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[+1]    #1 06/10/2019 12h26 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bonjour les IH,

Il y a quelques jours, en me balladant sur les réseaux sociaux, je tombe sur une video avec un titre évocateur : "Le krach qui vient. un crime orchestré".
J’ai pour habitude de ne pas perdre mon temps à regarder ce genre de vidéo que je repère rien qu’au titre "putaclic". Mais voila que ce jour là ma curiosité m’a poussée à regarder cette vidéo de 17 minutes d’un "ton" très…alarmiste. En parcourant la chaîne Youtube on se rend vite compte de l’idéologie d’arrière plan.
Il y a beaucoup de forme et très peu de "fond". Aucun argument avancé n’est sourcé, n’est argumenté. Bref, on reconnait les méthodes.

J’en serais resté la si cette vidéo n’était pas réapparu encore et encore…sur mon écran. Partagée à droite et à gauche.

J’ai alors réalisée à quel point elle est partagée et vue : 1/2 millions de vues en moins d’une semaine… EFFRAYANT.

J’ai donc décidé de réaliser une contre-vidéo pour traiter, un par un, les arguments avancées en proposant de véritables faits, de véritables sources, qu’elles aillent dans le sens des arguments ou non.

Je sollicite donc la participation des IH, connaissant le niveau d’expertise qu’on y trouve. Si vous souhaitez m’aider en apportant vos arguments, vos sources. Je compilerai le tout et réaliserait la video.

Mots-clés : crise, krach boursier, video

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[+1]    #2 06/10/2019 13h35 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Ça ne sert à rien, vous perdez votre temps.
Le but des réseaux sociaux et en particulier Facebook, c’est de maximiser "l’engagement" des utilisateurs c-a-d le temps qu’ils y passent. Donc véhiculer des bêtises, tant que ça fait du trafic, ça convient très bien à Facebook. Jamais votre hypothétique vidéo factuelle ne sera promue par les réseaux sociaux et n’aura l’audience que vous espérez.

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#3 06/10/2019 13h57 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Que ce contenu ne devienne pas virale, est-ce une raison suffisante pour ne pas le faire ?
Ce que vous dites est vrai. une très grande majorité se contenteront de croire ce qui est dit dans cette video tout simplement parce-que cela va dans le sens de leur convictions personnelles, d’autres parce-qu’ils n’ont pas pour habitude de vérifier ce qu’on leur raconte, ou par fainéantise.

Malgré tout, je ne crois pas que ce travail sera une perte de temps :
Il n’est pas question de réaliser une vidéo avec les mêmes moyens. ça ne prendra pas tant de temps que cela.
Il y a toujours des personnes qui sont en demande de contre argumentaire. Peu importe si elles sont très minoritaires.
C’est un exercice qu’il me plait d’envisager et qui me servira, même s’il n’a pas d’audiance.

Je peux la réaliser seul, j’ai commencé à réunir des éléments, mais je sais aussi que beaucoup d’IH ont un haut niveau d’expertise sur des sujets que je ne maîtrise pas vraiment.

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#4 06/10/2019 14h01 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Hello Bargeo,

Je suis d’accord avec Sven, FB, Twitter et autre Linkedin vont simplement analyser dans les 15-30minutes qui suivent l’upload de votre contre video les taux d’engagement.

- likes par impression
- comments par impression
- stopscroll par impression
- etc.

Vu que votre vidéo ne fera pas "peur" mais plutôt rétablira une vérité bcp moins effrayante, les KPI d’engagement seront faible et Facebook ne va donc pas "pousser" votre video. Une sorte de "quality score" comme on le voit dans google adwords.

Si vous voulez vraiment que votre vidéo soit vue, il vous faudra acheter le traffic.

Même si je trouve l’initiative louable je pense que nous devrions plutôt nous demander comment exploiter cette tendance pour nous rapprocher de nos buts respectifs.

Bonne journée à vous

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[+7]    #5 06/10/2019 14h03 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bonjour Bargeo,

Je suis comme vous effaré de la prolifération et de la popularité de contenus (vidéos, blogs, tweets etc.) à tonalité conspirationniste et anxiogène sur les sujets économiques et financiers, et au contenu factuellement faux. C’est encore pire quand l’on regarde les commentaires et réactions à ces contenus : encore plus délirants que les contenus eux-mêmes (et plus ils sont délirants, plus ils récoltent l’approbation d’autres internautes !).

Dans ce genre (sans vouloir leur faire de la pub) : Olivier Delamarche (Les Econoclastes, de façon générale), Charles Gave, Pierre Jovanovic, Philippe Béchade (publications Agora), Olivier Berruyer (les-crises.fr), Eric Toussaint, Bruno Bertez, Jean-Pierre Le Chevallier, Gaël Giraud, Grand Angle, Insolentiae, Fake News Channel (la bien nommée)…

J’affirme, avec une absolue certitude, que tous ces gens n’ont aucune compréhension économique, en particulier de l’économie financière et monétaire. Leurs contenus sont truffés d’erreurs factuelles graves, qui manifestent une grande incompréhension de la monnaie et du système bancaire. Je pourrais factuellement démontrer des dizaines d’erreurs dans chacun de leurs contenus.

Je les liste à dessein pour les IH qui consulteraient leurs contenus.

Je pense que la popularité des contenus conspirationnistes, en l’occurrence sur les sujets économiques et financiers (mais pas seulement, évidemment) est le résultat de facteurs multiples :

1) des facteurs économiques : faire peur est une activité rentable. Pour les personnes que j’ai citées, par exemple les publications Agora, diffuser des messages anxiogènes est tout simplement un business model (pas sûr qu’eux-mêmes croient à leurs balivernes, d’ailleurs). Pour certains (par exemple Grand Angle et Insolentiae), il s’agit de faire la promotion de l’investissement en or (pour d’autres, en cryptos ou diamants magiques). Les Youtubeurs attirent les internautes avec des titres "putaclic" anxiogènes.

2) des facteurs médiatiques : faire peur est aussi un moyen efficace pour faire le buzz et attirer les spotlights médiatiques : de ce point de vue, le vrai problème n’est pas que des imbéciles existent, mais qu’on leur offre une tribune médiatique (sur BFM, par exemple) en les présentant comme experts : ça en dit long sur le niveau désastreux de compétence économique de la plupart des journalistes en France.

3) des facteurs politiques : la monnaie, comme la démocratie, repose sur la confiance. Si l’on veut détruire un pays, la stratégie la plus efficace est de saper la confiance des citoyens en la démocratie, et la confiance des épargnants en la monnaie. Ce n’est pas un hasard que RT, la télévision du Kremlin, offre une tribune médiatique à Delamarche. C’est le pendant économique des interférences du Kremlin avec les élections dans les démocraties (Brexit, interférence dans l’élection présidentielle US, financement / soutien des partis extrêmistes et eurosceptiques en Europe…).

4) des facteurs psychologiques : je pense que pour la plupart des diffuseurs conspirationnistes, diffuser des contenus anxiogènes répond à une rationalité économique et médiatique ; mais chez quelques-uns on discerne sans peine un profil psychologique marqué par la paranoïa et un manque absolu de confiance en l’autre : puisqu’on ne peut jamais faire confiance à quiconque, la démocratie est corrompue, et la monnaie fiat repose sur du vent.

Il y a aussi des aspects psychologiques du côté de la demande de contenus anxiogènes : nous avons besoin de nous faire peur, nous avons besoin d’ennemis. Quand il ne s’agit pas (ou plus) du communiste au couteau entre les dents, du méchant musulman, de l’étranger, des Illuminati ou des francs-maçons, on trouve de nouveaux ennemis avec le bureaucrate européen, le banquier cosmopolite sans morale ou le banquier central manipulateur. C’est beaucoup plus facile de leur attribuer nos problèmes que de faire face à nos responsabilités.

5) des facteurs conjoncturels : la grande crise de 2007-2015, conduisant à des taux d’intérêt ultra-bas, des sauvetages de banques mettant à contribution soit les contribuables (bail-outs) soit les déposants (bail-ins, Chypre), et des mesures de politique monétaire non-conventionnelle (QE), a créé un contexte idéal pour la diffusion de contenus conspirationnistes et anxiogènes sur les sujets économiques. Il est "évident" que le QE vise à cacher la ruine des Etats, que les taux négatifs visent à dépouiller les épargnants, que les repos de la Fed visent à empêcher un effondrement du système bancaire US etc. Tous ces sujets sont complexes, ce qui permet de leur donner les interprétations que l’on souhaite, sans avoir à vérifier les faits puisque personne n’y comprend rien. Idéal pour les entrepreneurs en communication anxiogène.

6) des facteurs technologiques : le fait que les réseaux sociaux (Twitter, Facebook…) nous conduisent à consulter des contenus qui nous renforcent dans nos convictions (les enracinant toujours plus) est bien connu. Ainsi, sans nous en rendre compte, nous marinons constamment dans le même bouillon de certitudes, avec de moins en moins de diversité dans les sources.

Face à ce déluge d’idioties anxiogènes, il y a effectivement d’énormes besoins de contre-argumentation et surtout de fact-checking. Les principaux organes de presse l’ont d’ailleurs bien compris, en mettant en place des services de fact-checkings (avec plus ou moins de talent).

Au sujet des repos de la Fed, j’ai posté 2 contributions ici : évidemment c’est assez technique (il faut regarder le bilan de la banque centrale), donc c’est difficile de rendre ces messages de clarification aussi "sexy" que les contenus du type "c’est la panique, tout va s’effondrer".

Sur chaque contenu conspirationniste on pourrait faire de très longues listes d’erreurs factuelles. Parmi les plus communes, j’ai noté celles-ci :

a) confusion entre l’Etat et la banque centrale (conduisant à une sous-estimation systématique de la puissance de feu de la banque centrale)

b) confusion entre problèmes de liquidité (conduisant à des interventions temporaires de la banque centrale) et problèmes de solvabilité des banques (conduisant potentiellement à des bail-ins ou bail-outs) : ainsi des problèmes temporaires de liquidité servent à alimenter des peurs sur des bail-ins

c) ignorance de la nature temporaire des injections de liquidité de la banque centrale : le cas le plus typique est d’additionner les montants d’opérations de très courte maturité (par exemple les repos au jour le jour de la Fed) pour atteindre des montants impressionnants… alors que ces opérations viennent à maturité chaque jour

d) ignorance des ordres de grandeur des bilans du système bancaire : un manque de liquidité temporaire de 75 milliards $ est ridiculement bas en proportion de la taille du système bancaire US (2600 milliards $ pour le bilan de la seule JPMorgan)

e) ignorance de la nature sécurisée de la plupart des transactions interbancaires et des opérations de la banque centrale : en cas de défaut de l’emprunteur, le prêteur garde le collatéral, ce qui empêche ou limite les effets de contagion

f) ignorance que la dette de Pierre est l’actif de Paul : la plupart des conspirationnistes insistent sur la nature profondément malsaine de la dette, sans comprendre que la dette des emprunteurs est l’actif (= la richesse) des prêteurs

g) ignorance que la garantie des dépôts est davantage assurée par la signature de l’Etat plutôt que par la dotation des fonds de garantie

h) confusionnisme systématique entre politique monétaire et marché boursier, sans s’embarrasser des liens de causalité : la vidéo que vous citez en est un bon exemple : on associe des possibilités d’événements anxiogènes sans jamais expliquer les liens de causalité

i) surestimation systématique des effets des corrections boursières pour la stabilité financière : une correction boursière, et même un krach, ne remettent aucunement en cause la continuité des activités des banques et des assureurs. Pour certains économistes et banquiers centraux orthodoxes (c’est mon cas), les corrections boursières et les récessions (modérées) sont même souhaitables pour apurer régulièrement le tissu économique (= éliminer les entreprises zombies) et réguler le fonctionnement des marchés financiers (= punir les prises de risque excessives). Un banquier central qui se respecte ne s’inquiète pas d’une correction boursière, car il sait que ses effets économiques seront limités (voire bénéfiques) : la détention d’actions est très concentrée sur les plus riches, qui vont continuer à consommer quoi qu’il arrive.

j) proclamer que l’argent (devises fiat) ne vaut plus rien, sans s’embarrasser du fait que l’inflation est ultra basse

Je m’arrête là, mais on pourrait beaucoup rallonger cette liste d’erreurs systématiques, commises involontairement (par incompétence) ou à dessein (pour faire le buzz) par les entrepreneurs en conspirationnisme.

Dernière modification par Scipion8 (06/10/2019 14h48)

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[+1]    #6 06/10/2019 14h21 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Ah, le fameux Jean-Pierre Le Chevallier !

Il y a quelques années de cela, via le forum de son site, je lui avais opposer un argumentaire qui démontrais au mieux son incompétence sur le sujet en question et au pire sa malhonnêteté, et bien devinez ….
Il n’a jamais validé, ni donc publié mon message ….
Je l’ai relancé plusieurs fois pour avoir des explications …. silence radio ….. Le chenapan ….. Il s’est bien gardé de publier mon message et d’y apporter ses propres contre arguments.

Bref, pour revenir à la question initiale, je ne crois pas non plus que cela soit efficace. Ceci dit, à titre individuel, l’exercice peut être enrichissant et très profitable.

Donc, cher Bargeo, si vous y trouvez un intérêt personnel, un moyen d’apprendre des choses et d’approfondir certains sujets, ou tout simplement d’y trouver du plaisir, foncez. Vous vous enrichirez d’une nouvelle expérience. Mais pour ce qui est de tenter de convaincre 90% de la population qui ne jure que par son Smartphone, Facebook et la paresse intellectuelle, vous allez perdre votre temps.

Maintenant, la question est la suivante : Mais alors, le monde dans lequel nous vivons, le monde qui nous attends, sera irrémédiablement un monde décadent ?
Je réponds OUI. Et c’est bien la notre chance. Laissons ces personnes dans ce monde fait de cris, de revendications, de manifestations, d’indignations et autres frustrations. Allons de l’avant, imaginons, utilisons notre cerveau pour avancer et réaliser nos rêves (Devenir comme Benzema ou gagner au PMU n’en font pas parti) et et atteindre nos objectifs. Avec toute la bonne volonté du monde, tracter une telle caravane n’est pas possible. Avançons et laissons les enfermer dans leurs prison mentale.

A titre personnel, si je devais privilégier une action au nom de la collectivité, ce serait participer à l’éducation des enfants, leurs réveiller le cerveau afin qu’ils découvrent qu’il y a un autre monde en dehors de Facebook, Hanouna et les gilets jaunes.

A+
Zeb

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#7 06/10/2019 14h38 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bargeo a écrit :

Que ce contenu ne devienne pas virale, est-ce une raison suffisante pour ne pas le faire ?[…]

Malgré tout, je ne crois pas que ce travail sera une perte de temps :[…]

Vous me faites penser à deux choses :
- xkcd: Duty Calls
- le gars qui veut aider ses amis ou parents alors qu’ils n’ont rien demandé

Trouvez plutôt des gens qui sont demandeurs de votre expertise pour leur en faire profiter, plutôt que d’espérer "forcer" des gens qui sont consommateurs de l’exact inverse de votre expertise à écouter votre point de vue.
C’est comme si McDonald’s faisait une campagne de pub en direction des clients réguliers des restaurants étoilés. Ça va sûrement ramener > 0 client mais c’est une utilisation sous-optimale de leurs ressources.

Après, c’est votre temps, ça vous regarde. Mais il y a trop d’idiots sur Internet moi je ne leur parle pas.

Dernière modification par sven337 (06/10/2019 14h39)

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#8 06/10/2019 16h21 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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J’ai aussi vu la vidéo il y a une dizaine de jours, un contact de FB l’avait relayé… (de la sphère bobo/écolo)

Je n’ai rien dit, les gens aiment se faire peur, surtout quand ils ne connaissent pas le sujet…
Bref, comme dirait l’autre ’ laissé p*sser’, on aura beau amener des contres arguments factuels, les gens ne voudront pas les entendre..


Youtube : Julien destruction nuisibles - Parrainage : Bourse Direct / Binck

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[+4]    #9 06/10/2019 16h51 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bargeo a écrit :

J’ai donc décidé de réaliser une contre-vidéo pour traiter, un par un, les arguments avancées en proposant de véritables faits, de véritables sources, qu’elles aillent dans le sens des arguments ou non.

Je sollicite donc  la participation des IH, connaissant le niveau d’expertise qu’on y trouve. Si vous souhaitez m’aider en apportant vos arguments, vos sources. Je compilerai le tout et réaliserait la video.

Le second "donc" est étonnant, car il indique une causalité qui n’a rien d’évident : "J’ai décidé de faire… donc je vous demande de m’aider à faire". Vous semblez, comme beaucoup de gens aujourd’hui, penser que d’avoir décider de faire quelque chose oblige les gens à vous aider. Mais entreprendre quelque chose de sa seule décision, c’est entreprendre seul, par définition. L’aide peut venir, mais elle peut aussi ne pas venir.

Ou alors on se dit : "j’ai besoin d’aide sur ce projet qui est trop gros pour moi". Dans ce cas, on dit clairement : "Chers foreumeurs, j’aimerais faire cela, mais ça me semble un peu compliqué pour moi tout seul. Je vous demande donc de l’aide, et j’avoue humblement que, si personne ne m’épaule, je ne le ferai pas seul. Etes-vous prêt à m’aider ?". Vous voyez à quel point c’est beaucoup plus clair et surtout plus honnête comme façon de communiquer ?

Là, vous dites, "j’ai décidé… mais en fait je le fais quand même discrètement dépendre de votre participation, donc en fait je suis en train d’essayer de vous forcer moralement à m’aider."

Vous, ce sont les vidéos mensongères qui vous font réagir, moi ce sont les manipulations, les gens qui attendent de l’aide gratuite et qui croient qu’elle leur est due. Des manipulations du type "je m’engage… donc je vous engage, vite aidez-moi vous n’avez plus le choix". Comme quoi, chacun réagit à des choses différentes.

Allez-vous, en réalisant seul la vidéo, prouver que votre décision était une vraie décision, indépendante du soutien que vous recevriez ou non ?

Cela dit, votre demande a lancé une discussion fort intéressante.

Dernière modification par Bernard2K (06/10/2019 16h55)

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[+1]    #10 06/10/2019 17h00 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bonjour,

Ce qui est valable Pour la finance l’est tout autant pour bon nombre d’autres domaines.  Nous sommes entrés dans une société apocalyptique où les survivalistes sont les nouveaux prophètes.  Greta à remplacé Jacques Séguéla…

Dans les années 90, nous sommes passés d’un marketing de l’envie à un marketing de la peur.  Ce fut une premiere étape. On ne parlait déjà plus des performances et du design des voitures, mais de leur sécurité et de leur confort. L’alimentation est devenue au fil des ans une médication : le dessert aux fruits n’était pas meilleur car il contenait plus de fruit,  mais parce qu’il contenait moins de sucre, moins dadditif et était meilleur pour la flore intestinale.
Tous les secteurs économiques ont fini par être touchés,  plus ou moins rapidement, plus ou moins en profondeur.

L’effondrement du communisme a eu pour conséquence que le capitalisme est devenu le seul véritable ennemi de tous. Les communistes désormais discréditée, d’autres ont pris leur place et ont mis en place une stratégie visant à faire croire que le capitalisme allait s’effondrer par lui même,  faute d’ennemi.

Deux types de raisonnement sont alors apparus:
-L’effondrement économique : le système créerait sa propre instabilité et par là même sa propre mort.
- leffondrement écologique :le système,  en surexploitant constamment la nature,  finirait par s’effondrer.

Les gouvernements ont eu tout intérêt à encourager cette nouvelle mécanique : un peuple peureux est un peuple docile. S’appuyant sur les médias,  les dirigeants ont eux aussi distillé des craintes que nous connaissons bien aujourd’hui : peur du chômage,  peur du déclassement,  peur de la maladie et plus récemment peur des migrants.

Les nombreuses vidéos,  les blogs, les newsletters annonçant krach boursier, envolée des prix du pétrole, saisie des comptes des épargnants ne sont pas prêts de disparaître.  Leur fonds de commerce est désormais assuré…

À noter que ce sont principalement les sociétés occidentales qui sont touchées par ce phénomène.  Sans doute à cause d’un capitalisme plus ancien, d’un marketing de la peur plus actif et surtout,  je le pense, d’une perte de repères,  de valeurs depuis maintenant 50 ans.

Mafo

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#11 06/10/2019 17h41 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Scipion, je ne comprends pas votre phrase :
"les taux négatifs visent à dépouiller les épargnants, "
N’est-ce pas plutot une forte inflation qui dépouille les épargnants comme dans les années 70-80?
Si ces derniers n’ont pas placé leur épargne a un taux égale à l’inflation au minimum, ils y perdent en pouvoir d’achat.

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#12 06/10/2019 18h20 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Je pense que c’était du second degré, mais Scipion est le plus à même de commenter le sens de sa phrase.

Moi je trouve l’idée intéressante, en fait l’initiative que vous avez, Bargeo, me semble plus avoir le but de construire votre propre raisonnement indépendant du bruit des médias et de la foule, pour justement trouver ce point où ça ne vous affecte pas.
Car moi aussi j’ai vu cette vidéo, deux amis facebook que je ne trouve pas complétement idiots, l’ont relayée, et donc j’ai voulu savoir le contenu de ce qu’ils partageaient.
Qui m’a juste rappelé l’ambiance sur le net vers 2007-2009, lors de la première fin du monde capitaliste à l’ère d’internet démocratisé chez tous les citoyens, donc capables de relayer de l’info depuis leur PC. A l’époque fallait tout vendre et acheter de l’or, acheter de la terre, avoir une maison à la campagne, un potager, un verger, et creuser une tranchée et avoir un fusil voire plus, parce qu’on allait tous crever et que ça allait être la panique (le genre de truc où l’on va acheter sa baguette avec un demi-lingot d’or et que c’est duraille de se faire rendre la monnaie sans acheter la boutique et les employés avec).
Contrairement à Bernard2k, la sollicitation d’aide demandée ne me paraît pas une espèce de squatt de compétences obtenues gratuitement. Je sais bien que le rentier compte parfois tous ses sous et que c’est ce qui lui permet la réussite financière, mais c’est plutôt une reconnaissance que ce forum est un vivier de compétences réelles que Bargeo exprime, à mon avis…parce que solliciter n’oblige personne, et que demander du partage, après tout, pourquoi pas.

Ma modeste contribution de non-expert avéré, mais quand même de témoin du réel depuis 49 ans, et surtout grand curieux intellectuel, et curieux d’histoire en particulier, c’est que justement, rien de nouveau sous le soleil.
Je suis tombé récemment sur une vidéo d’un trader vendeur de sa méthode, qui, quoi qu’on en pense, voyait, lui, les marchés pas du tout baissier pour 2020.
Un autre que je suis qui fréquentait ces lieux, ne voit pas l’économie mondiale tomber demain.
Bref tout le monde n’est pas dans le catastrophisme, mais leurs arguments et visions, que ce soit sur des visions d’analyse de courbes de cours, ou plus fondamentales, tombent d’accord, et ne suivent pas le délire ambiant, mais se fondent sur des chiffres, des faits, vérifiables.

Cela a d’ailleurs tranché mes doutes, car je me voyais succomber à cette panique. Or la bourse, pour survivre, c’est comprendre qu’en fait, c’est un océan de vagues émotionnelles qui agite des gens prétendûment rationnels, qui écoutent et produisent des discours pour justifier a posteriori des raisonnements construits sur des interprétations erronées du réel…et pour décider en conscience, il faut s’abstraire des interprétations.
Comme en plus j’ai fait une école d’audiovisuel dans une vie antérieure, je sais en fait à quel point tout message, quel qu’il soit, a fortiori médiatique, est une construction mise en scène.
Vous voulez donc faire une analyse méthodique de la construction pour justement déconstruire l’illusion et proposer un peu plus de vérité, ou au moins la possibilité de la vérité (qui aussi est toujours une perception subjective).
J’ai envie de dire peu importe que ça n’intéresse personne, il ne me semble pas que votre but soit de faire de l’audience mais de proposer autre chose que du délire…pour avoir écrit pas mal de choses sur le net, j’ai bien compris que proposer du discours construit, non délirant, posé, emmerde souvent les gens qui veulent de la brûlure émotionnelle, de l’hyperexcitation, bref des vagues et du chaos, car la réalité sans fard ça fait trop peur à envisager parfois. De préférence en 144 caractères.

Si j’étais vous, je relirais certains articles de blogs et sites de la période 2007-2009, en percevant les similitudes rhétoriques de cette dernière vidéo qui n’avait rien de très original.
Pour ma part, ayant retrouvé un journal il y a plusieurs années, des années 80 (j’avais donc une dizaine d’années), rien que lire l’antienne sur la une, de la crise, m’a rappelé combien, à l’époque, on nous a gargarisé de crise économique, d’ambiance déjà morose et findumondiste….et quand on tombe sur de vieux journaux bien plus anciens, ce genre de discours existait déjà…
Il suffit juste alors de les confronter à l’histoire avec quelques décennies de recul, pour voir combien les choses sont analysées de façon émotionnelles et sans recul, et combien on est capable de se raconter des histoires pour justifier ses biais. Et combien tout cela se répète.

J’en ai donc déduit que peut-être en ce moment, quand prolifèrent ces discours de catastrophe, faut-il alors acheter plus d’actions, selon l’adage de W.Buffet qui dit d’acheter quand tout le monde a peur, et de revendre quand tout le monde est audacieux.

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#13 06/10/2019 18h23 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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@banyuls,
Les taux négatifs sont par définition sous le niveau de l’inflation, il y a donc perte de pouvoir d’achat pour les épargnants et gains pour les emprunteurs.

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#14 06/10/2019 18h30 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Je l’ai vu aussi apparaitre dans mes feeds Facebook ce weekend. C’est une vidéo clairement dans la tendance Colapsologie ou effondrement et son autre vidéo d’accueil donne clairement le ton.

Scipion8 avait du senti venir ces vidéos de désinformation et je vous remercie d’avoir publié des posts explicatifs la semaine précédente.

@Bargeo, votre vidéo informative est une bonne idée mais il faudra faire preuve de beaucoup de vulgarisation. Je pense que Scipion8 fait un tres bon travail avec ses postes.
Je trouve que les vidéos de la chaine "Partager c’st sympa" sont faciles a suivre et plutot bien montée. Il faudra donc rivaliser d’autant de talent pour votre vidéo informative.

Dernière modification par FunnyDjo (06/10/2019 18h35)

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#15 06/10/2019 19h20 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bonsoir,

je suis d’accord avec tout ce qui a été dit, qu’il ne faut pas désinformer ni faire peur et que nombreux sont ceux qui en vivent.

mais il faut aussi sensibiliser : les monnaies sont mortelles et les taux de plus en plus négatifs n’augurent objectivement rien de bon. Pour simple mémoire voici un petit exemple d’un bout de papier supposé valoir 500 milliards de marks à une époque…
https://www.devenir-rentier.fr/uploads/6148_b84_0181a.jpg


"Ne nous soumets pas à la tentation du stock picking…" - Portefeuille et Mon blog

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#16 06/10/2019 22h47 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Cette vidéo est un ramassi d’informations un peu vraies, mais en fait fausse.

L’exemple le plus parlant est que les banques ont peur de se prêter car elles sont pleines de bonds quasi junk.

Les opérations de repo se font avec des titres de bonds du trésors. On peut suivre les opérations de la FED au jour le jour avec les collatéraux mis en échange. Il y aussi eu des opérations $ de la BCE pour des montants ridicules.

On peut suivre le stress du LIBOR US, qui n’a pas le backup de la FED. Bref, on est pas sur stress très stressé par rapport aux pics de 2009.

Et alors le monopole de la dette, franchement les banques sont prêtes à prendre des taux négatifs, de quoi on se plaint ? c’est encore mieux qu’imprimer des billets.

La vidéo prend 2-3 problèmes réels, les mélanges, fait du sensationnel et engrange les clics.

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[+3]    #17 07/10/2019 02h51 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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@Banyuls : comme bien noté par Lausm, ma phrase sur les taux négatifs était ironique. Les taux négatifs imposés par la banque centrale ne visent évidemment pas à appauvrir les épargnants, mais à renforcer les incitations à l’investissement et la prise de risque dans l’économie, afin d’éviter une déflation.

En simplifiant, la rémunération moyenne réelle (= après prise en compte de l’inflation) de l’épargne est égale à :

taux sans risque + prime de maturité + prime de risque - taux d’inflation

- le taux sans risque étant influencé par la banque centrale
- la prime de maturité correspondant à la rémunération des investissements de long terme par rapport aux investissements de court terme
- la prime de risque étant calculée en moyenne sur l’ensemble des placements de l’épargnant

Quand le taux d’inflation s’éloigne de la cible de la banque centrale (moins de 2%, proche de 2%, dans la zone euro), la banque centrale peut :

1) baisser son taux directeur, donc le taux sans risque : c’est la politique monétaire conventionnelle

2) baisser la prime de maturité, en achetant des obligations de longue maturité pour "aplatir" la courbe de taux obligataires : c’est le QE

3) baisser la prime de risque, en "évinçant" les investisseurs privés des actifs "sans risque" (obligations souveraines) et en pénalisant la détention de liquidité oisive par l’imposition d’un taux négatif, incitant ainsi les agents économiques à réduire leur allocation de cash au profit d’actifs risqués : c’est le QE et les taux négatifs

Avec le dernier package de mesures de la BCE, ces 3 outils sont désormais activés dans la zone euro.

Un 4e canal sur lequel la BCE communique peu (pour diverses raisons) est que ces taux ultra-bas dans la zone euro vont inciter les investisseurs à chercher des risques aussi hors de la zone euro, conduisant à une dépréciation de l’euro sur le marché des changes, favorable aux exportateurs et augmentant l’inflation importée.

Mais ces instruments ne sont activés que dans la mesure et tant que l’inflation dans la zone euro (HICP) restera en-deçà de la cible de la BCE.

Il ne s’agit donc pas d’appauvrir les épargnants mais d’empêcher une déflation, dont les effets seraient d’ailleurs bien plus ruineux pour l’économie de la zone euro et ses épargnants (cf. la "génération perdue" du Japon et sa perte de leadership industriel, alors qu’il était dominant dans bien des domaines technologiques au début des années 1990).

Les discours conspirationnistes se distinguent d’ailleurs souvent par une tonalité très positive sur la déflation - l’inflation étant perçue comme un vol caché des épargnants par des emprunteurs irresponsables. La réalité est que :
- une inflation de 2% est largement interprétée comme optimale économiquement pour la zone euro et pour la plupart des pays développés, et par ailleurs elle est aussi le résultat d’un équilibre politique (et démocratique) entre les pays de la zone euro (l’Allemagne préfèrerait 1,5%, l’Italie sans doute plutôt 2,5% etc.), et au sein de chaque pays entre prêteurs et emprunteurs.
- il n’y a pas d’exemple d’économie déflationniste prospère.

Dernière modification par Scipion8 (07/10/2019 02h57)

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#18 07/10/2019 12h24 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Si je puis me permettre, Scipion8, votre toute dernière phrase n’est pas du tout évidente pour moi, en ce sens qu’elle suppose parfaitement définie le concept d’économie prospère.
S’il s’agit d’apporter la prospérité aux citoyens, c’est très vague, vu les aspirations bien différentes d’une personne à l’autre.
Si, par contre, on cherche à définir cela à l’aide de critères strictement internes à la sphère économique et financière, j’ai bien peur que l’on introduise la conclusion souhaitée dans les prémisses.
En tout cas moi je ne suis pas clair sur le sujet.

PS : je ne suis ni déflationiste ni complotiste, c’est juste pour comprendre ; en plus je ne suis pas non plus un écolo militant, loin de là, mais que pensez-vous, finalement, de cette espérance d’une croissance continue dans un monde fini ? C’est juste comme ancien physicien (donc un tout petit peu matheux) que cela me chatouille. D’ailleurs cela ne m’étonnerait même pas d’apprendre qu’Alice avait  posé la question à Lewis Caroll. :-)

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[+2]    #19 07/10/2019 14h42 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bonjour Deb67,

Effectivement, c’est une question légitime de savoir ce qui définit une économie prospère. Perso j’y réfléchis selon 4 perspectives complémentaires :

1) La perspective politique : Le choix d’un modèle économique et, plus largement, d’un modèle de société est une question collective (il faut agréger les préférences individuelles, effectivement très diverses) et éminemment politique (en démocratie, il faut régulièrement consulter la population sur cette question).

S’agissant particulièrement de la croissance, si l’on regarde les résultats de l’élection récente la plus importante dans notre pays, l’élection présidentielle de 2017, on constate que les 4 candidats arrivés en tête, nous ont tous promis, chacun à sa manière et avec leurs recettes plus ou moins crédibles, davantage de croissance. A eux 4 ils ont récolté 85% des voix. On peut sans doute ajouter M. Dupont-Aignan au camp "pro-croissance", cela donne 90% des voix.

A ma connaissance, parmi tous les candidats à cette élection cruciale, seul Benoît Hamon (6% des voix), critique du "mythe de la croissance", a exprimé une certaine ouverture aux thèses de la décroissance. Mais même dans le camp écologiste (EELV), il n’y a pas de consensus sur un programme ouvertement décroissant, c’est une question très controversée. Les partisans les plus convaincus de la décroissance (le catastrophique catastrophiste Yves Cochet, par exemple), ont quitté EELV et le jeu politique.

Bref, au-delà des opinions individuelles, il semble y avoir une claire majorité de la population favorable à des politiques de soutien à la croissance.

2) La perspective juridique : Le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne a inscrit dans le droit le modèle économique souhaitable, comme le rappelle la BCE ici :

BCE a écrit :

L’article 127, paragraphe 1, du traité définit l’objectif principal de l’Eurosystème :

« L’objectif principal du Système européen de banques centrales […] est de maintenir la stabilité des prix ».

Il poursuit ainsi : « Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne ».

L’UE poursuit de nombreux objectifs (article 3 du traité sur l’Union européenne), au nombre desquels figure le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix et une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social. Par conséquent, la stabilité des prix constitue non seulement l’objectif principal de la politique monétaire conduite par la BCE mais aussi un objectif de l’Union européenne dans son ensemble. Ainsi, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et le traité sur l’Union européenne fixent une hiérarchie claire entre les objectifs de l’Eurosystème, le maintien de la stabilité des prix constituant la contribution la plus importante que la politique monétaire puisse apporter à la réalisation d’un environnement économique favorable et d’un niveau d’emploi élevé.

Donc dans la zone euro, on sait ce que c’est qu’une économie prospère : c’est défini dans le Traité !(même si on peut trouver la définition ampoulée ou ambiguë).

Tant que cette définition n’est pas amendée (ce qui nécessiterait une révision du Traité… bonne chance à ceux qui s’y attelleront), la politique monétaire de la BCE restera strictement guidée par ce mandat. La BCE serait dans l’illégalité (donc attaquable devant la Cour de Justice de l’UE) si elle en déviait (par exemple si elle commençait à considérer que la déflation ou l’hyper-inflation ne sont pas si graves, ou qu’on a besoin de décroissance pour des raisons environnementales).

Une banque centrale ne fait pas de politique : elle exécute strictement le mandat qui lui est donné démocratiquement, en utilisant tous les moyens à sa disposition (ils sont très importants) jusqu’à ce que son objectif soit atteint : en l’occurrence la stabilité des prix, exprimée par la cible d’inflation de la BCE.

3) La perspective économique : en simplifiant beaucoup, à mon sens les 3 critiques les plus cohérentes de l’orthodoxie classique (ou libérale) aujourd’hui dominante sont :

a) la critique "de gauche" traditionnelle, avec ses différentes déclinaisons (du social-démocrate jusqu’au marxiste), qui souhaite que la croissance économique s’accompagne de droits sociaux toujours plus étendus, et d’une résorption des inégalités sociales ;

b) le mouvement de la décroissance, aujourd’hui encore ultra-minoritaire mais qui gagnerait en crédibilité si les menaces environnementales sur notre qualité de vie se confirmaient ;

c) l’Ecole Autrichienne (Mises, Hayek…), qui critique fondamentalement toute intervention de l’Etat dans le fonctionnement de l’économie (relance keynésienne ou politique monétaire, via une banque centrale). Il y a des variantes au sein de cette école de pensée, mais en gros ils pensent que toute intervention d’une banque centrale (perçue comme le simple bras armé de l’Etat, donc guidé par des objectifs électoralistes) sème les graines de futures crises, et qu’il vaut mieux ne pas avoir de banque centrale du tout, voire "privatiser" les monnaies. Ils ont une vision plus positive de la déflation, dure (pour les ménages et entreprises endettés) mais juste, que de l’inflation, vue comme un "vol" silencieux des épargnants par les acteurs endettés (en premier lieu l’Etat) :

Mises Wiki (site libertarien) a écrit :

As a consequence of deflation, firms financed by credit go bankrupt because at the lower level of prices they can no longer pay back the credit they had incurred without anticipating the deflation. Private households with mortgages and other considerable debts to pay back go bankrupt, because with the decline of money prices their monetary income declines too, whereas their debts remain at the nominal level. Other people will run the firms and own the houses — people who at the time the deflation set in were out of debt and had cash in hand to buy firms and real estate. These new owners can run the firms profitably at the much lower level of selling prices because they bought the stock, and will buy other factors of production, at lower prices too.

The true problem with deflation is that it does not hide the redistribution connected to changes in the quantity of money. It entails visible misery for many people, to the benefit of equally visible winners. This starkly contrasts with inflation, which creates anonymous winners at the expense of anonymous losers. Both deflation and inflation are, from this point of view, zero-sum games. But inflation is a secret rip-off, whereas deflation means open redistribution through bankruptcy according to the law.

To Hülsmann, deflation is not inherently bad, so it does not follow that it should be avoided. True, it creates a great number of losers, many of them perfectly innocent people who have not anticipated the event. But it also creates many winners, and punishes many political entrepreneurs who had thrived on their intimate connections to those who control the production of fiat money. Any monetary policy has redistributive effects. There is no economic rationale for monetary policy to fight against deflation rather than letting it run its course. In a free society, all market participants should be free to produce money, while paper money always has to be imposed by the state.

Bref, comme d’habitude avec les idéologies ultra-libérales, c’est super sur le papier mais dans la vraie vie il vaut mieux être du bon côté de la barrière, celui des "winners" qui ont du cash et pas de dette. Si vous êtes de l’autre côté, il vous reste la misère ou la mort, puisqu’il n’y a pas d’Etat-Providence pour vous aider.

Ces 3 critiques du modèle dominant de libéralisme régulé sont cohérentes, et chacune apporte des arguments légitimes et des points de vue pertinents. Le "Système" le comprend bien d’ailleurs et s’alimente d’ailleurs continûment de ces critiques hétérodoxes. Par exemple :

a) Le FMI parle désormais beaucoup de "croissance inclusive" et de nécessaire réduction des inégalités sociales, loin de son image d’ultra de l’austérité budgétaire des années 1980.

b) Les banques centrales s’intéressent de plus en plus aux façons de prendre en compte les contraintes et objectifs environnementaux dans leur politique monétaire. (Il y a quelques années, un de mes employeurs m’a demandé une note sur le sujet.) Il y a de nombreuses options sur la table (par exemple l’achat de "Green Bonds" dans les QE), même si (i) elles se heurtent à l’orthodoxie monétaire selon laquelle les politiques structurelles devraient être du ressort exclusif de l’Etat, et (ii) elles sont évidemment très, très loin des rêves des adeptes de la décroissance.

c) La généralisation de l’indépendance des banques centrales (vis-à-vis des Etats), à partir des années 1990, est en partie une réponse à la critique de l’Ecole Autrichienne et de Milton Friedman sur les effets pervers d’une politique monétaire guidée indirectement par l’Etat (dont les responsables poursuivent des objectifs électoralistes et démagogues, incompatibles avec la stabilité des prix). Après s’être imposé à tous les pays industrialisés, ce modèle de banque centrale indépendante s’étend aux pays pauvres ou émergents (via la prohibition du financement monétaire des Etats, la protection du statut du Gouverneur et le non-renouvellement de son mandat etc.) : cela fait partie de mes missions.

Ainsi, le modèle dominant, par la prise en compte des critiques les plus pertinentes des approches hétérodoxes, doit s’améliorer peu à peu et permettre de mieux s’approcher de l’optimum économique (défini politiquement et juridiquement).

4) La perspective morale : Nos opinions sont naturellement influencées par nos intérêts. Mais je me vois mal, au fur et à mesure que je m’embourgeoise, expliquer à l’employé précaire, au demandeur d’emploi, à mes collègues africains, les mérites de la décroissance. Personnellement rassasié des fruits de la croissance économique, je devrais prêcher auprès des affamés - nombreux en France et largement majoritaires dans le monde - qu’il est temps de mettre la croissance en pause et de se mettre au régime ?

A mon sens, c’est une position moralement intenable : pour cette raison je serais totalement incapable de tels discours. Mais certains y arrivent très bien, prêchant la frugalité dans le confort d’un vol en classe affaires, une coupe de Dom Perignon à la main… Greta recrute ses disciples dans les centres-villes des métropoles ultra-consuméristes. Dans la campagne, comme chez moi en Aveyron, on est plus calme et raisonnable sur ces sujets, et on consomme juste ce qu’il faut… bon, surtout par esprit d’économie, c’est vrai ;-)

Bref, pour moi l’objectif d’une croissance soutenable et du plein emploi, dont la stabilité monétaire est l’une des conditions, est non seulement politiquement légitime, juridiquement établi, économiquement optimal, mais aussi moralement juste.

Dernière modification par Scipion8 (07/10/2019 15h05)

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#20 07/10/2019 19h01 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Je constate avec satisfaction  que vous commencez à souligner les problèmes politiques que posent les théories de l’école autrichienne et leur radicalisation libertarienne.

Parce que plonger délibérement dans la misère les emprunteurs n’ayant pas prévu la catastrophe économique au profit des plus malins n’est pas seulement immoral.

Ca incite très fortement les perdants à n’avoir qu’un respect modéré pour la propriété et la vie des gagnants. La violence qui en résulte est propice au surgissement  d’entrepreneurs politiques aux méthodes de gangster. Que ce soient des révolutionnaires émergeant de la clandestinité ou des généraux putschistes.

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[+1]    #21 08/10/2019 09h38 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Bonjour

Je me suis inscrit sur ce forum suite à la lecture du message de Bargeo, relayé par un utilisateur du forum finance de jvc.

Il se trouve que j’ai construit ma vision économique avec les sources conspirationnistes citées par Scipion8 (sans compter d’autres gus du même acabit comme Mike Maloney, John Pugsley, zerohedge, kitco ou encore Bernard Maris). Je crains de m’enfoncer dans un biais cognitif de confirmation, toutes ces sources ne faisant que se confirmer les unes les autres.

Bien que pour l’instant cela m’ait été fort profitable (ces sources ont orienté mes investissements vers des actifs refuges dont le cours a explosé il y a peu), je m’interroge sur la pertinence de ces analyses sur le long terme et recherche personnellement des sources contradictoires.

Que je me trompe et que j’y perde mes billes, passe encore. Mais il se trouve que dans mon enthousiasme j’ai personnellement orienté les investissements de nombreuses personnes. J’ai donné de nombreux conseils en toute sincérité mais subsiste toujours la crainte de m’être trompé. Par éthique personnelle, j’aimerais donc vérifier jusqu’au bout la pertinence de mes actions et conseils, afin de pouvoir avertir les personnes que j’aurai (potentiellement) mal conseillé .

Je ne peux donc que contredire sven337 qui dit que vous perdez votre temps. Je ne pense pas être la seule personne à rechercher ce genre de contrepoint et estime que votre projet est noble et mérite d’être poursuivi.

Si vous décidez de ne pas réaliser cette vidéo, pourriez-vous à défaut m’orienter vers des sources que vous qualifierez de "sûres" ?

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[+8]    #22 08/10/2019 16h42 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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S’agissant des sources, perso j’aurais 3 conseils :

1) Rechercher les sources primaires : Sur les sujets économiques et financiers, qui sont souvent complexes et se prêtent mal aux raccourcis, chaque interprétation successive tend à déformer toujours davantage l’information originelle :
https://www.devenir-rentier.fr/uploads/12850_2019-10_sell-buy.jpg
Chaque "interprète" (journaliste, bloggeur, youtubeur etc.) de l’information va ajouter sa couche d’interprétation, c’est-à-dire le plus souvent d’incompréhension, d’incompétence et/ou de biais politique ou idéologique (même si bien sûr certains journalistes font correctement leur travail de synthèse et de vulgarisation). Donc perso j’essaie toujours de retrouver la source primaire de l’information, par exemple (liste évidemment non limitative) :

- l’INSEE : c’est vraiment la source #1 pour comprendre les réalités de notre pays : beaucoup de chiffres, peu de blabla, pas (ou peu) d’idéologie. J’apprécie beaucoup leur travail et notamment leurs efforts de rigueur et de pédagogie (tous les termes techniques sont définis).

- le FMI, notamment ses 2 publications phares, le Global Financial Stability Report (GSFR) et le World Economic Outlook (WEO).

- la BCE : vraiment beaucoup d’informations utiles sur leur site. Ils ont une section pédagogique (explainers) pour le grand public. On peut ensuite creuser tous les sujets, en fouillant dans les sections thématiques du site (par exemple ici pour la politique monétaire, pour le QE etc.). 2 sources particulièrement utiles sont les discours (pour en avoir co-écrit quelques-uns, il y a un gros effort de simplication et de pédagogie sur des sujets techniques) et, pour ceux qui veulent vraiment creuser les sujets, les publications (les plus accessibles étant le Bulletin Economique et la Revue de Stabilité Financière).

- Idem pour la Fed : beaucoup d’infos disponibles, même s’il faut fouiller.

Juste pour illustrer que les auteurs conspirationnistes mentionnés plus haut ne font même pas ce travail minimal de consultation des sources primaires : vous entendrez souvent les Delamarche & Co etc. répéter que les bilans des banques centrales sont devenus des "poubelles" avec le QE, par lesquelles elles achèteraient des actifs "pourris", très risqués, y compris des obligations junk et des actions : cela prend 3 clics sur le site de la BCE et sur celui de la Fed pour voir qu’il n’en est rien, que ni l’une ni l’autre n’achète des obligations junk ni des actions, par exemple, mais essentiellement des obligations souveraines :ici pour la BCE, pour la Fed (les bilans des 2 sont évidemment régulièrement publiés !)
https://www.devenir-rentier.fr/uploads/12850_2019-10_soma_portfolio.jpg
Note : SOMA (System Open Market Account) = portefeuille de QE de la Fed

Comment prendre au sérieux ces supposés "experts" après de telles erreurs factuelles ?

- A noter que de plus en plus d’institutions proposent, outre leur sites officiels, des blogs alimentés par des membres de leur staff, écrits de façon beaucoup plus libre (sans engager l’institution) et moins "aride" : par exemple cet excellent blog Bank Underground des experts de la Bank of England, et celui-ci par des experts du FMI.

- Je suis bien conscient que les sources primaires sont d’un abord souvent aride pour le grand public. Evidemment, les journalistes ont un rôle clef de vulgarisation. Perso je ne trouve pas que la presse française soit au niveau sur les sujets économiques et financiers. Il faut être très sélectif sur les sources secondaires : j’apprécie particulièrement le Financial Times pour le suivi des news, Bloomberg pour ses excellents articles de fond (mais l’accès est limité) et The Economist, incomparable à mon sens pour son talent de vulgarisation (simplify, then exaggerate).

2) Ecouter des pros qui ont fait leurs preuves : Ce qui est bien avec l’investissement, c’est qu’on peut juger de l’expertise de l’investisseur à ses résultats sur la durée. La corrélation n’est pas parfaite (la chance joue, dans les 2 sens, tout comme les potentielles inefficiences de marché), mais sur une durée suffisamment longue la corrélation entre compétence et résultats doit être fortement positive.

Aucun des supposés "experts" conspirationnistes n’a démontré de compétence d’investisseur. Bien au contraire, quand ils ont eu à se confronter à la réalité du marché, ils se sont toujours plantés dans les grandes largeurs (par exemple ici). Perso, ça ne me donne pas envie de les suivre.

Quant à croire les conseils d’investissement d’"experts" qui n’ont pas d’expérience démontrée dans le domaine, pourquoi pas, mais ça revient un peu à lire un Kamasutra écrit par un puceau : l’effort d’imagination peut être louable, mais je doute de l’utilité pratique de l’exercice.

Bref, dans le domaine de l’investissement sur les marchés boursiers (par exemple), perso j’apprécie ceux qui ont fait leurs preuves, et démontrent par ailleurs de belles qualités de pédagogie :

- Je suis un gros consommateur de vidéos Youtube de Warren Buffett, de Charlie Munger et du regretté John Bogle : les 3 ont un talent assez extraordinaire de vulgarisation et de communication, souvent avec humour, ce qui ne gâche rien.

- Ce site fournit un FAQ de Warren Buffett : c’est impressionnant de constater que toutes ses réflexions sans exception restent valides 10 ou 20 ans après.

- D’autres investisseurs de référence publient des "mémos" intéressants, comme Howard Marks.

- Sur le marché actions français, je guette les (trop rares) interventions médiatiques de William Higgons (Indépendance & Expansion, j’apprécie beaucoup sa transparence et sa pédagogie), Romain Burnand (Moneta) et Jean-François Delcaire (HMG / Découvertes : le meilleur compte-rendu mensuel de gestion à mon sens).

Certaines banques et cabinets de conseil en stratégie publient gratuitement une partie de leur recherche (gratuitement pour des raisons de visibilité médiatique et d’"influence"). Ma source préférée est JPMorgan, qui publie trimestriellement un excellent guide sur les marchés. Goldman Sachs et McKinsey publient parfois des études très bien sourcées, et BNP Paribas une information plus générale sur l’économie et les marchés.

Sur les sujets purement économiques (au-delà de l’investissement), il y a de nombreuses sources de qualité : un économiste académique est par essence guidé par la volonté de publier, d’être visible. Bien sûr, les publications académiques dans les revues spécialisées sont d’un abord très difficile pour le grand public. Mais beaucoup d’économistes (les meilleurs, à mon sens) font un effort de pédagogie, en publiant des synthèses et/ou des points de vue beaucoup plus accessibles au grand public, tout en maintenant un haut niveau de rigueur et de qualité.

Un excellent site dans ce domaine est voxeu.org : on y trouve des analyses et points de vue économiques par des auteurs de toutes tendances et écoles de pensée. Les articles et vidéos y sont beaucoup plus pédagogiques et accessibles que la pure recherche académique, et les sujets sont souvent "sexy" (toutes proportions gardées, hein : l’helicopter money, le QE, les inégalités sociales, les impôts etc.). Parmi les meilleurs auteurs (toutes "idéologies" confondues), on y trouve par exemple Jean Tirole, Thomas Piketty, Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Markus Brunnermeier, Barry Eichengreen, Sylvester Eijffinger, Alberto Alesina, Jordi Gali, Claudio Borio etc.

Certains de ces auteurs sont très critiques de l’idéologie libérale dominante et/ou de la façon dont les politiques budgétaire et monétaire sont menées. Ils fournissent donc des contre-points intéressants à la communication institutionnelle. Eux sont des vrais économistes : ils creusent, ils fouillent, ils compilent des données, ils font de l’économétrie, ils testent des hypothèses et en tirent des conclusions. (Par exemple, je connais personnellement Brunnermeier, Eijffinger et Gali - qui ont chacun pris le temps de m’interroger sur les opérations de la BCE, alors que je n’étais qu’un petit expert junior de la BCE.) Eux ne se contentent pas de baver des idioties anxiogènes pour faire du buzz, sans se donner la peine de faire 3 clics sur les sources primaires…

3) Sélectionner les "vulgarisateurs" qui font preuve de pédagogie et d’honnêteté intellectuelle, éviter les autres : La meilleure façon de détecter les conspirationnistes et autres producteurs de balivernes sur les sujets économiques et financiers, c’est en regardant à la "jointure" entre les arguments, c’est-à-dire les liens de causalité. Quand un "expert" fait systématiquement du "yakafocon", qu’il relie entre eux des faits anxiogènes sans que le lien de causalité soit clair, c’est un signe immanquable de charlatanisme. Un "effondrement logique" très fréquent chez ces charlatans, c’est d’expliquer que le QE est inefficace et donc que la déflation est inévitable, puis d’enchaîner sur le fait que l’argent (devises fiat) ne vaut plus rien (= hyper-inflation). Jamais ils n’expliquent comment la déflation se transforme mystérieusement en hyper-inflation.

Un vrai expert prendra soin de bien expliquer les liens de causalité et en cas de causalité incertaine (ce qui est très fréquent, en économie), expliquera qu’il y a différentes hypothèses, plus ou moins vraisemblables. Evidemment, difficile de faire du buzz comme cela…

Certains vulgarisateurs sont néanmoins très pédagogues et accessibles :

- Certains professeurs en économie ou en finance font preuve d’un réel talent de pédagogie (c’est un peu normal, c’est leur job), par exemple : Aswath Damodaran, Greg Mankiw, David Beckworth (voir par exemple son explication sur les récents repos de la Fed)…

- Pas besoin d’être un vénérable professeur pour être un bon vulgarisateur : ce qui est important, c’est de faire le job de recherche, et d’être un minimum rigoureux et honnête dans le travail de synthèse. 2 bons exemples sur l’investissement boursier :

- la chaîne Youtube de Ben Felix, Common Sense Investing, récemment conseillée par Perecastor : je ne la connaissais pas, j’ai maintenant vu une dizaine de vidéos et elles sont très pédagogiques et toujours sourcées (je trouve qu’il est très dogmatique sur l’investissement indiciel, mais son approche est très logique et cohérente - un bon complément sur le sujet au blog de Fructif, autre excellent vulgarisateur)

- la chaîne Youtube de l’excellent Tanuky : des conseils de bon sens, très pédagogiques ; je trouve dingue que ça fasse moins de vues que les vidéos "putaclics" d’"experts" qui n’ont jamais investi un sou en bourse (ou qui ont tout perdu, avec toutes leurs "bonnes idées").

Bref, il y a une abondance de sources de qualité sur les sujets économiques et financiers. Malheureusement, il vaut mieux être anglophone. Pour les purs francophones, ce forum est sans doute l’une des meilleures sources. Evidemment, sur tous ces sujets, il faut un minimum d’investissement intellectuel, mais perso je trouve que c’est un loisir intéressant… et à terme, j’espère, profitable.

Il faut avoir envie un minimum de faire fonctionner son cerveau, alors que les conspirationnistes et autres charlatans parlent aux tripes, aux instincts de peur et de haine que nous portons tous inconsciemment en nous (la peur de l’inconnu, de l’étranger, la haine du riche, du politicien, de l’expert, du bureaucrate)… malheureusement avec succès, l’incompréhension de sujets souvent techniques et anxiogènes étant un excellent terreau pour la peur et la haine.

Dernière modification par Scipion8 (08/10/2019 17h10)

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#23 08/10/2019 18h45 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Concernant Charles Gave,

Scipion8 a écrit :

Dans ce genre (sans vouloir leur faire de la pub) : Olivier Delamarche (Les Econoclastes, de façon générale), Charles Gave, Pierre Jovanovic, Philippe Béchade (publications Agora), Olivier Berruyer (les-crises.fr), Eric Toussaint, Bruno Bertez, Jean-Pierre Le Chevallier, Gaël Giraud, Grand Angle, Insolentiae, Fake News Channel (la bien nommée)…

Scipion8 a écrit :

Aucun des supposés "experts" conspirationnistes n’a démontré de compétence d’investisseur. Bien au contraire, quand ils ont eu à se confronter à la réalité du marché, ils se sont toujours plantés dans les grandes largeurs (par exemple ici). Perso, ça ne me donne pas envie de les suivre.

Wikipédia a écrit :

Charles Gave repasse de la recherche économique pure à la gestion de fonds et la mise en application de ses propres conseils d’investissement en cofondant en 1986 Cursitor-Eaton Asset Management, à Londres. Il en est le Chief Investment Officer4. Vendue en 1995 à Alliance Capital, la société gère alors 10 milliards de dollars6.

(source)

Des sources (exemple) indiquent que le monsieur était prêt à faire un chèque de deux millions pour la campagne de Debout la République (ça ne fera finalement pas, étant donné l’éviction de sa fille de la liste…).

Je ne sais pas quel est le patrimoine du monsieur, mais quand on a deux millions à balancer par la fenêtre, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il « se soit planté dans les grandes largeurs » dans sa carrière de financier. Après, peut-être a-t-il hérité, je ne sais pas.

Sur le fond, je suis d’accord avec vous. Je n’ai jamais compris pourquoi Delamarche n’avait pas fait "all-in" sur un turbo leverage inverse depuis 10 ans… d’après ses prédictions, il serait désormais loin devant Buffet !

Dernière modification par Gog (08/10/2019 18h47)

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#24 08/10/2019 18h45 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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Très beau programme. Mais il faudra assumer la critique qu’il est terriblement élitiste.   

Ce n’est pas un peu de temps de cerveau qu’il y faut consacrer, c’est des milliers d’heures, peut être 10000!

Ce qui est élitiste intellectuellement ou spirituellement m’est très sympathique mais c’est un goût minoritaire et très difficile à concilier avec l’individualisme démocratique. 

C’est d’avoir vu ça le premier qui est le grand mérite de Tocqueville, le seul penseur libéral français du 19e siècle qui soit à la fois célèbre et respectable.

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#25 08/10/2019 19h55 → Finance et économie : comment lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux ? (crise, krach boursier, video)

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@Gog : 1) Dans mes messages précédents, je fais une généralisation en mettant dans le même sac de conspirationnistes et charlatans des gens aux profils très différents, allant du jeune youtubeur neuneu à des gens avec une expérience professionnelle réelle mais qui manquent à mon sens à leur devoir d’honnêteté intellectuelle. Donc c’est une généralisation un peu injuste envers ces derniers (dont M. Gave), mais considérant leur façon outrancière de communiquer, je ne m’en sens pas vraiment coupable ;-)

2) Effectivement, M. Gave a une société de conseil (en apparence ?) prospère et manifestement un beau patrimoine : outre ses entreprises politiques, je vois qu’il est actionnaire du Biarritz Olympique : pas mal de "danseuses" donc, ce qui est à son âge est très excusable - perso je rêve de devenir un jour actionnaire du Stade Toulousain ;-)

3) Ma généralisation et caractérisation des compétences économiques de ce groupe est certes injuste envers M. Gave : je pense qu’il a des compétences réelles sur des sujets de macroéconomie. En revanche je suis beaucoup plus réservé sur sa compréhension de l’économie monétaire, plus proche de mon propre coeur de compétence.

4) Je pense surtout que M. Gave, qui s’est spécialisé depuis longtemps dans la polémique et les pamphlets sur les sujets économiques, a une sérieuse tendance à "plaquer" son discours politique sur ses analyses économiques, c’est-à-dire qu’il se rend fréquemment coupable d’analyse économique téléologique : il définit d’abord sa conclusion, de nature politique, puis construit ensuite son discours économique. Pour un économiste, c’est disqualifiant, et il le sait. Moi-même je suis très politisé ; mais j’évite au maximum d’importer ce biais dans mes analyses économiques et surtout financières (ce serait une source probable de sous-performance).

[HS 5) Pour finir sur M. Gave, une remarque purement politique (donc HS ici) : mon professeur d’histoire à Sciences Po, le remarquable Jean-Pierre Azéma, m’a enseigné qu’il y avait peu de différences culturelles et politiques entre Pétain et De Gaulle, tous 2 nationalistes conservateurs. Mais en 1940, De Gaulle fut un nationaliste conséquent, et Pétain un nationaliste inconséquent. Perso, je suis, comme manifestement M. Gave, très attaché à mon pays, à sa souveraineté, et aux libertés. Mais j’essaie d’être conséquent dans ces orientations politiques, et je trouve inconséquent de se mettre au service d’une puissance étrangère dont la propagande est manifestement hostile aux intérêts nationaux : quand M. Gave se met au service de RT (comme M. Delamarche), il sait parfaitement ce qu’il fait, là encore, et il n’a pas d’excuse.]

@Caratheodory : 1) Effectivement, certaines sources sont assez élitistes, et je suis conscient que j’ai un gros biais du fait de mon activité professionnelle, mais à la lecture du forum je pense que chacun, sans être un cador de l’économie ou des marchés, peut développer une bonne compréhension générale de l’économie et des marchés. Les vidéos Youtube que j’ai citées (et il y en a bien d’autres de qualité) ne sont pas si difficiles d’accès, par exemple (gros avantage pour les anglophones, certes). Sur l’investissement indiciel, un néophyte peut lire les 2 bouquins de Fructif et regarder une dizaine de vidéos Youtube de Common Sense Investing : en une semaine c’est bouclé, il peut passer à autre chose ;-) (même si perso ce n’est pas mon approche).

[HS 2) Pas de surprise, mais je vous trouve bien dur avec le courant libéral et son aile libertarienne ;-) La critique du collectivisme et totalitarisme (nazi et communiste) par Mises et Hayek était l’une des plus justes, quand beaucoup d’intellectuels se laissaient séduire par l’un ou l’autre totalitarisme. Thoreau est pour un moi une inspiration majeure, par sa résistance pacifique à l’oppression étatique, et par son éloge d’une vie simple proche de la nature, ses écrits restent formidablement actuels au 21e siècle. Et en littérature (et pour sa vie), je suis très admiratif d’Orwell. Mais pas d’inquiétude : en vieillissant je converge lentement vers mon asymptote, en gros le profil d’un bourgeois pompidolien adepte d’un libéralisme raisonnable et très régulé… avec au maximum quelques % d’anarchiste de droite ;-) Mais on s’éloigne du sujet de la file.]

Dernière modification par Scipion8 (08/10/2019 20h06)

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