l’entreprise, et pour le reste à la visibilité sur les marchés. Aussi d’accord avec lui sur le fait que détenir de belles entreprises doit nous permettre de traverser les fluctuations macroéconomiques sans encombre, ces entreprises y résistant mieux que les autres.

- Sur la vidéo macro / obligataire, M. Rouvier ne dit pas de bêtise majeure, mais quand même affirmer comme il le fait que des rendements obligataires négatifs sur le long terme signifient nécessairement qu’il y a une bulle est inexact. Il est tout à fait possible que le marché anticipe le maintien par la banque centrale de taux négatifs sur très longue période. Il est faux de décréter que les taux longs doivent être nécessairement supérieurs aux taux courts : si le marché anticipe une plongée graduelle et durable en déflation, la courbe des taux peut être durablement inversée. Dans cette vidéo, M. Rouvier présente le scénario d’une inflation beaucoup plus élevée qu’attendu par le marché aux USA, ce qui déclencherait un krach obligataire : sur ça, à mon avis il risque d’attendre longtemps, mais c’est une question d’appréciation (= je peux me planter), et son scénario est cohérent. En revanche il se trompe à mon sens sur la supposée incapacité de la Fed de stopper un krach obligataire, et sur les ordres de grandeur de sa puissance de feu. Enfin, il qualifie d’"inefficiente" et d’"inintelligente" la politique monétaire actuelle, notamment les taux négatifs, car elle entraînerait une mauvaise allocation du capital et un endettement excessif : je suis en désaccord avec lui (c’est une question d’appréciation), mais ses préoccupations sont légitimes.

Bref, M. Rouvier me semble compétent sur l’investissement boursier (mais il reste à démontrer qu’il surperforme durablement les indices avec son approche, ce qui n’a rien d’évident). Il est un peu moins à l’aise sur la macro, mais globalement il ne fait pas d’erreur factuelle majeure, et ses scénarios, bien que discutables, sont cohérents.

Donc je confirme que c’est un intervenant qu’on peut suivre sans craindre un gavage d’idioties, et qui donc n’a pas sa place sur la liste des auteurs cités sur cette file.

Cela dit, à mon sens il risque un peu sa crébilité à s’associer à Grand Angle, qui va vraiment trop loin dans la complaisance avec les délires catastrophistes (Delamarche) et la promotion de l’or. (Je me demande d’ailleurs comment on peut même envisager d’investir en bourse aux côtés de M. Rouvier tout en opinant du chef lorsque M. Delamarche annonce la fin du monde… Gros souci de cohérence.)

Enfin, j’ai bien vu l’offre d’abonnements (15 / 40 / 90€ par mois) de Hiboo / M. Rouvier. Clairement, je pense que sa participation à la chaîne de Grand Angle vise à donner de la visibilité à son offre commerciale… au prix d’une perte de crédibilité. (En gros c’est un échange visibilité vs. crédibilité entre Grand Angle et M. Rouvier / Hiboo.) Perso, je ne paierais jamais pour une offre de ce type : je n’ai pas besoin qu’on me montre du doigt les belles sociétés du CAC 40, je les connais : LVMH, L’Oréal, Hermès, Air Liquide, Safran, Dassault Systèmes, Vinci. Voilà, c’est gratuit ;-)

Cela dit, pour un néophyte qui aurait des débuts compliqués en bourse (du genre collection de biotechs), des rappels de notions de base comme ceux que fait M. Rouvier peuvent être utiles.

Perso, je considère que mes coûts de formation & information pour la gestion de mon portefeuille boursier devraient être limités à environ 0,20% de son encours, en gros le total expense ratio d’un ETF. Soit 200€ / an pour un portefeuille de 100k€. A mon sens, des bons bouquins sont les meilleurs investissements, mais cela peut aussi être des abonnements à des revues ou à des conseils d’investissement, s’ils démontrent une certaine performance. A chacun de trouver ce qui marche le mieux pour lui, selon son profil.

PS : Nombre d’abonnés Youtube de chaînes conspirationnistes : Grand Angle 53k, Planetes360 79k, Publications Agora 17k, et dans un genre différent (pas ouvertement conspirationniste… mais "sans tabou", "sans filtre") Thinkerview 451k. En comparaison : hiboo.expert 3k : on voit bien qu’il est rationnel pour une personne relativement "sérieuse" comme M. Rouvier de s’associer à une chaîne conspirationniste pour décupler son audience…

Dernière modification par Scipion8 (10/10/2019 02h37)

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[+3]    #15 10/10/2019 04h26

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Un exemple illustratif du déluge de fake news anxiogènes : la supposée faillite de la Deutsche Bank.

Ces graphiques mettent en rapport :

- d’une part, les annonces répétées d’une faillite de la Deutsche Bank, depuis 5 ans, par des diffuseurs conspirationnistes (plus ou moins connus) sur Youtube (je ne suis pas remonté avant 2015)

- d’autre part, l’évolution du Credit Default Swap (CDS) de maturité 5 ans sur Deutsche Bank = la prime d’assurance que les investisseurs sont prêts à payer pour se couvrir d’un défaut de Deutsche Bank sur ses obligations sur un horizon de 5 ans. Plus la prime de CDS est élevée, plus la probabilité perçue de défaut est élevée.

Graphique sur les 3 dernières années :

Graphique sur les 12 dernières années :

Sources : DataGrapple et Youtube.

Il apparaît que :

1) Les mêmes oracles (Olivier Delamarche, Charles Gave, Pierre Jovanovic, Philippe Herlin étant les plus persistants) nous prédisent à peu près chaque année la faillite imminente de la Deutsche Bank.

2) Non seulement Deutsche Bank s’acharne à ne pas faire faillite, mais sa prime de CDS, donc sa probabilité de défaut perçue par les investisseurs professionnels, est proche de son plus bas niveau depuis 10 ans : ooooops ! ;-)


Mais ce n’est pas grave pour tous ces géniaux oracles de s’être plantés systématiquement depuis des années, sur ce sujet comme sur tous les autres : les vidéos Youtube auront fait peur, et auront fait du buzz, c’est tout ce qui compte.

Perso je parie que Deutsche Bank survivra à tous ces fins esprits.

Dernière modification par Scipion8 (10/10/2019 04h28)

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[+1]    #16 11/10/2019 19h30

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Scipion, pour enfoncer mon clou, deux éléments.

Regardez cette belle brochette :

Grand débat : Le monde est-il au bord d?une crise économique et financière majeure ? - YouTube

Rien que la teneur de la présentation des intervenants, pour le moins élogieuse :

UPR a écrit :

L’animation et la modération du débat sont effectuées par Jacques CHEVALLIER, qui a fait toute sa carrière comme banquier, et notamment banquier d’affaires.
Aujourd’hui jeune retraité et libre de ses propos, fidèle adhérent de l’UPR depuis 2014, il est actuellement adjoint de délégation de l’UPR pour la 6e circonscription des Yvelines.

Vincent BROUSSEAU
Diplômé de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud et titulaire de deux doctorats, l’un en mathématiques de Panthéon-Sorbonne et l’autre en économie de Paris-Dauphine.
Après avoir travaillé dans une grande banque d’affaires française, il a travaillé pendant 15 ans à la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort, et notamment pendant six ans au service de la politique monétaire.
Ayant peu à peu réalisé l’erreur historique et l’impasse technique que constitue la monnaie européenne, il a adhéré à l’UPR puis s’est résolu à démissionner de la BCE pour mettre ses actes en conformité avec ses pensées.
Tête de liste UPR (circonscription Massif Central-Centre) aux élections européennes de mai 2014, il est actuellement responsable national de l’UPR en charge de l’euro et des questions monétaires.

Philippe BÉCHADE
Analyste financier français, analyste technique et arbitragiste de formation, rédacteur en chef à la chronique Agora, chroniqueur économique sur BFM depuis 1996, rédacteur de la lettre économique Pitbull. Il a une formation en droit à l’université Paris Ouest Nanterre. Il a été responsable produits dérivés à Fidinvest de 1989 à 1993.
Il a créé avec Jacques Meaudre le fil d’actualités économiques commentées cerclefinance.com. Il fut l’un des tout premiers « traders » en France (il fut parmi les 40 premiers traders à avoir un agrément sur les marchés dérivés). Il est également formateur de spécialistes des marchés à terme.
Il est considéré comme un analyste « hétérodoxe », comme Olivier Delamarche dont les analyses sont assez proches, bien que Philippe Béchade soit plus proche d’une tendance social-démocrate (opposition aux paradis fiscaux, critique de l’ultralibéralisme américain, exigence d’un meilleur équilibre entre capital et travail).
En juin 2014, il a été nommé président du think tank Les Econoclastes.

Charles SANNAT
Diplômé de l’Ecole supérieure du commerce extérieur (ESCE) et du Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS). Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis « manager » au sein du Groupe Altran – Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance).
Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d’affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d’AuCoffre.com en 2011.
Il rédige quotidiennement Insolentiae, son blog personnel « contrarien » disponible à l’adresse Accueil - Insolentiae
Il enseigne l’économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l’actualité économique.

Charles GAVE
Né le 14 septembre 1943, à Alep (Syrie), Charles Gave est le fils de Pierre Gave, rallié à la France Libre en août 1941 après les combats en Syrie, et condamné à mort par contumace par le régime de Vichy.
Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Toulouse (promotion 1967), il obtient une bourse de l’université de Binghamton aux États-Unis, dont il sort avec un MBA de finance et gestion.
Essayiste, financier et entrepreneur, il a consacré sa carrière à la recherche économique, dont il a fait son métier en créant Gavekal, une société de conseil en allocation d’actifs aux gérants de fonds.
Il est l’auteur de plusieurs essais économiques, où il partage la synthèse de sa recherche économique et de son expérience de financier. Dans ses écrits, Charles Gave annonce notamment la fin du modèle de l’État-providence et la faillite de l’euro.
Rencontrant du succès sur Internet, Charles Gave se décrit comme un libéral-conservateur.

Voyez qu’on y retrouve notre palmarès, dont C. Gave dont j’ai expliqué qu’on ne pouvait pas le prendre pour un rigolo et… votre ancien collègue… Vincent Brousseau qui a travaillé des années à la BCE.

Vous parliez de Thinkerview, regardez les derniers invités : Christophe Nijdam, Jérôme Cazes, Jean Jouzel (bon… c’est pas un financier), Stiglitz (prix Nobel…) : y’a vraiment que des guignols ? Une chaîne conspirationniste ?

C’était juste histoire de dire c’est pas si simple pour le quidam de faire la part des choses, et qu’il faut bien se garder de faire des raisonnements par association. Moi y’en a certains dans le lot, je ne sais pas quoi en penser.

Autre point qui rend les choses compliquées : c’est que d’un côté, on dit aux gens de ne pas croire ces personnes qui n’ont pas de légitimité et de plutôt se fier à ce qu’on lit dans les grands médias reconnus et les publications officielles… de l’autre, on répète ici aussi aux gens de « développer un esprit contrarien », qui vise justement à ne pas croire le discours dominant… Du coup, bah oui, les gens, pas "esprit contrarien" vont chercher dans la contre-information et après on se plaint qu’ils vont sur des sites pas sérieux… et après on se retrouve avec un ridicule décodex qui fait le curé… L’affaire "les-crises" (O. Berruyer) vs le décodex est intéressante (exemple)…

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[+10]    #17 12/10/2019 03h38

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Bonsoir Gog,

J’ai regardé la vidéo du débat organisé par l’UPR, dans son intégralité.

Je me permets de commencer par une remarque un peu cruelle : si je vous donne ma carte de visite, vous n’aurez pas besoin de me demander mon CV pour savoir que je suis professionnel et crédible. Quand l’on croit nécessaire de faire défiler tout le CV, en remontant jusqu’aux diplômes de l’âge tendre, c’est mauvais signe…

Par ailleurs, il y a 3 sortes d’économistes :
1) ceux qui cherchent, publient, inspirent, ouvrent des voies
2) ceux qui font
3) ceux qui commentent

Stiglitz est un économiste du 1er type. Vincent Brousseau et moi-même sommes (ou avons été) des économistes du 2e type. Gave, Béchade, Sannat et Delamarche sont, au mieux, du 3e type.

Il n’y pas vraiment de hiérarchie, mais on peut dire que ce qui ne font que (3) ne sont pas l’élite, hein. C’est un peu comme quand je critique le jeu de Federer depuis mon canapé : ça ne fait pas forcément de moi un meilleur tennisman.

Je suis bien d’accord pour dire qu’il n’est pas facile pour le grand public de distinguer les charlatans des vrais experts, sur des sujets particulièrement techniques. Un auditeur attentif peut néanmoins (i) identifier des arguments illogiques (notamment des causalités incorrectes entre 2 faits) et (ii) traquer les erreurs factuelles en croisant les sources.

Dites-vous bien que si quelque chose que l’on vous explique n’est pas clair (en faisant un minimum d’effort intellectuel, hein), alors il y a anguille sous roche : dans le meilleur des cas, "l’expert" ne maîtrise pas suffisamment le sujet pour vous l’expliquer clairement (c’est le meilleur test de la compréhension d’un sujet) ; souvent, c’est qu’il raconte n’importe quoi. Il y a un bon nombre d’exemples de cela dans cette vidéo :

04:00 : P. Béchade affirme à tort que le marché interbancaire US a "gelé" : c’est faux. S’il avait "gelé" (ce qui est arrivé en Europe en août 2007, puis en septembre 2008), les montants que la Fed aurait dû injecter auraient été sans commune mesure avec les opérations de repo conduites par la Fed dans les faits. On aurait vu une augmentation exponentielle de l’encours de ces repos, puisque chaque jour des montants supplémentaires de prêts / emprunts interbancaires seraient venus à maturité sans pouvoir être renouvelés. Ce n’est pas du tout ce que l’on a observé, ce qui signifie qu’il n’y a pas eu de "gel" de ce marché.

06:39 : P. Béchade parle d’un mystérieux 10% sur les contraintes prudentielles de liquidité : confusion manifeste. Je pense qu’il confond les ratios de solvabilité (Tier 1 etc.) et le Liquidity Coverage Ratio (LCR, fixé à 100%). Confusion habituelle entre solvabilité et liquidité… Désolé mais un commentateur professionnel doit parfaitement connaître ces notions de base.

09:30 : P. Béchade affirme qu’une adjudication du Trésor US se serait mal passée : fake news. Si vraiment il y avait un manque de demande pour les Treasuries, on verrait leurs taux graduellement augmenter. Ce n’est pas du tout ce qu’on observe.

16:15 : V. Brousseau (un professionnel, lui) présente des hypothèses plausibles pour les tensions sur le marché monétaire US : des hypothèses liées aux emprunteurs (demande inhabituellement élevée de liquidité etc.). Mais il omet (involontairement, j’en suis sûr) une hypothèse encore plus plausible liée aux prêteurs : si les prêteurs souhaitent conserver suffisamment de liquidités de précaution, par gestion prudente ou pour cause de contrainte réglementaire (LCR), alors ce comportement peut causer ce que l’on a observé ces dernières semaines. Comme un récif révélé par la marée basse, ce besoin accru de liquidités de précaution a été révélé par le tapering de la Fed et par le pic de demande de cash lié à des échéances fiscales mi-septembre. Cette explication est de loin la plus plausible - c’est d’ailleurs celle que donne un insider comme Bill Dudley, ex président de la New York Fed.

26:30 : En affirmant qu’il est illogique que les rendements obligataires longs soient négatifs, P. Béchade démontre un bel exemple d’illusion monétaire. D’un point de vue économique, ce sont les valeurs réelles (= après déduction de l’inflation) qui sont pertinentes, et non les valeurs nominales. Pour une raison simple : l’argent - tout l’argent - sert à la consommation, à acheter des biens et services, aujourd’hui, demain ou dans 30 ans. Et le pouvoir d’achat de l’épargne dépend de sa rémunération réelle, et non nominale. Zéro, pour un taux nominal, c’est un chiffre comme un autre - même si je comprends bien que cette illusion monétaire est très répandue parmi les agents économiques.

33:30 : Comme P. Béchade avant lui, C. Sannat parle d’un supposé problème de financement de l’Etat américain, sans le début du commencement d’une preuve. A nouveau : si c’était le cas, on verrait les rendements obligataires des Treasuries monter en flèche. Et bien d’autres Etats (dont la France) seraient probablement touchés avant les USA.

55:00 : P. Béchade parle des taux négatifs comme d’un "sophisme" des banquiers centraux : illusion monétaire. (Manifestement, il ne connaît pas le concept : problématique, pour un économiste. Même du 3e type.)

59:00 : P. Béchade affirme que si les rendements obligataires souverains sont négatifs, alors il n’y aura plus d’acheteurs pour la dette souveraine - sauf la banque centrale : il ignore manifestement qu’un système monétaire est un système fermé, où la banque centrale peut contrôler ou influencer la masse monétaire, qui doit bien être placée, d’une façon ou d’une autre. Les taux négatifs peuvent fonctionner pour cette raison : il n’y a pas d’échappatoire : les investisseurs ont le choix entre (i) des placements bancaires à taux faibles voire négatifs, (ii) des obligations souveraines à taux faibles voire négatifs (moins risquées que les placements bancaires), et (iii) des actifs risqués (actions, prêts à l’économie réelle). Même la thésaurisation des billets a un coût (pour les conserver en sécurité : coûts des coffre-forts etc.) : on estime qu’il n’y aurait éventuellement un risque de thésaurisation que si les taux négatifs étaient inférieurs à environ -0,80% (cela varie d’un pays à l’autre).

01:21:45 : C. Sannat affirme que le marché devient structurellement vendeur d’obligations souveraines, ce qui va peser sur les assurances vie : il faut se calmer. A nouveau : les rendements obligataires souverains sont actuellement ultra-bas, ce qui dément la thèse d’un manque d’appétit des investisseurs. Par ailleurs le vieillissement démographique peut même favoriser les obligations souveraines, l’allocation d’actifs moyenne des épargnants devenant moins encline au risque.

01:29:30 : Délire absolu de P. Béchade sur la Banque des Règlements Internationaux (BRI), qui "sait tout" et fait des "recommandations" aux banques centrales : ah bon ? Pourtant ils ne m’ont jamais fait de recommandations quand j’allais les voir à Bâle. Béchade part dans son délire alors même que Brousseau avait bien décrit le rôle de la BRI : (i) études, (ii) coordination / secrétariat, et (iii) opérations de banque au profit des banques centrales : un boulot assez ennuyeux, comme le dit Brousseau. Béchade les décrit pourtant comme les maîtres du monde. Manifestement il ne comprend pas que les opérations entre grandes banques centrales (Fed et BCE, BCE et BNS, Fed et BoJ etc.) sont évidemment bilatérales et ne passent pas par la BRI (qui ne reçoit même pas ces informations). Bel exemple de conspirationnisme à la noix.

01:57:30 : C. Sannat affirme que le dollar repose sur le pétrole (les pétro dollars) : on n’est plus dans les années 1970 ! Manifestement il n’est pas à la page sur la situation énergétique des USA, ni sur la place du pétrole dans l’économie US… (un coup d’oeil aux 10-20 premières capitalisations US serait pourtant suffisant)

02:03:30 : Délire de P. Béchade sur la supposée volonté des banques centrales de "cramer" leur monnaie : confusionnisme habituel entre déflation et hyper-inflation. C’est très typique de ces commentateurs conspirationnistes : ils veulent à tout prix démontrer que l’argent (devises fiat) "ne vaut plus rien". Mais le grand risque actuellement, c’est la déflation = le scénario exactement contraire. Démenti immédiat et clair par V. Brousseau (qui en profite pour démentir aussi les délires sur la supposée "guerre contre le cash").

02:10:30 : Flagrant délit de fake news par C. Sannat sur le CBGA (Central Bank Gold Agreement). Comme l’a bien expliqué V. Brousseau, le CBGA n’a jamais visé à obliger les banques centrales à vendre leur or ! Il s’agissait de coordonner les ventes des banques centrales pour éviter des ventes à bas prix sur ce marché illiquide de l’or.

02:29:20 : Argument digne de pilier de bistrot cégétiste par C. Sannat sur le fait que le marché secondaire ne vise qu’à la "spéculation", et ne finance pas l’économie réelle. Il oublie juste que (i) sans marché secondaire, il n’y pas de marché primaire et (ii) en achetant une action sur le marché secondaire, je libère (directement ou indirectement) la capacité d’investissement de l’investisseur sur le marché primaire. Incroyable d’entendre ce genre d’argument digne d’Arlette Laguiller de la part d’un supposé "libéral"…

02:36:50 : P. Béchade confond l’inflation avec la hausse des prix des actifs. Il montre à nouveau  qu’il ne comprend pas la finalité unique et exclusive de l’argent : consommer. Tout investissement vise à consommer davantage plus tard. C’est pour cela que les banques centrales se focalisent uniquement sur les prix à la consommation.

02:38:20 : Bon, ben manifestement personne ne savait ce qu’est un CDS (Credit Default Swap). P. Béchade qui parle en off de CDS sur les emprunts autos et les prêts à la consommation : what ? Réponse délirante de C. Sannat.

02:40:00 : C. Gave différencie titres de propriété et contrats (obligations etc.), recommandant les premiers et déconseillant les seconds en vue de la prochaine crise. Il serait en effet difficile pour l’Etat d’exproprier. Manifestement il était trop jeune en 1981… L’Etat n’a pas besoin d’exproprier, il lui suffit d’injecter du capital et de diluer totalement les actionnaires existants.

Sur la base de cette vidéo, je ne peux pas dire que Béchade et Sannat sont incompétents.

Je peux dire qu’ils sont nuls. Leurs CV (qui ne sont pas bien impressionnants, d’ailleurs) sont inutiles s’ils persistent à ne pas bosser leurs sujets, à être biaisés, à propager des fake news.

En revanche, je n’ai noté aucune erreur dans toutes les interventions de Vincent Brousseau pendant ce débat. Pour avoir travaillé avec lui à la BCE (beaucoup de dossiers sont des coproductions DG Economics / DG Market Operations), je le connais. Je n’ai que de la sympathie pour lui, même si je ne partage pas ses orientations politiques. Mais je ne l’aurais pas épargné ici s’il avait dit des bêtises. Lui est compétent et honnête intellectuellement, ce n’est pas le cas des 2 autres.

Sur les balances TARGET, son explication est claire. En revanche je diverge de son point de vue sur le scénario à risque : il est vrai que les Allemands ont envisagé de demander une collatéralisation des balances TARGET, mais la concrétisation de cette idée dangereuse ne peut venir que d’une décision politique. Qui n’arrivera jamais, précisément parce que la BCE comprend les risques du scénario décrit par Vincent. Donc le principal risque pour l’euro est un risque politique, et non économique, à mon sens : un risque politique lié au degré de "tolérance" de l’Allemagne.

Vincent a longtemps travaillé dans une Direction Générale (DG Economics) très verrouillée par les Allemands, notamment de la Bundesbank, avec une vision très dogmatique et une méfiance certaine envers les pays latins. Je pense qu’il est très marqué par cette expérience. Mais perso je considère que les décisions cruciales de l’Allemagne quant au futur de la zone euro se feront à Berlin, et non à Francfort à la Bundesbank. Compte tenu du poids de l’Histoire, les dirigeants allemands ne reviendront jamais sur cet acquis de l’euro, malgré toutes les critiques émises par la Bundesbank contre la BCE.

Dernière remarque sur votre réflexion sur "l’esprit contrarien" :

- Cela peut être rationnel d’être contrarien sur les marchés, car les mouvements de la foule renchérissent certains actifs et en déprécient d’autres, parfois irrationnellement.

- Mais on ne peut être rationnellement contrarien face à des faits : la vérité a un "prix" intangible, et indépendant de la foule. Ce que je reproche avant tout aux auteurs conspirationnistes, c’est d’attenter systématiquement à la vérité, soit par incompétence par des erreurs factuelles, soit par la propagation délibérée de fake news.

Dernière modification par Scipion8 (12/10/2019 09h25)

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Favoris 1   [+2]    #18 21/10/2019 15h19

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Bonjour Nemesis,

Oui, je pense que la politique monétaire (nécessairement) ultra-accommodante de la BCE pourrait soutenir les marchés boursiers européens ces prochaines années. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’augmente mon allocation aux actions dans mon patrimoine.

Je vous rejoins aussi sur le fait que cela augmente les risques d’une bulle boursière.

Cela dit :

1) Quand on parle de réallocation vers les actifs risqués, les actions ne devraient pas être les seules bénéficiaires : il s’agit aussi des diverses formes d’investissement immobilier, des actifs étrangers, etc. La répartition des flux est incertaine, donc les risques relatifs de bulle aussi.

2) Une politique monétaire ultra-accommodante n’est certainement pas une protection contre des grosses corrections boursières, voire des krachs : ils peuvent toujours survenir brutalement si le marché pense tout à coup qu’il y a une nette surévaluation des actions ou une sous-estimation des risques. En revanche, j’ai tendance à penser que la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE rendra les reprises post-corrections plus rapides que d’habitude, en raison de l’absence de placements alternatifs intéressants. A priori c’est un argument en faveur du buy & hold, car essayer de passer liquide (à taux nuls voire négatifs) puis timer le creux de la vague risque d’être encore plus compliqué et risqué que d’habitude.

3) Il y a quand même des forces de rappel pour les marchés boursiers européens : les fondamentaux, bien sûr (mais on sait que des déviations importantes des fondamentaux peuvent exister pendant longtemps) ; mais surtout les niveaux relatifs de valorisation avec les marchés boursiers étrangers, notamment US : si les marchés actions européens deviennent un jour survalorisés par rapport aux marchés US, je pense qu’on verrait rapidement un déplacement des capitaux hors des marchés européens et vers les marchés US. Notamment par les investisseurs institutionnels US qui détiennent une proportion massive des capitalisations européennes. Pour cette raison, je ne crois pas vraiment à une bulle boursière localisée en zone euro.

4) Si on regarde l’évolution des indices boursiers japonais sur les 30 dernières années, on voit que la politique extrêmement accommodante de la BoJ (y compris un QE massif avec des interventions directes sur le marché actions via des achats d’ETF et de REITs) n’a pas empêché une lente glissade du Nikkei jusque fin 2012 - c’est-à-dire jusqu’au moment où il y a eu de premiers signes encourageants de sortie de la déflation. Donc un scénario vraiment déflationniste, où la politique ultra-accommodante de la BCE serait relativement impuissante, ne serait certainement pas favorable aux marchés boursiers européens, bien au contraire. Le scénario que j’espère pour mes expositions aux actions européennes, c’est un scénario où les mesures exceptionnelles de la BCE "fonctionneraient", permettant d’éviter la déflation.

Bref, dans ce processus de changement de l’allocation d’actifs, il convient d’être prudent, en diversifiant le patrimoine géographiquement (= s’exposer aux USA et aux émergents, a priori épargnés par le risque déflationniste) et selon les classes d’actifs.

La BCE est bien consciente des risques de bulles liés à ses mesures exceptionnelles. Elle dispose (avec les Banques Centrales Nationales) d’un arsenal de mesures "macroprudentielles" pour limiter ces risques - mais surtout sur le marché immobilier. Une bulle boursière serait bien sûr problématique, mais son effet économique ne doit pas être exagéré (les éclatements de bulle boursière sont le plus souvent rapidement compensés et la détention directe d’actions est très concentrée sur les plus riches). En tout cas, c’est un problème beaucoup moins gênant qu’une déflation - donc la BCE n’a pas vraiment le choix.

Dernière modification par Scipion8 (21/10/2019 15h20)

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Favoris 1   [+3]    #19 21/10/2019 17h02

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Bien sûr Nemesis, la BCE a regardé de très près les expériences japonaises et US avant de lancer son propre QE en 2015. L’un des avantages du métier de banquier central, c’est qu’on n’est pas en "concurrence" avec nos collègues étrangers, donc il y a une coopération très étroite et des échanges réguliers entre grandes banques centrales. Il y a des réunions "trilatérales" tous les 6 mois entre les experts de la BCE, de la Fed et de la BoJ, par exemple - ce sont parmi les réunions les plus intéressantes auxquelles j’ai pu participer.

Pour préparer le QE de la BCE, on m’a envoyé 3 semaines en stage à la BoJ en 2014, avec une collègue. Nous avions une liste de questions très précises sur tous les aspects opérationnels du QE (calibration, marchés cibles, stratégies d’achats, contreparties, communication, répartition des achats d’obligations selon les maturités, achats d’obligations d’émetteurs privés, gestion des risques etc.). Nous avons eu accès à des dizaines d’experts de la BoJ, notamment les vétérans qui étaient à la manoeuvre au tout début, dans les années 1990. La BoJ nous a clairement expliqué ce qui avait fonctionné, ce qui avait échoué, et les dizaines (ou centaines…) d’ajustements successifs réalisés sur leur programme de QE.

Les enseignements les plus importants ont été :

- Ne surtout pas faire de gradualisme : il faut taper fort d’entrée, en annonçant un très gros volume d’achat et en s’engageant sur une durée longue et/ou jusqu’à ce que l’objectif de la banque centrale soit atteint. Le gradualisme initial de la BoJ dans ses mesures non-conventionnelles dans les années 1990 / début des années 2000 a été une erreur majeure, permettant à la mentalité déflationniste de s’enraciner toujours plus profondément (les anticipations déflationnistes deviennent auto-réalisatrices). Cet enseignement explique la communication agressive de Bernanke et Draghi quand ils ont lancé chacun leur QE.

- Ne pas faire dans la dentelle : cibler en priorité les marchés les plus liquides, c’est-à-dire les obligations souveraines. Pour qu’un QE soit efficace il est crucial de pouvoir acheter des volumes massifs rapidement. Pour cela, il faut que l’allocation des achats du QE privilégie des marchés très liquides : le marché le plus liquide, et de loin, est celui des obligations souveraines. Cela a conduit la BCE à modifier ses plans initiaux. En effet, beaucoup à la BCE (le clan allemand, pour le dire clairement) souhaitaient un QE ciblé sur des actifs privés (corporate bonds, ABS), par crainte de faciliter les comportements irresponsables d’Etats surendettés. Nous avons démontré que cela conduirait à un rythme d’achats beaucoup trop lent pour que le QE soit efficace, en raison de la faible liquidité des marchés de la dette privée en zone euro. (J’avais même écrit des notes contre l’achat d’obligations corporate, mais finalement la BCE a changé d’avis sur le sujet, 2 ans plus tard.)

La plupart des autres enseignements sont de nature opérationnelle, les collègues de la BoJ ayant accumulé beaucoup d’expérience dans le domaine alors que la BCE était assez novice à l’époque sur ces sujets.

S’agissant des effets économiques du QE de la BoJ, c’est beaucoup moins mon rayon, mais mes collègues économistes ont évidemment analysé la transmission des QE japonais et US à l’économie réelle. Il y a pas mal de littérature académique sur le sujet, qui évalue l’efficacité de chaque canal de transmission, et de chaque étape de la transmission. C’est complexe car le QE est rarement implementé tout seul - mais toujours en combinaison avec d’autres mesures (taux négatifs, forward guidance = engagement de maintenir des taux bas pendant longtemps…). Voir par exemple ici pour le QE japonais :

A mon sens, le fait que le Japon peine encore à sortir de la déflation est le résultat de 4 facteurs :

1) une définition sous-optimale du QE initial, "excusable" car ils étaient les premiers à lancer de telles mesures, alors que la Fed et la BCE ont pu s’appuyer sur les enseignements de la BoJ

2) un effort insuffisant et beaucoup trop lent de nettoyage du système bancaire, permettant à des banques "zombies" de vivoter et de devenir des boulets pour la croissance économique

3) la sévérité des facteurs fondamentaux déflationnistes au Japon, comme un vieillissement démographique beaucoup plus marqué qu’aux USA ou en Europe, une forte orientation de la consommation vers des produits technologiques, etc.

4) l’ancrage profond de la mentalité déflationniste dans la population japonaise dans ce contexte, qu’il est bien difficile pour une banque centrale de déraciner, même en "arrosant" le système bancaire et l’économie de liquidités massives, pendant des années voire des décennies

C’est justement pour ces raisons que la Fed et la BCE sont intervenues de façon très agressive contre le risque déflationniste, et que tous les arguments contre les inconvénients ou risques du QE ou des taux négatifs ne risquent pas de faire dévier la BCE de sa route, tant que l’inflation reste loin de sa cible. Les banques centrales connaissent trop bien le coût de la passivité, de la timidité et de la lenteur, sur la base de l’expérience nippone.

Quant à votre question sur la "destination" de la liquidité injectée pendant des années par la BoJ, je dirais :

1) elle a alimenté la croissance de la dette publique japonaise, à faible coût pour les contribuables japonais mais avec une efficacité très variable des mesures de relance budgétaire

2) elle a rendu les bilans des banques nippones très liquides, mais celles-ci ont longtemps (jusqu’à 2013-2014, je dirais) rechigné à augmenter leur fourniture de prêts à l’économie nippone (il faut dire qu’il y avait aussi un problème de demande, reflétant l’enracinement de la mentalité déflationniste chez les ménages et les entreprises)

3) elle a facilité le refinancement des entreprises nippones endettées, là encore avec des effets ambivalents : maintien de l’activité économique au prix d’un renouvellement insuffisant du tissu économique (survie d’entreprises "zombies")

4) elle a permis longtemps d’éviter une appréciation du yen sur le marché des changes, jusqu’en 2009 quand la Fed a lancé son propre QE : maintenir un yen assez faible était (et reste) crucial pour l’économie japonaise, fortement exportatrice

Les effets (1), (2) et (3) sont ambivalents sur le long-terme, alors que l’effet (4) était clairement souhaité par les Japonais, même s’ils hésitaient à le dire publiquement.

Sur la base de cette expérience, il est clair que le QE est une mesure très grossière d’accommodation monétaire, avec des effets souvents ambivalents et pas mal d’effets secondaires indésirables qu’on peut au mieux essayer d’atténuer. Malheureusement, en l’état actuel des connaissances économiques, c’est le mieux que l’on puisse faire face à une déflation ou un risque déflationniste, et on peut au moins se satisfaire que la "qualité" des QE mis en place successivement par les grandes banques centrales se soit améliorée, grâce aux enseignements des erreurs du passé. Le pire serait vraiment de ne rien faire et de laisser la déflation s’ancrer toujours davantage, détruisant peu à peu l’économie (comme pour la "génération perdue" du Japon), et notamment les plus pauvres.

Dernière modification par Scipion8 (21/10/2019 17h06)

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[+1]    #20 23/11/2019 15h46

Banni
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Vous illustrez mon propos à merveille. La Corée du Nord n’est pas ce qu’on vous en dit dans les médias depuis 30 ans.

Parfait exemple du contre pouvoir vertueux d’internet en matière d’information. Avoir plusieurs sons de cloches permet d’exercer son esprit critique et d’affiner son jugement. Ce qu’on ne souhaite surtout pas en haut lieu. Le peuple, qui a déjà commencé à se poser les bonnes questions, pourrait finalement trouver les bonnes réponses…

Nous sommes d’accords sur la responsabilité individuelle quant à l’information. Sous réserve qu’on ne vous traite pas de complotiste ou pire encore quand vous prenez le contre-pied de la doxa. Tout le monde n’a pas la force de caractère suffisante pour nager à contre courant. Ne soyez pas trop dur avec ceux qui ne parviennent pas à s’affranchir de la propagande quand tout est fait pour que ce ne soit pas le cas, jusqu’à criminaliser certains discours.

Dernière modification par HiDex (23/11/2019 15h49)

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[+2]    #21 28/12/2019 15h43

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HiDex a écrit :

Ils ont pourtant le mérite de nous sortir de la pensée unique, mais je vous accorde que cela peut choquer après des décennies de biberonage télévisuel.

En même temps, si vous me citez la télévision comme source d’information, je comprends mieux.

Concernant Delamarche, il s’est refait une eReputation, mais on peut trouver l’historique de la performance de son fonds sur nos forums (voir cette discussion), j’en avais fait le suivi et tout est sauvegardé :



Alors qu’il faisait perdre de l’argent au peu de clients qu’il avait (l’encours de son fonds était ridicule), il affirmait le contraire sur BFM et traitait d’incompétent Warren Buffett ! Non seulement son discours montre son incompétence, mais y compris en pratique sa gestion a été un vrai désastre.

Enfin, ceux qui systématiquement évoquent une prétendue pensée unique ne doivent pas lire beaucoup. Car j’ai du mal à ne pas voir de différences entre Le monde diplomatique, Le figaro, Le canard enchaîné ou Alternatives économiques, et ce sont des quotidiens ou magasines qui existent depuis plusieurs décennies.

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[+1]    #22 28/12/2019 16h00

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HiDex a écrit :

Vous avez du mal ?

C’était une litote pour dire qu’ils étaient complètement différents.

HiDex a écrit :

C’est ça la pensée unique, pas la caricature soviétique qu’on vous sert pour vous faire accepter la dictature soft dans laquelle vous vivez.

Voilà, on retombe sur le point Godwin habituel sur ce type de discussion. Je doute que vous ayez lu ne serait-ce qu’un exemplaire de chacun des quotidiens/revues que je cite, ni que vous soyez très au fait de comment les choses se passent en Russie, pour oser la comparaison.

La pluralité des opinions en Russie c’est ça : la longue liste des journalistes russes assassinés.

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[+1]    #23 31/12/2019 09h30

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Scipion8 a écrit :

Plus sérieusement, reprocher à un journaliste de gauche (ou "mondialiste", ou quoi que ce soit) de publier des articles et des interprétations qui vont dans le sens de ses opinions, c’est aussi pertinent que de reprocher à un chat de miauler ou à un âne de braire. Les journalistes ont des opinions, ils les expriment, c’est très bien comme ça, et si elles vous déplaisent, ils suffit de les ignorer.

Vous parlez ici de mauvais journalisme. Ce journalisme qui malheureusement est nettement prédominent.
L’opinion d’un journaliste n’a pas plus de valeur que celle de toute autre personne.
Le problème principal qui en résulte est que beaucoup de gens ne savent pas faire la part des choses entre les faits et l’opinion des journalistes.

La presse d’opinion est un non sens journalistique.
Elle favorise les biais de confirmation et la faignantise intellectuelle.

A mon sens, il faudrait revoir en profondeur le code de déontologie de cette profession.

Scipion8 a écrit :

Sur la durée, on peut espérer que de relater des faits.le citoyen-consommateur s’orientera vers les contenus de qualité, plutôt que vers les fake news, le temps permettant aux esprits raisonnables de séparer le bon grain de l’ivraie (c’est vrai en tout cas en matière d’investissement, comme l’historique de M. Delamarche le montre bien). Cela dit, au vu du succès des contenus complotistes sur internet, je suis certainement un peu idéaliste sur ce point.

Ma petite expérience d’autres forums (autres sujets) tend à confirmer que relater les faits n’a pas d’impact sur le citoyen-consommateur.
Je mes suis battu (je pensais naïvement à l’époque que les faits suffisaient à rétablir la vérité) contre de nombreuses fake news, contre vérités, mensonges (d’associations par exemple), articles journalistiques malhonnêtes, en vain.

Les croyances (au sens large) sont beaucoup plus puissantes que les faits. Et la propagation de ces croyances se fait bien plus rapidement que les faits.

Je vous convie à lire et écouter par exemple Mr Gerald Bronner dont les travaux sont très instructifs, si ce n’est déjà fait.

Je crains qu’internet, outil merveilleux d’accès à l’information, ne creuse la tombe de la vérité.

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[+3]    #24 31/12/2019 11h47

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Laissons la vérité aux philosophes et aux savants. Nous devrions nous contenter de l’objectivité dans l’examen de l’actualité, c’est déjà beaucoup.

***

Internet creuse d’abord la tombe du journalisme. Économiquement. Par la prolifération du contenu gratuit.

Ce que nous apporte un média d’information c’est:
-un contenu factuel, événementiel.
-une interprétation de ces faits dans un cadre intellectuel.
-des scénarios prévisionnels.
-des messages visant à influencer nos actions et pensées. Par exemple dans les pages Idées ou Opinions.

Le contenu événementiel brut est disponible gratuitement avec internet, avec moins de sélection qu’en opèrent les medias individuels. C’est cette concurrence qui lamine le journalisme.

***

D’autre part les medias mainstream (TV, radio, journaux)  se bornent bien souvent à reprendre les dépêches d’agence, à collecter les opinions d’acteurs divers et à y rajouter celles que promeut le media. Bien sur, que quelqu’un ait quelque opinion constitue un fait, parfois intéressant,  parfois moins intéressant.

La plus-value informationnelle qu’apporte un média payant  par rapport au contenu disponible gratuitement devrait résider dans l’analyse de l’information.

Force est de constater qu’elle est très inégale selon les medias. Et que la nécessaire réduction des coûts de production la fait baisser.

Il n’y a qu’a lire des anciens numéros du Monde avant 1990 et maintenant. Les journalistes actuels ne comprennent tout simplement pas les sujets qu’ils traitent aussi bien que leurs aînés ne le faisaient.

Pour moi, et ça ne me fait guère plaisir, les deux quotidiens les plus denses du point de vue factuel en France sont Le Figaro et Les Échos et il faut malheureusement beaucoup filtrer car ils ont la plume aussi lourde que Le Monde pour promouvoir les opinions de leurs commanditaires.

J’ai moyennement envie de payer pour un mélange aussi indigeste de faits et d’opinion. Pour le Figaro, je n’ai vraiment pas envie de subventionner Rioufol et consorts pour avoir une information factuelle un peu meilleure que dans la partie gratuite de l’édition électronique du Monde.

***

Le journalisme d’investigation comme le pratique Mediapart est plus coûteux car il faut passer  des barrières, aller fouiller les poubelles. Ca n’attire que des acteurs qui ont une motivation politique forte…. De plus comme on ne rentre pas 10 scoops par jour, il faut bien remplir avec des articles d’opinion.  Il faut donc aussi beaucoup  filtrer Mediapart.

Cela dit, les propriétaires de média ont toujours une motivation politique.Rien que ce fait doit amener à une lecture très critique de la source.

Il est rare qu’un effort de séparation des faits et opinions soit fait dans la presse française. Le modèle pour moi est le NY Times et on en est très très loin.

La presse britannique m’a l’air en plein naufrage elle aussi. Times et Guardian sont très partisans politiquement, au point de l’aveuglement sur les faits.
J’ai lu The Economist récemment, le numéro sur le conservatisme, c’était assez faible, j’avais de meilleurs souvenirs. Comme si leurs outils d’analyse étaient émoussés.   Je ne lis pas le FT, peut être fait il de la résistance.

***

Ceci dit,  dans les medias comme dans les réseaux sociaux, si c’est gratuit c’est vous le produit.

Il faut toujours se demander ce que l’auteur d’un contenu veut vous induire à faire et à penser….Si on veut vous convaincre d’acheter de l’or, c’est qu’on veut vous en vendre ou vous faire peur pour vous pousser à des choix politiques ultra-conservateurs.

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[+1]    #25 31/12/2019 17h16

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Je ne comprends plus rien, tout le monde rapporte une énorme méfiance vis à vis des médias, et par ailleurs on nous dit que les gens votent comme les médias le leur suggèrent ?
Et par "les gens", il faut comprendre, j’imagine, les autres (comme dirait Sartre)…

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