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Favoris 1   [+13]    #801 02/01/2021 20h39

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Bonjour,

Dans ce message, je donne mon point de vue sur les perspectives boursières 2021, je publie mon portefeuille européen (Saxo) et je reviens sur les questions techniques (TRI vs. TWR et questions de Peakykarl).

1) Perspectives boursières 2021 : risques, scénarios et stratégie

D’un point de vue économique, les pays occidentaux traversent une récession violente, conséquence directe de la pandémie et des mesures pour limiter ses dégâts humains. Mais de mon point de vue, malgré la violence assez exceptionnelle de cette récession, elle ne devrait pas durer : c’est le cas, généralement, des récessions liées à des facteurs exogènes, par exemple une catastrophe naturelle. C’est ce qu’on observe généralement, pour des raisons diverses :

a) Un facteur exogène causant une crise économique est généralement plus facilement identifiable/compréhensible pour les agents économiques qu’un facteur endogène, et la confiance des agents économiques revient dès qu’il disparaît (et cette pandémie, d’une façon ou d’une autre, sera réglée à plus ou moins court-terme). Par exemple, il est plus facile pour une entreprise de planifier des investissements après une pandémie que d’évaluer la durée de l’apurement des bilans bancaires après une crise comme celle de 2008.

b) Les périodes post-guerre (par exemple après les 2 guerres mondiales) ou post-catastrophe naturelle (par exemple après le tsunami au Japon en 2011) sont généralement marquées par un fort rebond de l’activité en raison (i) d’un retour rapide de la confiance (soulagement, volonté redoublée de profiter de la vie) et (ii) d’une forte réponse budgétaire et monétaire par les autorités, que les conditions dramatiques vécues par la population incitent à maintenir durablement (à tel point qu’un risque inflationniste peut apparaître en conséquence d’un "surdosage" budgétaire et/ou monétaire).

c) Contrairement à la crise systémique de 2008 ou la crise de la dette souveraine de 2011-2012 dans la zone euro, la crise actuelle (comme celle de 2000) n’est pas la conséquence d’un endettement excessif. Les crises résultant d’une accumulation excessive de dette (par les États, les entreprises et/ou les ménages) nécessitent souvent un deleveraging très graduel et douloureux, qui explique pourquoi les crises endogènes sont souvent plus durables que les crises liées à des déclencheurs exogènes.

Aujourd’hui beaucoup d’États occidentaux ont un endettement important, mais aucun souci d’accès au marché obligataire. Les banques ont globalement des bilans relativement sains, conséquence d’un deleveraging massif et d’un resserrement considérable de la régulation bancaire depuis 2008. Les ménages américains et européens se sont globalement enrichis sur la dernière décennie  - même si les inégalités créent des risques sociaux et politiques. L’endettement des entreprises peut éventuellement poser question mais (i) les entreprises technologiques désormais dominantes sont souvent cash-rich et (ii) il n’y a pas aujourd’hui de problème d’accès au marché obligataire pour les entreprises qui ont recours à l’endettement. Bref, tout n’est pas rose et nous verrons peut-être (et même sans doute) un jour une nouvelle crise résultant d’un excès de dette, mais de mon point de vue, ce n’est pas pour maintenant.

Dans ce contexte, quels sont donc aujourd’hui les principaux risques pour les marchés boursiers ?

Les réponses des investisseurs aux enquêtes donnent éventuellement une indication de ce qui est pricé :

Cette enquête menée par Deutsche Bank en décembre suggère que les principales inquiétudes des investisseurs restent liées à la pandémie : (a) le risque de mutations du virus rendant les vaccins inefficaces, (b) le risque que les vaccins aient des effets secondaires sérieusement néfastes, et (c) le risque qu’une proportion trop importante de la population refuse de se vacciner, prolongeant ainsi la pandémie. De ces 3 risques, on peut dire a priori que le marché, peu compétent en la matière, doit sans doute les pricer de façon assez aléatoire et imprécise.

De mon point de vue (et évidemment sans plus de compétence que l’investisseur lambda), cela me suggère que la dissipation (probable ?) de ces 3 risques pourrait continuer à soutenir les marchés boursiers pendant la phase finale de la pandémie.

D’autres risques dans cette liste m’inquiètent beaucoup moins que les investisseurs :

d) le risque que les banques centrales et les États retirent leur soutien à l’économie trop vite : pour le coup, je suis a priori un peu plus expert sur ce point, et je serais très surpris de voir les banques centrales manquer à leurs engagements de maintenir les taux ultra-bas et de continuer le QE tant que l’économie souffre ;

e) le risque d’un Brexit désordonné a enfin disparu (à peu près ?) depuis l’accord trouvé ces derniers jours ;

f) le risque d’une polarisation politique aux USA conduisant à de sérieux troubles sociaux me semble exagéré ; Biden est un centriste manifestement soucieux de réconcilier le peuple américain, le Parti Républicain va se débarrasser du clan Trump discrédité plus encore par sa défaite que par son comportement, et les extrémistes des 2 bords, s’ils sont vraiment décidés à causer du désordre, iront à la case prison ;

g) le risque que les Démocrates remportent la majorité au Sénat via un succès électoral en Géorgie est important (apparemment c’est du 50/50 pour le moment), mais cela ne m’inquiète guère : d’une part, cela placera l’aile droite du parti démocrate (au moins autant pro-business que les Républicains) en contrôle du Sénat, l’aile gauche restant marginalisée ; d’autre part, le système politique américain est bien fait et toute déviation excessive à gauche du pouvoir démocrate serait lourdement sanctionnée lors des mid-terms dans 2 ans, alors que les Démocrates auront de nombreux sièges dans la balance.

Bref, sur ces 7 des 9 risques principaux, je suis plutôt confiant - en tout cas bien plus que le marché.

Il reste 2 risques principaux, plus sérieux à mon sens :

h) le risque d’un rebond surprise de l’inflation, conséquence de la politique monétaire ultra-accommodante des banques centrales : je suis a priori très sceptique sur ce scénario, car je considère l’environnement mondial fondamentalement déflationniste (vieillissement démographique, mondialisation et digitalisation de l’économie, contrôle des processus démocratiques par la bourgeoisie). Je suis donc convaincu que les banques centrales vont (très) durablement maintenir des taux bas et des QE. Mais comme on dit vulgairement, inflation is a bitch, et une surprise inflationniste est toujours possible. Pour mon portefeuille orienté croissance (un style très favorisé par les taux bas et le QE), ce serait un contre-pied complet, avec des conséquences potentiellement dévastatrices. Je pourrais être aussi touché sur mon portefeuille français, moins orienté croissance, car un choc inflationniste obligerait la BCE à remonter ses taux d’intérêt et à arrêter son QE, avec comme conséquence probable une hausse brutale des coûts de refinancement de l’État français et une dégradation soudaine de l’équation de soutenabilité de la dette publique. Les actions françaises ne seraient sans doute pas immunes à de tels développements. En bref, ce risque est de mon point de vue à faible probabilité mais à très fort impact sur mon portefeuille.

i) le risque d’un éclatement de la (supposée) bulle sur les valeurs technologiques : de mon point de vue, il n’y a pas aujourd’hui de "bulle" à proprement parler, mais la "distance" à un tel scénario se réduit rapidement :

- la prime de risque du marché actions US (évaluée par exemple par Aswath Damodaran) est passée de quasiment 8% en mars 2020 (un niveau historiquement élevé) à 5% actuellement : cela reste au-dessus de la moyenne de long-terme (4,2%), mais si elle baisse sous les 4% (ce qui, à ce rythme, pourrait être le cas dans quelques mois), ce serait pour moi un clair signal d’alerte ;

- les comportements typiques de toutes les bulles se multiplient rapidement : discours sur de "nouveaux paradigmes" justifiant des valorisations absurdes, succès d’actifs à la valeur incertaine très douteuse (cryptos) ou au minimum incertaine (certaines entreprises des secteurs verts et SaaS sans perspective crédible de profitabilité), achat d’entreprises "à l’aveugle" (SPAC), rejet des approches habituelles de valorisation (alors que je pense que mes ancêtres gaulois utilisaient déjà le DCF pour valoriser les vaches sur le marché), trading massif sur les options à très court-terme, entrée massive d’amateurs inexpérimentés sur le marché boursier (à l’occasion du krach de février/mars 2020 et du confinement)…

Bref, de mon point de vue, la casserole ne déborde pas encore, mais elle commence à bouillonner sérieusement. Cela dit, elle peut encore bouillonner un bon moment - la fin de la partie dépendra d’un déclencheur aujourd’hui inconnu (mais en toute probabilité, ce ne sera pas les banques centrales, de mon point de vue).

De mon point de vue, le risque d’un violent retour de bâton sur les valeurs technologiques, entraînant avec elles l’essentiel de la cote, est un risque à probabilité élevée et à impact modéré sur mon portefeuille : l’impact sur mon portefeuille devrait être important au moment du choc, mais il devrait graduellement se résorber, si mon analyse fondamentale quant à la qualité des entreprises se vérifie (ma calibration prudente des lignes les plus risquées devrait aider).

Outre ces risques identifiés par les participants de marché (les known unknown de Rumsfeld), il y a tous les risques aujourd’hui inconnus (les unknown unknown).

Globalement, je perçois donc 2021 comme une année boursière dangereuse, malgré les nuages macro qui se dissipent (pandémie, Trump etc.).

Quels scénarios boursiers pour 2021 ?

Sur la base de mon appréciation (personnelle) des risques, je définis différents scénarios typiques, avec des probabilités différentes pour chacun. Il ne s’agit pas de prévision mais d’une structuration de l’avenir possible pour ""stress-tester" le portefeuille et réfléchir à la stratégie :

- Scénario A : une bulle se forme, prolongeant les tendances des dernières années très favorables aux valeurs de croissance : un principe important de mon point de vue, autant dans le contexte de la pandémie (malheureusement) que pour la bourse, est la loi de Hofstadter :

It always takes longer than you expect, even when you take into account Hofstadter’s Law.

Il faut toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la loi de Hofstadter.


Entre le moment où l’on commence à parler de bulle et le moment où elle éclate, l’attente peut être très, très longue (je m’en souviens distinctement en 1998-2000, quand j’étais élève ingénieur). La formation de la bulle pourrait être favorisée par la fin de la pandémie, le maintien (probable) de taux ultra-bas et des QE, en l’absence de toute surprise inflationniste. C’est un scénario clairement possible à mes yeux : probabilité 40%.

Dans ce scénario, on pourrait (et même devrait) voir des corrections de l’ordre de -10% à -20% (du type de la correction du 4e trimestre 2018), mais pas de nature à stopper la tendance haussière. Au contraire, chaque correction surmontée renforcerait la tendance des investisseurs à "acheter le creux" (buy the dip - une stratégie déjà gagnante en 2018 et 2020), accélérant la formation de la bulle. La prime de risque du marché actions US baisse à 3%, le VIX baisse sous les 15% et le S&P500 dépasse les 5000 points en 2021.

- Scénario B : une correction majeure met fin à la tendance haussière, initiant une période volatile: pour mettre fin à la mentalité "buy the dip" aujourd’hui très prévalente et "rincer" définitivement ceux qui surfent aujourd’hui sur les secteurs "bullesques" du marché (EV, énergies renouvelables, SPAC, SaaS, cryptos), il faudrait de mon point de vue une correction très sévère. Si elle ne l’est pas, la tendance haussière reprendra rapidement, comme on l’a vu depuis mars/avril 2020 (pourtant dans un contexte de pandémie !).

Toute la question est de savoir si une telle correction (de l’ordre de -30/-40%) est possible sans déclencheur spécifique. De mon point de vue, sans déclencheur "sérieux", une telle correction est improbable sur les niveaux actuels. Il faudrait (i) soit un déclencheur très sérieux (plus sérieux qu’une pandémie…) pour "casser" la mentalité haussière aujourd’hui très dominante, (ii) soit des niveaux de valorisation beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui.

Par définition, je ne peux aujourd’hui imaginer un déclencheur sérieux (unknown unknown) pour une telle correction - car si je pouvais l’imaginer, alors sans doute d’autres investisseurs aussi et il serait partiellement pricé.

J’ai tendance à voir une telle correction plutôt pour le 2e semestre, car pour le 1er semestre, la fin de la pandémie, les QE encore à plein régime, combinés à des niveaux de valorisation encore "raisonnables", ne me semble pas vraiment propice à une correction aussi violente.

De mon point de vue, le niveau de valorisation des marchés (par exemple la prime de risque) reflète le degré d’aridité de la forêt. Plus elle est aride, plus il devient probable que la moindre étincelle mette le feu à la forêt. Aujourd’hui, seuls quelques secteurs de la forêt sont très secs. Mais si la tendance actuelle continue, cela pourrait rapidement changer, et la forêt pourrait alors s’enflammer. Pour 2021, je donne à ce scénario une probabilité de 30%.

- Scénario C : les marchés boursiers ralentissent naturellement, via des "respirations" régulières : dans ce scénario les marchés "s’assagissent" après 2 très belles années pour les valeurs de croissance (2019-2020). On voit des corrections / respirations de l’ordre de -10/-15% (du type de celle du 4e trimestre 2018). Le VIX se maintient autour de 20%, reflétant la prudence des participants de marché sur les risques d’hiver. Les bulles "locales" (SaaS, EV, cryptos etc.) éclatent, mais sans entraîner vraiment l’ensemble de la cote. On voit une rotation sectorielle et une "normalisation", avec un retour du value et des valeurs de rendement, au détriment des valeurs de croissance.

Le S&P500 fait une performance annuelle 2021 entre -15% et +5%. L’année boursière 2021 ressemblerait ainsi à 2018 ou 2015.

Ce scénario, qui, sur le papier, semble le plus "raisonnable", me semble moins probable que les scénarios A et B, parce que les marchés ne savent généralement pas freiner "en douceur", surtout quand des comportements "bullesques" se multiplient. Je donne donc à ce scénario pourtant "raisonnable" une probabilité de 20%.

- Scénario D : un risque macro (choc inflationniste, repricing du risque souverain) cause un choc boursier majeur : ce serait une variante du scénario B, mais avec un déclencheur connu (known unknown), comme le risque d’un choc inflationniste (craint par certains investisseurs en raison des QE massifs) ou une crise de dette souveraine, "après-choc" de la pandémie, comme en 2011-2012 dans la zone euro.

Perso je suis moins inquiet sur l’inflation que sur le risque souverain, mais pour des raisons liées notamment à la politique monétaire de la Fed et de la BCE, ce genre de scénario me semble prématuré pour 2021. (A plus long-terme, c’est différent, comme expliqué dans mon message précédent sur le risque souverain en France.) Pour 2021, je ne donne donc à ce scénario qu’une probabilité de 10%.

Comment performerait mon portefeuille dans ces différents scénarios ? Des ajustements à ma stratégie sont-ils nécessaires ?

- Le scénario A serait très favorable à mon portefeuille IB, lourdement chargé en valeurs de croissance. Malgré mon jugement très défavorable sur l’avenir des cryptos "anarchiques" actuelles, j’ai même pris quelques positions indirectes sur cet univers (MicroStrategy, GBTC, Silvergate Capital) afin de me "couvrir" contre un risque de bulle. J’ai aussi pris quelques SPAC (avec des calibrations très prudentes). Pas besoin d’autres ajustements dans ce scénario, mon portefeuille devrait s’envoler s’il se concrétise.

- Le scénario B serait fortement défavorable pour mon portefeuille IB, alors que mes autres portefeuilles (France, Europe) résisteraient un peu mieux : afin de réduire un peu l’impact de ce scénario sur mon portefeuille, je pourrais limiter mes futurs investissements sur des valeurs d’ultra-croissance (risque important de surévaluation) et au contraire renforcer des investissements GARP + qualité, a priori plus résilients dans ce type de scénario, et value, plus décorrélés des indices.

Surtout, pour me préparer à ce scénario, il me faut baisser le levier sur mon portefeuille IB de 1,37 actuellement à 1,2-1,3. Je suis confiant dans ma capacité technique et psychologique à gérer une correction majeure avec un levier 1,2 (c’était le cas pour moi début février 2020) - beaucoup moins serein au-delà.

- Le scénario C pénaliserait aussi mon portefeuille IB, mais profiterait à mes portefeuilles français, fortement pondérés sur des valeurs de rendement : je suis assez serein face à ce scénario, quelques renforcements vers des valeurs de rendement et du value devraient suffire. Mon portefeuille global est en effet bien plus équilibré que mon portefeuille IB (très offensif).

- Le scénario D serait le plus dévastateur pour mon portefeuille, car il me pénaliserait à la fois aux USA (valeurs de croissance) et en France (risque souverain) : face à ce risque à faible probabilité mais fort impact, il n’y a pas 36 couvertures possibles : je vais augmenter (raisonnablement) mon allocation or, sous diverses formes (ETF, minières - mais pas d’or physique, pour des raisons de sécurité).

En bref, ma stratégie pour 2021 consistera à diversifier mes renforcements, sans vendre aucune ligne existante : mon portefeuille gardera ainsi sa nette orientation croissance - car c’est justifié par l’environnement de taux ultra-bas - mais j’augmenterai le poids des valeurs GARP (Growth at Reasonable Price) et qualité, c’est-à-dire que je serai plus exigeant sur les fondamentaux et les valorisations. Je continuerai à investir sur des valeurs de croissance, mais avec plus de modération (en % de mes renforcements) et d’exigence (sur les fondamentaux). Je réduirai mon usage du levier. Enfin, je renforcerai mes petits "moteurs auxiliaires" value et or, au cas où les moteurs principaux de mon avion (croissance et qualité) s’éteignent.

Évidemment, la définition de la stratégie boursière sera différente pour chaque personne, selon son portefeuille de départ, sa tolérance au risque, et son appréciation des risques. Mais je pense opportun pour chacun de réfléchir en termes de scénarios et de tester sa résilience technique et psychologique aux scénarios les plus critiques.
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Je publie maintenant l’intégralité de mon portefeuille européen (Saxo).

Sa composition est assez originale, car il a été construit par "vagues" irrégulières : d’abord début 2018, avec une méthode de stock-picking assez originale (une sorte d’approche value + dividendes qui a donné des résultats assez mitigés, voire parfois désastreux), puis en 2020 avec une approche croissance qui a beaucoup mieux fonctionné. Globalement je suis satisfait de sa performance, surtout en 2020. Je ne vends jamais rien, donc toutes les lignes restent. Il faut donc vraiment se méfier si l’on veut y piocher des idées, car mon stock-picking début 2018 était assez olé-olé (j’espère avoir progressé depuis).

Ce portefeuille comprend aussi quelques OPCVM, avec des résultats très mitigés (le point d’entrée était certes très défavorable), qui justifient ma préférence pour faire le travail de stock-picking moi-même.








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@JeromeLeivrek : Merci, je ne savais pas que la performance de la "valeur de la part" et le TWR étaient la même chose, ça clarifie les choses. (Bon, je vais continuer à parler de TWR - time-weighted return, je trouve ça plus clair.)

@Carignan : Comme dit par JeromeLeivrek, les 2 mesures (MWR = TRI et TWR = valeur de la part) sont intéressantes, et complémentaires.

Je préfère le TWR sur une base infra-annuelle (et c’est l’indicateur que je rapporte sur ce forum en général). Car :

- sur une base infra-annuelle, les résultats de TRI.PAIEMENTS sont parfois un peu surprenants, je trouve

- beaucoup de gens calculent des TRI annualisés sur une base infra-annuelle et perso, je n’y comprends plus rien (alors que je suis censé maîtriser les bases mathématiques) : quand je vois des TRI annualisés (sur base infra-annuelle) stratosphériques, je me pose des questions existentielles sur la méthode d’annualisation utilisée…

Perso, je déteste ça (ça trouble toutes les comparaisons), et je n’utilise l’annualisation que sur des périodes pluri-annuelles.

Sur une base infra-annuelle, je préfère donc le TWR. Cette préférence pour le TWR est justifiée la plupart du temps pour moi, car je suis toujours 100% investi, généralement avec un rythme d’investissement régulier ("DCA"). Je n’ai pas de gros bonus à investir.

Mais les 2 sont utiles. Je trouve intéressant de comparer le TWR et le MWR (TRI) en fin d’année. Pour moi en 2020, le TRI est supérieur au TWR car j’ai beaucoup renforcé dans le creux en février/mars 2020, puis je n’ai plus pu renforcer en juin-octobre, quand les marchés étaient plus hauts, faute de revenus professionnels.

Cette comparaison TWR/TRI est encore plus pertinente pour ceux qui gardent des liquidités et les gèrent de façon dynamique.
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@Peakykarl : 1) Je n’ai pas trouvé le fonds JPMorgan que vous mentionnez sur le site que j’utilise pour comparer les performances des fonds. Je l’ai remplacé par un fonds Goldman Sachs a priori comparable :

En 2020, mon portefeuille IB (+70%) bat nettement les 2 fonds (Morgan Stanley +55% et Goldman Sachs +46%), mais c’est largement dû à l’utilisation de levier.

Si j’applique le beta moyen en 2020 sur mon portefeuille IB (1,36 - qui correspond peu ou prou au levier moyen) à la performance du S&P500 en 2020, cela me donne (à la grosse louche) la décomposition suivante de ma performance annuelle (+70%) : +25% pour la performance indicielle amplifiée par le beta, et +45% pour l’alpha. (L’alpha par rapport au NASDAQ serait évidemment bien moindre.)

Cela dit, mon portefeuille IB est en EUR, alors que le S&P500 et les 2 fonds sont en USD. L’effet de change a été très négatif pour moi en 2020 (environ -9%), ce qui compense en partie l’impact du levier.

Donc globalement, je dirais qu’il y a eu match en 2020 entre mon portefeuille IB et ces 2 fonds, mais (après compensation des effets du levier et du change) je pense être devant. Les mesures de risque (maximum drawdown) et de performance ajustée du risque (ratios Sharpe et Shapiro) ne sont pas vraiment comparables, car celles que me donnent IB sont sur la base de données journalières, alors que celles données par le site de comparaison de fonds sont sur la base de données mensuelles, ce qui atténue significativement la violence du krach de février/mars 2020.

2) Je dois passer en moyenne 1 heure par jour sur la "recherche" boursière, mais ce n’est pas de la recherche à proprement parler, mais plutôt la consultation aléatoire de différentes sources (presse financières, forums, Seeking Alpha etc.), qui me permet de mettre à jour un fichier Excel de stock-picking, sur lequel j’ai une simple liste d’environ 3000 actions américaines et quelques centaines d’actions européennes.

Si je lis quelque chose d’intéressant sur une valeur (par exemple un article très positif, de bons résultats publiés, ou un investisseur de référence qui l’a achetée), je l’indique par un code couleur : par exemple une valeur passe de "blanche" (neutre) à "jaune" (intéressant). Si une autre nouvelle positive survient plus tard, je la passe de jaune à orange. Puis de orange à rouge. En revanche, si un signal négatif à mes yeux survient, la valeur passe de jaune à beige, puis à blanc (= elle ne m’intéresse plus).

Quand je dois faire un renforcement (chaque mois), je regarde ma liste de valeurs "rouges". Pour chacune, je regarde rapidement les fondamentaux, l’évolution du cours, les dernières nouvelles, et je prends une décision rapidement, avec une calibration plus ou moins prudente selon mon degré de conviction. ça me prend 10 minutes par action, en moyenne.

Mais j’ai désormais bien quadrillé la cote américaine. Sur 3000 valeurs, j’en ai éliminé plus de 2000 et celles-là, sauf très rares exceptions, je ne m’y intéresserai plus, elles ne correspondent pas à ce que je recherche. J’ai 500 valeurs américaines en portefeuille, que je ne suis pas vraiment, sauf quand le cours décroche brutalement dans un sens ou dans l’autre. Mon attention se porte principalement sur la "watchlist" de valeurs jaunes/oranges/rouges dans mon fichier Excel : "seulement" 150 aux USA et 200 en Europe, donc un champ très réduit par rapport à mon univers initial d’investissement.

A côté de ce monitoring quotidien (mais assez aléatoire), je conduis annuellement (ou au maximum 2 fois par an) un exercice de screening, qui me prend plus de temps, mais connaissant désormais mieux la cote, je pense que l’utilité marginale de nouveaux screenings se réduit au fil du temps.

Dernière modification par Scipion8 (07/03/2021 03h56)

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Favoris 3   [+8]    #802 03/01/2021 15h20

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Bonjour,

Dans ce dernier message de ma série de posts de début d’année sur cette file (je publierai le point d’étape sur mon évolution patrimoniale sur ma file de présentation), je fais un zoom sur l’univers d’investissement value en France en ce début 2021 et je publie l’intégralité de mon portefeuille français (CTO, PEA et PEA-PME).

Comme ceux qui me lisent le savent, je ne suis pas un grand fan de l’approche value, mais je me soigne je reconnais qu’avoir une poche value dans un portefeuille orienté croissance/qualité comme le mien apporte une diversification factorielle bienvenue et utile, sur le long-terme.

Pour identifier les actions éventuellement sous-valorisées en raison d’"inefficiences de marché" (même si au fond j’ai un doute sur leur importance, considérant les marchés comme plutôt efficients la plupart du temps, sauf exceptions), je regarde les portefeuilles de divers investisseurs value, qui me servent de "chaluts" : chacun est un "filet" ; si un "poisson" (une action sous-valorisée) passe au travers d’un filet, il a a priori peu de chances d’échapper à une dizaine de filets bien placés.

Pour cette pêche value du début d’année 2021, j’ai utilisé les files de portefeuilles sur ce forum, le sondage sur les 5 valeurs préférées pour 2021, les sélections du Jeu The Bull et divers blogs (ici et ), ainsi que les derniers rapports mensuels de 2 fonds value français de référence, Indépendance & Expansion et HMG Découvertes.

Évidemment, il est probable que les niveaux d’efficacité de ces filets soient très variables (comme le sont les niveaux d’expérience dans ce style d’investissement), mais dans un but de détection de dossiers, cet outil me semble suffisant.

Je marque d’une simple croix les dossiers qui sont en portefeuille au 31 décembre 2020, mais j’invite ceux qui veulent creuser les dossiers à étudier les sources primaires, les pondérations des lignes et les explications fournies apportant une valeur ajoutée certaine.

Ma sélection de sources value est évidemment assez arbitraire et loin d’être exhaustive. J’ajouterai éventuellement d’autres sources au fur et à mesure de la publication des portefeuilles. Pour I&E et HMG, j’ai utilisé les derniers rapports disponibles. Pour I&E, l’ensemble des lignes sont indiquées, alors que pour HMG, uniquement le top 10 et les valeurs mentionnées dans le dernier rapport de gestion.

Je calcule un score de "popularité" dans cet échantillon d’investisseurs value, sur la base du nombre d’investisseurs dans cet échantillon qui détiennent une valeur (mais bon, ce n’est pas un concours de beauté…).

Dans cette sélection "value", on retrouve des valeurs que perso je n’appellerais pas "value", comme Unibail, Solutions 30, Prosus ou Eurofins, mais peu importe les étiquettes. On retrouve au fil des ans souvent la même grosse centaine de valeurs appréciées par les investisseurs au style "value" plus ou moins marqué.

Pour chaque ligne, j’indique ensuite ma position (nombre de titres, valeur, PRU, PV/MV) et l’enveloppe de détention (certaines lignes sont détenues dans plusieurs enveloppes, par exemple je détiens Delta Plus dans 3 enveloppes différentes).

Voici ce que ça donne :




Désolé par avance s’il y a des erreurs, merci de me les signaler.

Quelques observations :

- Mon exposition globale à cet univers d’investissement est importante : 105k€, soit 8,5% de mon portefeuille total (c’est plus que ce que je pensais).

- Ma performance sur une durée assez longue de détention de ces valeurs (la plupart achetées en 2017) est médiocre : -4,8k€ (-4%). Cette MV exclut néanmoins les dividendes reçus, qui approcheraient la performance totale de l’équilibre. Par ailleurs, ma grosse perte sur Unibail (une valeur que je n’appellerais pas "value"… en tout cas à 200€ l’action…) est largement responsable de cette mauvaise performance.

- Il y a aussi un problème de point d’entrée : j’ai construit la plupart de ces positions en 2017, quand les small caps value et/ou cycliques étaient à la mode ; beaucoup ont ensuite souffert en 2018-2019, avant de se reprendre en 2020.

- Il y a aussi un aspect de sélection adverse : certaines valeurs sont populaires aujourd’hui chez ces investisseurs value précisément parce qu’elles ont beaucoup baissé ces dernières années.

- Cela dit, si on voulait analyser la performance de l’univers value français depuis 3 ans, il faudrait aussi tenir compte du biais du survivant : certaines anciennes actions populaires chez les investisseurs "value" ont disparu de cet univers parce qu’elles se sont effondrées (par exemple CNIM, sur laquelle je fais -88%… il y a des valeurs discrètes qui gagneraient à ne pas être connues du tout).

- Ma conclusion générale est assez tautologique : l’investissement value fonctionne mieux quand on le pratique selon un style de gestion value, c’est-à-dire en achetant pas cher (ce que j’ai essayé de faire, mais manifestement de façon incompétente) et en revendant plus cher (ce que je ne fais jamais, car je n’aime pas vendre).

- Donc pour mon style de gestion passif (strict buy & hold), il faut sans doute que je sois plus exigeant sur les niveaux d’entrée sur les actions value et/ou cycliques.

- Parmi les actions value françaises aujourd’hui les plus populaires, malgré mon approche "tapis de bombes" du stock-picking, j’ai réussi à louper Hipay, qui a bien performé cette année (mais je n’ai jamais été convaincu chaque fois que j’ai regardé le dossier). Je suis aussi absent des dossiers Gévelot, Txcom, Cofidur, Malteries Franco-Belges, Partouche, Samse et Vicat (par manque d’intérêt pour ces dossiers) et LDC (pour raisons éthiques). Il faut que je me penche sur MG International.

- Malgré une performance médiocre sur cet univers, j’ai quand même enregistré quelques beaux succès, comme Piscines Desjoyaux, Delfingen, Guillin, LDLC, Moulinvest, Trigano, Réalités, Albioma, Delta Plus, Somfy.

- De façon générale, j’ai une préférence pour les dossiers value "higgonsiens" - avec une approche quantitative qui intègre des indicateurs de qualité (rentabilité notamment) - car je crains toujours de récupérer des valeurs médiocres par l’application d’un simple filtre value (sélection adverse).

- Cela dit, je vais peut-être renforcer des dossiers appréciés par des investisseurs davantage deep value, c’est-à-dire très exigeants sur la "décote" (supposée), comme Larbinator. Je vais ainsi peut-être renforcer Burelle.

Au final, je reste convaincu de l’utilité d’un petit "moteur auxiliaire" value pour mon portefeuille, mais je ne prévois pas d’augmenter sa taille dans mon portefeuille global (8,5% actuellement, un peu moins si je nettoie cette sélection de titres que je ne considère pas comme vraiment value).
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Je publie maintenant l’intégralité de mon portefeuille français (EasyBourse), avec ses 3 poches : CTO, PEA et PEA-PME. (Il y a quelques valeurs belges, néerlandaises ou luxembourgeoises - dans ma sélection value aussi, d’ailleurs.)

1) Mon CTO France (300,5k€) est mon portefeuille "historique", créé vers 2010 même si je ne l’ai pris personnellement en main (en y injectant alors 160k€) qu’à la fin de 2016. Air Liquide, BNP, EDF et les OPCVM La Banque Postale sont les lignes historiques. La plupart des autres lignes datent de fin 2016 et 2017, avec très peu de renforcements (hors réinvestissement des dividendes) depuis lors.

Ce portefeuille a une certaine orientation rendement, car il me sert à générer des revenus en € pour couvrir mes frais fixes en France et financer mes dépenses de vie quand je suis sans activité professionnelle (comme pendant 5 mois en 2020). D’où l’importance des foncières, banques, assurances et autres valeurs matures. Évidemment cela a pesé sur la performance récente.

Par ailleurs, depuis mi-2018, j’ai fait le choix stratégique d’orienter l’essentiel de mes flux d’épargne vers mon portefeuille américain (IB). Cela a été le cas aussi pendant le krach de février/mars 2020 : ainsi, je n’ai pas pu saisir cette opportunité pour améliorer mes PRU sur mes portefeuilles français (mais a posteriori c’était le bon choix stratégique).

Globalement, je regrette de ne pas avoir été plus sélectif en 2017 pour ce CTO France, même si l’orientation rendement, délibérée et nécessaire compte tenu de ma situation personnelle d’alors, le justifiait.











2) Mon PEA (116k€) est encore tout jeune : il a été créé à l’été 2017. Il n’a pas d’orientation factorielle ou sectorielle marquée, il manque un peu de "personnalité". Il a beaucoup souffert en 2018, et s’est correctement comporté en 2020. Globalement sa performance est moyenne, proche de celle de l’indice.

Pour mes prochains renforcements sur ce PEA, je vais essayer d’affirmer mes préférences croissance (même si elle est rare sur la cote française) et qualité.






3) Mon PEA-PME (46k€) a le même âge que le PEA (créé à l’été 2017) et a une orientation majoritairement value. Il comprend néanmoins quelques locomotives croissance (Esker), et de jolies valeurs appréciées par tous types d’investisseurs (Thermador, Moulinvest, SII, Delta Plus)… et aussi quelques plantages majeurs (Ymagis).

J’envisage d’effectuer bientôt un renforcement orienté value sur ce PEA-PME, d’où l’exercice de "pêche au chalut" ci-dessus.



Bonne Année 2021 à tous !

Dernière modification par Scipion8 (07/03/2021 03h57)

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#803 03/01/2021 16h12

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Mon voeu de 2021 pour votre portefeuille Français : que tout ce qui est en rouge pour les perfs pâlisse un peu et verdisse quelque peu
Bonne chance


Ericsson…!  Qu'il entre !

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Favoris 1    #804 03/01/2021 18h17

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Bonjour Scipion,

1) Perspectives 2021

Explications et analyses très intéressantes concernant les perspectives 2021 ! Je n’aurai pas été aussi précis sur les pourcentages d’occurrences !

Je vous rejoins sur l’augmentation massive des signes d’achats impulsifs et spéculatifs… le nombre de boursicoteurs n’a jamais été si important en si peu de mois il me semble. On voit même des vidéos de restaurateurs pendant le confinement qui boursicote sur Degiro en montrant qu’ils y gagnent plus qu’avec leur restaurant… on ne peut pas leur en vouloir mais cela traduit bien la réalité…

Les scénarios A et B me semblent envisageables et vous rejoignez d’autres lectures faites ici et ailleurs sur le déclenchement d’une correction sur S2 2021.
En tout état de cause, il me semble plus qu’important d’établir un scénario catastrophe notamment si le portefeuille est exposé au levier (c’est mon cas) car psychologiquement cela est rude… A pondérer avec le coût d’opportunité en cas de prise de gains et d’augmentation de la poche cash pour les munitions en cas de baisse (i.e mars 2020).

2) Benchmark Scipion vs fonds

Je suis bluffé par le fait que vous challengiez des fonds si performants.
Pour JPMorgan F US Technology, la performance étant plus proche de 71% YTD contre 46% pour Goldman Sachs.
Il faudrait aussi préciser la part moyenne pondérée de technologie des 2 fonds est de 47.50% (si l’on fait 50-50), contre 44% pour votre allocation :

- JPM US TECH : 65% technologie , 75 titres (dont quelques titres sont présents chez MS)
- MS Global opportunity : 30% technologie, 41 titres (dont quelques titres sont présents chez JPM)

La performance moyenne pondérée des deux fonds (si 50-50) serait donc d’environ 63% contre 71% pour votre allocation. Il faudrait également retraiter des effets de levier…

La contribution à votre performance de 71% est éclatée ou essentiellement due à votre top 25 valeurs ?

3) Sur le temps passé
Le rapport performance / temps passé est une variable qui m’intéresse de plus en plus.
Je suis également bluffé du temps passé à une telle performance, Bravo. Il faudrait intégrer le temps passé à la modélisation de votre moulinette et à sa mise à jour ?

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[+3]    #805 03/01/2021 19h50

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@Beyle : Quand j’envisage des renforcements de ma poche value, sur un portefeuille majoritairement orienté croissance/qualité, il s’agit bien de diversification factorielle.

C’est un peu du jargon technique, mais on peut distinguer différents types de diversifications :
a) idiosyncratique : il s’agit de diluer le risque pris sur une entreprise donnée -> on le fait en augmentant le nombre de lignes, en définissant un plafond en % du portefeuille pour la taille maximale des lignes etc. ;
b) géographique : il s’agit de diluer le risque pris sur un pays/région donné -> on le fait en investissant dans des pays/régions variés, en définissant un plafond en % du portefeuille pour l’exposition maximale à un pays/région etc. ;
c) sectorielle : il s’agit de diluer le risque pris sur un secteur donné -> on le fait en investissant dans des secteurs variés, en définissant un plafond en % du portefeuille pour l’exposition maximale à un secteur etc. ;
d) factorielle : il s’agit de diluer le risque pris sur un "facteur" donné (croissance, value, dividendes, taille, momentum etc.) -> on le fait en investissant dans des facteurs variés, en définissant un plafond en % du portefeuille pour l’exposition maximale à un facteur etc.

Ainsi, on peut avoir un portefeuille bien diversifié en apparence, avec un grand nombre de lignes et une variété de pays/régions et de secteurs, mais une concentration "cachée" sur un facteur donné : par exemple si l’on applique un filtre (strict) de stock-picking sur un ratio de valorisation (concentration sur le facteur value), le dividend yield (concentration sur le facteur dividendes), la croissance de l’activité (concentration sur le facteur growth) etc.

Une telle concentration factorielle peut être source de performance, mais aussi de risques.

C’est le cas pour mon portefeuille : son nombre de lignes dilue totalement le risque idiosyncratique, il a une diversification géographique correcte (moindre qu’un ETF Monde, néanmoins), mais il a de fortes orientations sectorielles (sur-pondération de la technologique, sous-pondération de l’énergie, par exemple), et plus encore factorielles (forte sur-pondération du facteur croissance): c’est le résultat de mon mode de stock-picking, exigeant sur la croissance de l’activité des entreprises (et beaucoup plus relax sur les valorisations, par exemple).

Cette orientation factorielle est assumée - et c’est elle principalement qui me permet de battre nettement les indices en 2020 - mais j’essaie de la contrôler en ajoutant à mon portefeuille des "moteurs auxiliaires" distributifs (CTO France orienté rendement) et value (PEA-PME principalement).

Je fais ce pilotage de l’orientation factorielle de mon portefeuille au feeling (comme le rat dans Ratatouille quand il ajoute des ingrédients à sa soupe), selon mon appréciation de la situation de marché. Actuellement je considère que le facteur croissance est très bien valorisé aux USA et qu’il vaut mieux que j’oriente mes prochains renforcements vers le facteur qualité, et un peu vers le facteur value (à la fois par une approche GARP, i.e. l’ajout d’un filtre valorisation à mon filtre croissance, et par des investissements dosés sur du value - d’où mon intérêt actuel pour ce facteur).

Les pros font ça de façon beaucoup plus rigoureuse. A terme, j’envisage de mettre en place mon propre outil de pilotage factoriel du portefeuille, voire de le rendre accessible un jour à d’autres (même si IB serait bien mieux placé que moi pour faire ce travail).
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@Job : Merci, effectivement j’ai pas mal de lignes rouges dans mes portefeuilles français depuis la correction de 2018. Mon point d’entrée (2017 essentiellement) était assez défavorable sur beaucoup de small caps. Il faudra qu’elles "reverdissent" toutes seules, car je n’ai pas l’intention de faire de renforcements significatifs en France avant 2022, compte tenu du risque macro/politique. Je prévois d’investir 10-20k€ maximum en France en 2021, surtout sur du value et des valeurs de conviction, déjà bien "vertes" (LVMH, Sartorius Stedim etc.). De façon générale, je suis très exigeant/prudent sur les renforcements à la baisse.
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@Peakykarl : 1) Je n’ai pas de poche liquide servant de réserve d’opportunité pour mes investissements boursiers (je suis toujours investi à 100% ou plus), mais j’ai des fonds € et des liquidités (PEL principalement) pour environ 35% de la taille nette de mon portefeuille boursier. Ces placements sécurisés n’ont pas vocation à être investis en bourse. Ils ont un rôle patrimonial de sécurité (face aux "accidents de vie" heureux ou malheureux), et servent en outre de mécanisme de "coupe-feu" dans un scénario extrême d’effondrement de mon portefeuille : ils me permettraient de revenir d’un coup à un levier 1 (contre 1,19 actuellement sur le portefeuille global), pour éviter un appel de marge.

Cette fonction "assurantielle" est en fait la principale "rémunération" implicite de mes fonds € (bien plus importante que leur rendement devenu durablement bien faible) : avoir cette couche sécurisée suffisante me permet d’être plus offensif dans ma gestion boursière, notamment en phase de krach.

2) Ma gestion est quasi-indicielle et la plupart des gérants professionnels peinent à battre les indices… Mon objectif est juste d’être un peu plus "intelligent" que l’indice, en surpondérant (plus ou moins) les bons secteurs/pays/facteurs, et en sous-pondérant les mauvais, et en essayant de sélectionner des entreprises qui ont une probabilité raisonnable de battre un ETF Monde sur la durée.

Si à chaque instant (à chaque fois que je fais un renforcement) je suis un peu plus "intelligent" que le marché, alors sur la durée je devrais battre l’indice.

Les gérants (réellement) actifs ont une stratégie très différente. Ils sont beaucoup plus sélectifs dans leur stock-picking et cherchent à se différencier de l’indice (alors que moi je regarde constamment ma distance à l’indice, ma "maison", et je me rapproche de la maison quand le loup rôde). Ils gèrent par ailleurs leurs lignes de façon beaucoup plus active : s’ils le font bien, ça peut être très fructueux… mais ce n’est pas facile.

Je suis moins ambitieux et j’essaie juste de mettre en application les bons conseils de Bogle sur la gestion passive - mais avec des titres vifs plutôt que des fonds indiciels - et ceux de Buffett et Lynch sur la sélection d’entreprises de qualité. Je m’en éloigne certainement quand j’investis dans des sociétés d’ultra-croissance trop ambitieusement valorisées ; le retour aux fondamentaux sera mon mantra pour 2021.

S’agissant des contributions des secteurs à la performance totale du portefeuille IB (+70% en 2020) : le secteur technologique a apporté 36 points de performance, soit un peu plus de la moitié. Les entreprises de consommation cyclique (parmi lesquelles IB compte Amazon) ont apporté 13 points, la santé et les valeurs industrielles 6 points chacune.

Si l’on regarde la surperformance 2020 par rapport au S&P500 (+51,5 points), la moitié est due au secteur technologique :

Par rapport à l’indice, j’ai sur-pondéré les secteurs les plus performants et j’ai sous-pondéré les secteurs plus lents en 2020 :

Ma stratégie sectorielle a donc été bonne en 2020. Il serait intéressant de voir la contribution des facteurs croissance et qualité à la performance, mais pour l’instant ce n’est pas disponible sur IB.

S’agissant des contributions des actions à la performance totale, la meilleure illustration de la dilution presque complète du risque idiosyncratique par mon mode de gestion est fournie par cette "heat map" de IB (qui montre la contribution de chaque ligne) :

Au fur et à mesure que j’ajoute des lignes à ce portefeuille, cette heat map devient de plus en plus "fade", car les contributions mêmes les plus importantes d’actions individuelles deviennent presque négligeables. Au début je pensais qu’il y avait un problème technique, et en plus je suis daltonien donc je distingue parfois mal les couleurs, mais en fait cet affadissement de cette heat map est juste la conséquence logique de ma gestion. En plus elle devient illisible - le seul inconvénient de ma diversification extrême ;-)

Sur 539 lignes dans ce portefeuille IB, en 2020 :
- 373 lignes ont eu une contribution positive : les 10 plus gros contributeurs (Amazon, Microsoft, Trade Desk, Peloton, Shopify, Square, DocuSign, Tesla, Alphabet, Apple) ont contribué à +16 points de performance (sur les +70 points de performance totale)
- 59 lignes ont eu une contribution quasi-nulle
- 107 lignes ont eu une contribution négative, au total de (seulement) -5 points

Surtout : la contribution négative des 107 lignes en rouge en 2020 a été entièrement absorbée par seulement 2 lignes (Amazon et Microsoft) ! Donc les 371 autres lignes en vert ont pu contribuer à la performance positive du portefeuille "sans opposition" !

ça montre toute la puissance de ce mode de gestion ultra-diversifié : on peut se planter (et j’ai fait beaucoup d’erreurs, avec 107 lignes en rouge en 2020), mais si l’on est prudent dans la calibration initiale des lignes et dans les renforcements à la baisse (et je le suis vraiment), alors l’asymétrie entre gains illimités et pertes limitées joue à plein.

3) Sur le temps passé, pour moi c’est plus un hobby qu’un fardeau. Et ce mode de gestion me permet de réduire mon investissement analytique au fil du temps, car ma connaissance de la cote progresse et je n’ai plus besoin de regarder les actions que j’ai en portefeuille. Mon effort de recherche se concentre sur un champ de plus en plus réduit de la cote, que j’épuise progressivement.

Je ne suis plus vraiment la cote française et je considère avoir déjà en portefeuille l’essentiel des actions américaines intéressantes pour moi (ma watchlist américaine se réduit rapidement). Ma watchlist européenne est plus fournie et je vais essayer de l’épuiser en 2021. Dans les pays émergents, c’est compliqué de trouver de belles entreprises, ça fait partie de mes chantiers pour 2021.

Mais à moyen terme, j’envisage d’atteindre le point où je ne regarderais plus que les opportunités nouvelles du type IPO (ou rares "oublis" par mon screening).

Dernière modification par Scipion8 (07/03/2021 03h58)

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#806 03/01/2021 20h19

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Bonjour Scipion et encore merci pour vos contributions si transparentes et sis détaillées.

Vous relevez que seulement quelques valeurs vous ont permis de gagner beaucoup de point de croissance (Amazon et Microsoft par exemple). Donc c’est la forte surpondération (environ 30k contre beaucoup de lignes à 1k) de ces valeurs qui a fait la différence ?

- Pourquoi surponderer ces valeurs plutôt que d’autres ?
- Un Etf va surponderer en fonction de la capitalisation, quels sont vos facteurs de surpondération ?
- Diversifier un portefeuille en constituant des lignes de memes poids est il finalement beaucoup moins performant ?

Je vous pose ces questions pour m’aider dans ma réflexion. Je suis entrain de constituer un portefeuille assez diversifié et pour l’instant je me cantonne a des lignes équipondérées pour ne pas avoir de biais psychologique ou prendre plus de risque sur une valeur plutot qu’une autre. Mais je me rend compte qu’ajouter un critere de surponderation pourrait etre envisageable.

Merci


PARRAINAGE : BINCK, DEGIRO, ING, BOURSORAMA, MES-PLACEMENTS.FR - MESSAGE

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[+3]    #807 03/01/2021 22h02

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Bonjour Scipion, félicitation pour votre performance 2020, les actions Growth US ont cartonnés.

Concernant votre stratégie value, j’ai quelques remarques et suggestions.

1. "Value" et "buy and hold" ne font pas bon ménage. En effet, le but inavoué de l’investisseur value et que son titre ne le soit plus, pas de garder ad vitam smile
Plus le temps passe, et plus le titre "value" risque de se transformer en "value trap", "rendement", "growth" (=graal), etc.
Du coup, j’ai bien peur qu’avec le temps, votre poche "value" le soit de moins en moins. Fatalement, le facteur value s’effritera, vous retrouvant avec un portefeuille quelconque suivant très certainement un indice large (= CAC Small OU CAC Mid And Small).

2. Les portefeuilles values sont difficiles à étudier à l’instant T si vous ne connaissez pas la date de prise de position.
En effet, voici les uses cases qui se profilent :
A. L’investisseur value vient de rentrer la position (= conviction du moment)
B. Ancienne position et l’investisseur joue le momemtum à la hausse (= il allège là)
C. Ancienne position et l’investisseur commence à se demander s’il n’a pas à faire à une value trap (=il va bientôt vendre)
D. Ancienne position et l’investisseur reste confiant (=il garde)

Dans les cas A et D c’est bon. En revanche, pour B et C vous êtes à rebours.

3. Une partie de la performance des investisseurs values se fait sur des achats opportunistes d’entreprises connus ou des allers-retours.

Pour synthétiser, je pense que l’investissement value se porte très mal au buy and hold car il requiert un certain dynamisme.

Ma suggestion est la suivante :
1. Utiliser une méthode quantitative gagnante adaptée à votre philosophie (filtre value + quality ?)
2. Ajouter votre filtre de "popularité" pour couper ou modifier le calibrage d’une ligne

Au bout d’un an, deux opérations à mener :
A. Définir la taille (=montant) de la poche selon vos convictions ou stratégie macro
B. Rebalancer toute la poche value (=opérations 1 et 2)

C’est simple, rapide et vous êtes clairement exposé au facteur value. Ma suggestion corrige les remarques 1 et 2, intègre votre score de popularité et vos compétences macro (=stratégie).

Qu’en dites-vous ?

PS: C’est très flatteur de m’avoir ajouté à votre screener maison smile

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[+1]    #808 04/01/2021 11h17

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Bonjour Scipion,
je ne peux que confirmer les propos de Thomas69 : cumuler Value et Buy and Hold me semble être une très mauvaise idée.

Par contre si vous voulez faire du Buy and Hold, ne serait-il pas intéressant de rechercher dans vos tableaux les "fausses" actions values qui sont en réalité plus des actions GARP ?

Si je prends l’exemple d’I&E, une bonne partie de la performance de 2020 doit venir d’Albioma qui selon moi est plus GARP que Value.

D’ailleurs en regardant votre tableau, vos plus grosses PV sont faites sur des actions plutôt GARP que purement Value : Desjoyaux, Graines Voltz, Albioma, Delta Plus, Realites.

Associer GARP et Qualité (selon la définition de W.Higgons) est l’approche qui me parait la plus intelligente pour faire du Buy and Hold.

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[+1]    #809 04/01/2021 11h23

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@Gandolfi : Dans mon approche, la pondération des lignes dépend de 2 critères :
- la pondération des actions dans l’indice de référence (i.e. la capitalisation boursière)
- mon degré de conviction et mon appréciation des risques

Même si je ne le fais pas rigoureusement, je raisonne en termes de "distance à l’indice". Si un GAFAM (par exemple) pèse 3% dans l’indice et qu’il ne pèse que 1% dans mon portefeuille, c’est que je suis "short" cette action par rapport à l’indice. C’est important de garder cela à l’esprit car souvent une sous-performance par rapport à l’indice est le résultat d’une sous-pondération (par rapport à l’indice) des entreprises de grande qualité (comme LVMH en France, les GAFAM et Visa/Mastercard aux USA), quand bien même on aurait ces lignes en portefeuille.

Sur une grosse capitalisation boursière où j’ai un degré assez fort de conviction, je peux ainsi construire une ligne significative assez vite (ça a été le cas pour Amazon et Microsoft), idéalement à l’occasion de corrections générales. Sur des faibles capitalisations où je perçois des risques élevés, je n’hésite pas à sous-calibrer significativement mes lignes (par exemple 500$).

Sur Tesla (une grosse capitalisation), j’avais sous-calibré ma ligne en n’achetant que 2 actions dans un creux (à 250$, pré-split), soit 500$. Depuis le cours a été multiplié par 15. A posteriori, on peut éventuellement penser que ma sous-calibration était une erreur, mais elle était cohérente avec mon process, et mon appréciation des risques sur ce dossier : cette ligne Tesla a ainsi grossi naturellement, "toute seule", sans que je ne la renforce.

Il en est de même pour Shopify, que je trouvais déjà chère au moment de mon achat fin 2018, et dont le cours a été multiplié par 8. Je n’ai fait aucun renforcement : je laisse cette ligne grandir "toute seule", car je considère (comme pour Tesla) qu’il y a un risque important de grosse correction.

En revanche, pour des big caps que je juge très solides et pas sur-valorisées (les GAFAM, Thermo Fisher, Visa, Mastercard, Stryker…), je n’hésite pas à renforcer à la hausse, idéalement lors des corrections générales de marché afin d’avoir un discount.

Prendre la décision stratégique du buy & hold facilite beaucoup la gestion du portefeuille, puisque ça enlève le dilemme de vendre ou non quand les valorisations sont élevées : c’est souvent une erreur de vendre des valeurs optiquement très "chères", car ce sont souvent les valeurs les plus prometteuses, et cela se traduit par une sous-performance. Là encore, ma référence est l’ETF indiciel : lui ne vend jamais (sauf quand une valeur sort de l’indice), et au contraire, à chaque renforcement il accumule toujours plus de valeurs "chères" (bénéficiant d’un momentum) - et sur le long-terme cela donne d’excellentes performances !

Le buy & hold oblige par ailleurs à une saine gestion des risques, car une fois qu’on ajoute une nouvelle position, c’est à perpétuité. Il faut donc calibrer prudemment les lignes au début, et attendre des informations fondamentales pour renforcer ou non.

Quant à l’extrême diversification (gestion quasi-indicielle), elle "déculpabilise" l’achat de valeurs risquées, puisque celles-ci sont dans l’indice de référence !

La combinaison des 2 (buy & hold et gestion quasi-indicielle) permet à mon sens d’atteindre à la fois un bon équilibre performance/risque et aussi un grand confort psychologique. Avec la calibration des lignes, on peut exprimer sa "personnalité" (et éventuellement son talent) de stock-picker, et ainsi accumuler de l’expérience d’analyse fondamentale de stock-picking, par rapport à une gestion 100% ETF.

Pour finir, on peut très bien commencer par un portefeuille équi-pondéré, et ensuite ajuster graduellement les pondérations, en orientant les renforcements sur les valeurs de qualité. C’est exactement ce que je fais.
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@Thomas69 : Merci pour vos idées. Je suis d’accord avec vous sur la difficile compatibilité entre le buy & hold et la gestion value. C’est d’ailleurs probablement mon problème majeur avec le style value : ça me gêne profondément de faire un gros travail d’identification et d’évaluation d’entreprises sous-valorisées, puis de les vendre quand elles décollent enfin. Mon objectif, c’est au contraire d’identifier des entreprises de qualité et de les accompagner aussi longtemps que possible (idéalement ad vitam aeternam). En vendant, j’aurais peur de quitter le navire au moment où il prend enfin la mer, et de louper la plus belle partie de l’histoire…

C’est pour cela que je préfère le value "à la Higgons", avec des critères exigeants sur la qualité des entreprises (ROE, marge nette). Perso je ne considère pas comme value des dossiers comme Delta Plus, SII, Gérard Perrier, Thermador, Trigano, Albioma, voire d’autres perçus comme plus value comme Moulinvest ou Piscines Desjoyaux : pour moi ce sont de jolies entreprises que je serais ravi d’accompagner toute ma vie, idéalement. Je n’ai vraiment pas envie de les vendre, ni maintenant, ni demain, quand bien même leur cours aurait doublé.

Fondamentalement, je doute aussi de la capacité d’une gestion active (value ou autre) à battre la gestion passive, sur la durée. Chaque vente entraîne un frottement (coûts de transaction, fiscalité) : ce sont des petites pertes (en PEA), mais en les accumulant sur la durée ça peut faire une grosse différence. J’ai une bonne résistance psychologique aux moins-values importantes, mais j’ai horreur des pertes certaines et je cherche à les éliminer par tous les moyens (c’est l’une des raisons de ma préférence pour une gestion quasi-indicielle en titres vifs plutôt qu’en ETF).

Ajouter une petite poche value dans mon PEA et PEA-PME, avec une gestion dynamique comme vous le proposez est une piste possible, mais ça se heurte à ces préférences (ou préjugés ?) fortement ancrées chez moi.

3 autres pistes possibles à mon sens :

1) ajouter un filtre value (assez relax) à mes filtres croissance & qualité, pour donner une touche GARP à mes renforcements de portefeuille

2) raisonner par rapport à l’indice (qui, lui, détient des actions value en buy & hold !) et renforcer éventuellement (en buy & hold) la proportion de mes lignes value pour exprimer une différence factorielle par rapport à l’indice

3) acheter des OPCVM value (I&E, HMG) (en buy & hold), déléguant ainsi le process de gestion dynamique des lignes à un gestionnaire ("cachez ces ventes que je ne saurais voir !")

Je vais probablement combiner ces 3 approches cette année, a priori de façon significative (en % de mes renforcements) pour (1), et plus limitée pour (2) et (3) (peut-être 10k€ pour chacune de ces 2 stratégies).

Dernière modification par Scipion8 (07/03/2021 03h59)

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#810 04/01/2021 11h27

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Si j’approuve pour l’essentiel le post de Thomas, je vais quand même tempérer un peu, notamment la phrase de Zig "cumuler Value et Buy and Hold me semble être une très mauvaise idée" qui me parait trop radicale.

Le value n’empêche pas la rentabilité. La rentabilité n’exclue pas l’absence de croissance. Donc on peut être value et rentable sans être GARP. Même si ce n’est pas la majorité, on peut donc garder une société value longtemps.

Exemple que j’ai en tête : cofidur. Avec un FCF yield de 15-25 %/an et un cours qui ne décolle pas, je n’ai aucune raison de vendre, c’est pourquoi je possède l’action depuis 8 ans.

Edit suite post Scipion :

Scipion a écrit :

Fondamentalement, je doute aussi de la capacité d’une gestion active (value ou autre) à battre la gestion passive, sur la durée.

Comment expliquez-vous que certains gérants et certains particuliers battent les indices à long terme, et pas de façon négligeable ?

Dernière modification par JeromeLeivrek (04/01/2021 11h31)

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[+1]    #811 04/01/2021 11h30

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Scipion8 a écrit :

Cela dit, mon portefeuille IB est en EUR, alors que le S&P500 et les 2 fonds sont en USD. L’effet de change a été très négatif pour moi en 2020 (environ -9%), ce qui compense en partie l’impact du levier.

Bonjour Scipion8, que pensez-vous de l’utilité du hedge sur le dollar pour l’année qui vient ? L’avis général semble être que le dollar va continuer à s’affaiblir courant 2021 à cause de la Fed. Cependant se couvrir maintenant qu’une grosse baisse a déjà eu lieu peut aussi faire manquer une remontée…

Je serais intéressé par votre avis et votre stratégie de portefeuille en terme de hedging comme vous êtes expert sur les actions des banques centrales et leurs effets

Dernière modification par xoxo (04/01/2021 12h26)

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[+1]    #812 06/01/2021 00h04

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Bonjour,

Je réponds avec quelques jours de retard.

Scipion8, le 29/12/2020 a écrit :

Si vous exigez de tous les forumeurs une rigueur académique, alors il n’y a plus de forum.

Vos posts ne sont pas du meme type que les autres. Ils sont de type professoral.

Scipion8, le 29/12/2020 a écrit :

Mes posts sont trop longs (c’est encore le cas pour celui-ci), et vous voudriez que je les rallonge encore ?

Vous confondez précision et longueur.

Scipion8, le 29/12/2020 a écrit :

Les dépenses publiques à l’occasion de la pandémie ont été engagées pour sauver des vies ET pour limiter les dégâts pour l’économie.

Vous n’avez pas compris mon point 1.

Scipion8, le 29/12/2020 a écrit :

Je suis bien d’accord sur le fait qu’un événement initial super-contaminateur peut changer significativement la dynamique de l’épidémie dans un pays, mais pourquoi diantre considérer implicitement, comme vous le faites, que l’existence ou non d’un tel événement dans un pays est simplement le fruit du hasard, plutôt que de décisions appropriées ou non des autorités ?

Vous insinuez qu’à la même époque, l’Allemagne a empêché/controlé les rassemblements d’aussi grande ampleur que celui des évangélistes ? Ou alors vous n’avez pas lu le post de Geronimo ?

Votre (long) post, comme souvent vos réponses aux critiques, est une leçon de rhétorique : un certains nombre d’évidences, avec lesquelles tout le monde ne peut qu’être d’accord, si possible en gras, afin d’emporter l’adhésion de la majorité. La ficelle est trop grosse, j’ai lu Schopenhauer !

Bonne année.

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[+7]    #813 06/01/2021 09h03

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Schopenhauer ? (Un lien vers un résumé synthétique, quoiqu’un peu simpliste, de l’ouvrage auquel il est ici fait allusion.)

Attention, car voici une arme à double tranchant…

JeromeLeivrek a écrit :

Vos posts ne sont pas du même type que les autres. Ils sont de type professoral.

JeromeLeivrek a écrit :

Vous confondez précision et longueur.

JeromeLeivrek a écrit :

Vous n’avez pas compris mon point 1.

"Faire glisser les arguments sur un terrain personnel."

"Faire en sorte que votre adversaire soit en colère (une personne en colère est moins à même d’utiliser son jugement)."

JeromeLeivrek a écrit :

Vous insinuez qu’à la même époque, l’Allemagne a empêché/contrôlé les rassemblements d’aussi grande ampleur que celui des évangélistes ?

"Étendre et exagérer les propos de votre adversaire."

"Utiliser une contre-proposition absurde à l’argument de votre adversaire et l’assimiler à son argument."

JeromeLeivrek a écrit :

Votre (long) post, comme souvent vos réponses aux critiques, est une leçon de rhétorique : un certains nombre d’évidences, avec lesquelles tout le monde ne peut qu’être d’accord, si possible en gras, afin d’emporter l’adhésion de la majorité.

"Jeter la suspicion sur votre adversaire en lui prêtant des motifs inavouables."

wink

Dernière modification par Ours (06/01/2021 09h05)

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[+1]    #814 06/01/2021 09h42

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Scipion a écrit :
Fondamentalement, je doute aussi de la capacité d’une gestion active (value ou autre) à battre la gestion passive, sur la durée.

Ah bon?  Et Buffett (par exemple) sur 70 ans?

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#815 06/01/2021 12h19

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Marcopolo, même si je partage votre avis, le cas Buffett n’est pas une preuve. Sur des millions d’investisseurs la probabilité qu’un Buffett  émerge est loin d’être nulle. En plus il bat le marché oui, mais pas à la loyale, il faudrait tenir compte du levier, de ses ventes d’options,  de ses opérations d’arbitrages,  etc…
Il est très probable que son rendement extraordinaire soit juste le fait d’un risque plus élevé et d’une part de hasard.

Dernière modification par JohnGaltTagart (06/01/2021 12h22)

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#816 06/01/2021 12h21

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Buffet lui-même conseille la gestion indicielle, comme l’avait fait avant Graham dans l’Investisseur intelligent.

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#817 06/01/2021 12h29

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Il n’y a pas que Buffett qui batte le marché à long terme. Il y a même une file de 13 pages pour ça : Gérants actions faisant 20% nets sur le long terme (Ackman, Einhorn, Loeb, Mittleman…) ?

Il y a aussi des particuliers. Vous pouvez en trouver ici ou , mais en cherchant bien vous en trouverez ailleurs.

BrisePif a écrit :

Buffet lui-même conseille la gestion indicielle, comme l’avait fait avant Graham dans l’Investisseur intelligent.

Ouaip (pour les investisseurs passifs) mais ni lui ni Graham n’ont jamais dit que personne ne pouvait battre le marché sur le long terme.

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Favoris 1   [+6]    #818 06/01/2021 12h39

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Perso, j’essaie de voir le monde dans sa complexité et je pense que ceux qui veulent le simplifier à l’outrance, en gommant toutes ses nuances, se condamnent à l’échec :

1) De mon point de vue, on peut appliquer certains principes de la gestion passive sans pour autant appliquer une gestion 100% indicielle. Pour moi, quand Buffett garde ses actions Coca Cola pendant 50 ans, c’est de la gestion passive - certainement pas de la gestion active. Idem quand il maintient toutes ses positions pendant un krach. La gestion purement passive (100% indicielle buy & hold) et la gestion purement active (par exemple day-trading) ne sont que 2 extrêmes, et entre les 2, plein de possibilités existent, probablement supérieures aux extrêmes.

2) De mon point de vue, ma gestion, buy & hold et quasi-indicielle (diversification extrême), peut être catégorisée dans la gestion passive, même si elle se distingue du 100% indiciel. Le choix stratégique de tel ou tel facteur, selon l’environnement macroéconomique (par exemple la préférence pour les valeurs de croissance dans un environnement de taux ultra bas), est une dimension active d’une gestion essentiellement passive.

3) De mon point de vue, cette gestion imparfaitement passive est adaptée au niveau imparfait d’efficience des marchés. Les marchés sont globalement efficients, et de plus en plus compte tenu de la baisse des frais de transaction, de l’accès facilité aux marchés mondiaux pour des investisseurs partout sur la planète, de l’accès gratuit, via internet, à une masse de données, du rôle des robots arbitragistes tirant parti bien plus efficacement que les humains de la moindre inefficience etc. Le niveau d’efficience des marchés actuels n’a rien à voir avec celui des marchés dans lesquels Buffett a débuté (ce qui pourrait expliquer que sa surperformance se soit érodée ces dernières décennies).

Ce qui n’a guère changé depuis la bulle des tulipes, en revanche, ce sont les mouvements réguliers d’euphorie et de panique, dont un investisseur calme et discipliné comme Buffett sait très bien tirer parti.

L’efficience des marchés varie ainsi au cours du temps, ce qui justifie à mon sens d’intégrer une dimension active dans une gestion essentiellement passive : c’est ma stratégie (que j’ai implémentée en février/mars 2020 quand les marchés s’affolaient, en renforçant massivement mon portefeuille).

L’efficience des marchés varie aussi selon la nature des informations : de mon point de vue, les informations comptables sont généralement correctement pricées (micro-efficience), alors que les risques macros (par exemple une pandémie) sont souvent très mal compris/pricés (macro-inefficience). En conséquence, la dimension active de ma gestion vise essentiellement à tirer parti des macro-inefficiences, par des choix sectoriels, factoriels ou géographiques, plutôt qu’idiosyncratiques.

Si j’ai raison sur ces 2 points (des marchés globalement efficients, avec des phases d’inefficience + des marchés micro-efficients mais macro-inefficients), alors ma gestion battra l’indice sur la durée.

4) La surperformance de Buffett s’explique largement par le choix des bons facteurs au bon moment (qualité/value). Ben Felix a fait une bonne vidéo là-dessus (le dernier tiers de la vidéo est consacré à cette analyse de la surperformance de Buffett) :

Perso, je trouve que c’est une opposition assez spécieuse d’opposer compétence de stock-picking et compétence factorielle : pour moi, le bon stock-picker est celui qui est capable de reconnaître les facteurs dans les profils des entreprises, et de choisir les bons facteurs au bon moment. Buffett a manifestement fait cela très bien : le choix d’entreprises de qualité à un prix assez bas était sans doute la meilleure stratégie pendant les dernières décennies du 20e siècle. Peut-être même que ça reste la meilleure stratégie sur la durée - je n’en sais rien.

A mon petit niveau, c’est aussi ce que j’essaie de faire : je sélectionne des entreprises qui correspondent aux facteurs qui me semblent les plus adaptés à l’environnement macro, pour les décennies à venir (à mon sens : qualité/croissance). Si j’ai raison dans ce choix de facteurs, et si je ne me trompe pas dans la sélection des entreprises pour exprimer ces facteurs (des erreurs sont possibles à ces 2 niveaux : stratégique et tactique), alors je devrais battre les indices sur la durée.

C’est une gestion essentiellement passive avec une dimension active - comme Buffett. La différence étant que Buffett, évidemment bien plus compétent pour identifier les inefficiences de marché et pour sélectionner les entreprises, peut se permettre de concentrer son portefeuille. Faute, pour l’instant, de ces compétences, j’applique une stratégie quasi-indicielle, mais avec la même logique sous-jacente pour générer de la surperformance : m’exposer aux bons facteurs. S’il apparaît que je deviens plus compétent au fil du temps, je concentrerais graduellement mon portefeuille. S’il apparaît au contraire que je ne suis pas compétent, je réduirais graduellement ma distance à l’indice.

En tout cas, les investisseurs qui peuvent battre durablement l’indice avec un portefeuille concentré sont très rares (cf. la vidéo de Ben Felix). Dans le cas d’amateurs, j’ai tendance à penser qu’ils n’ont pas "joué" assez longtemps et qu’il s’agit (généralement) d’une illusion de compétence.

Cela dit, je ne nie pas que certains compartiments très particuliers du marché (nano caps) soient bien plus inefficients que d’autres, et je comprends qu’on soit tenté d’y jouer. C’est un hobby comme un autre. Pour ma part, ma gestion boursière est un pilier fondamental de ma construction patrimoniale, et il est essentiel pour moi de gagner (peu ou prou) la performance de l’indice sur la durée - donc je ne m’éloigne de l’indice qu’avec prudence.
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@JeromeLeivrek : Bonne année. Si vous trouvez que mes posts sont "de type professoral", je prends ça comme un compliment. C’est sympa, même si ça me met une responsabilité assez écrasante à chaque fois que je veux exprimer quelque chose. Sur certains sujets, j’ai une compétence professionnelle ; sur d’autres, je ne suis qu’un amateur curieux ; sur d’autres enfin, je peux complètement me tromper.

Idem pour la forme : l’idéal pour tout le monde (aussi pour moi), ce sont des messages clairs et concis. J’essaie souvent, j’y arrive rarement. Perso comme lecteur je n’aime pas trop qu’un message laisse beaucoup de questions ouvertes, donc j’ai un biais en faveur de messages "fire & forget", plus longs voire exhaustifs, qui déteint forcément sur mes messages ici.

Sur le fond, si je devais estimer l’efficacité des réponses publiques à la pandémie, j’aurais un modèle avec 2 variables expliquées (PIB et morts) et bcp de variables explicatives (densité, démographie, prévalence des comorbidités, équipements hospitaliers, habitudes sociales, communication des autorités sur les risques, confinements, tests, port du masques etc.). On verra ce qui est publié (je partagerai à l’occasion des publications académiques que je reçois). En tout cas ça me surprendrait beaucoup que la France en ressorte comme un exemple : perso, sans économétrie, ce qui me semble clair, c’est une gestion incompétente à répétition sur tous les sujets (communication initiale sur les risques, tests, port du masque, vaccination…).

Je soutiens absolument que les pays qui ont manifestement le mieux géré cette pandémie sont ceux qui ont pris précocement des mesures fortes dans (i) la mise en garde de la population et (ii) les restrictions dans les comportements sociaux (et bien sûr d’autres aspects clefs comme la politique de test et le port du masque). Taïwan en est un bon exemple, pendant que chez nous le Président s’affichait au théâtre et que la foule parisienne se délassait le long du canal Saint-Martin.

L’ambiance Folleville / drôle de guerre, largement prévalente chez nous en février/mars, a manifestement aggravé la pandémie (et à nouveau aujourd’hui avec le choix délibéré d’une lenteur extrême dans la vaccination), mais attendons post mortem que les modèles nous le confirment. Par ailleurs, d’autres pays (la Chine, la Corée du Sud, le Japon) ont été touchés plus précocement que nous, mais ont réussi à stopper/freiner l’épidémie par des mesures décisives. Comme dit, si l’on veut montrer que la gestion de cette crise a été performante en France par rapport à celle des autres pays, il va falloir être très créatif dans la torture des statistiques.

S’agissant de l’usage du "en gras", c’est une déformation professionnelle : c’est le style caractéristique de mon employeur : je dois rédiger tous mes rapports sous forme de paragraphes assez courts commençant toujours par une phrase clef en gras.

Quant à l’usage de la rhétorique, vous me surestimez : je me contente d’exprimer ce que je pense, je n’use de rhétorique que quand j’ai tort, c’est-à-dire jamais ;-) (je plaisante)
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
@xoxo :

1) Je pense qu’il est généralement illusoire d’essayer de prédire l’évolution des taux de change. Empiriquement, la méthode de prévision la plus performante pour les taux de change est la prédiction "naïve" (taux de change de demain = taux de change d’aujourd’hui). Même en ayant raison sur les scénarios macros, les actions des banques centrales etc., on peut se tromper complètement sur l’évolution du taux de change, car le taux de change est la résultante de maints facteurs : la politique monétaire, la politique budgétaire, la balance des paiements, la croissance relative dans les 2 zones considérées, les flux de portefeuilles etc.

2) Actuellement, je m’intéresse à la remontée des anticipations d’inflation aux USA et en zone euro :

- aux USA, les anticipations d’inflation à long-terme, déduites des cours des Treasuries indexés sur l’inflation, sont remontées rapidement, et sont désormais proches de la cible d’inflation de la Fed (2%). L’indicateur sur ce graphique n’est pas celui que préfère la Fed (les anticipations d’inflation à 5 ans dans 5 ans), il vaudrait que je voie aussi celui-là, mais si les anticipations d’inflation continuent de monter, ça devrait conduire la Fed à réduire le rythme de son QE, voire à terme à remonter ses taux. Cela dit, la Fed semble disposée à accepter un léger dépassement de sa cible par les anticipations d’inflation, en tout cas tant que l’économie US reste impactée par la pandémie. Mais ça reste un indicateur crucial pour anticiper les prochaines décisions de la Fed (qui auront un impact sur le dollar).

- en zone euro, les anticipations d’inflation remontent aussi, mais restent bien en deçà de la cible d’inflation de la BCE (2%) : a priori, j’imagine que cela se traduira par un QE plus durable en zone euro qu’aux USA, mais savoir quelles en seraient les implications pour l’EUR/USD est difficile, car il faut savoir ce qui est déjà pricé (il est très probable que le marché price déjà un QE plus durable par la BCE que par la Fed - toute la question étant à quel point).

3) Perso, je ne couvre pas mon risque de change, et j’ai tendance à considérer que craindre le risque de change est une bonne indication d’un risque boursier excessif et/ou d’une mauvaise diversification géographique du portefeuille. Le risque de change peut faire varier la valeur en € d’un portefeuille 50% € / 50% $ (par exemple), bon an mal an, de +/-10%. Quand on investit en bourse, on doit être capable d’encaisser des corrections indicielles de 50%. Donc je me pose des questions sur la capacité psychologique de ceux qui souffrent actuellement de la montée (très graduelle) de l’EUR/USD à encaisser un krach - tout à fait possible dans l’environnement actuel de forte valorisation des indices… Au contraire, je trouve que savoir encaisser sans broncher le risque de change est un bon "entraînement" à encaisser les corrections boursières, bien plus violentes.

4) J’ai horreur des pertes certaines et je fais tout pour les éviter, ce qui m’incite à refuser le principe de la couverture (nécessairement coûteuse). Que certains veuillent couvrir leur portefeuille boursier (par exemple contre le risque de change), c’est un choix, mais perso si j’investis en bourse c’est pour prendre des risques et pour me les faire rémunérer. J’assume donc pleinement le risque indiciel et le risque de change, et je ne les couvre pas. En revanche, je mets beaucoup de soin à maintenir une diversification suffisante de mon patrimoine - la meilleure protection contre les risques boursiers et de change, à mon avis.

5) Je considère le risque de change comme très modéré sur le long-terme, et, investisseur de long-terme, je ne me laisse pas troubler par des fluctuations de court-terme. Un investisseur européen qui est actionnaire de Mastercard ou d’Amazon depuis 20 ans vit à mon avis très bien le risque de change : si j’investis à l’étranger, c’est pour y trouver des actions de grande qualité, rares en France, qui vont m’apporter une performance énorme sur la longue durée, rendant dérisoires les quelques points de pourcentage gagnés ou perdus en raison du taux de change. Que l’EUR/USD monte ou baisse en 2021, cela ne va rien changer à la valeur de mon portefeuille (buy & hold) en 2050 - qui est la seule chose qui m’intéresse. Aucune raison de couvrir ce risque : les fluctuations de l’EUR/USD ne changent pas la valeur intrinsèque de mes actions américaines (ou à la marge, en pénalisant ou en favorisant éventuellement les exportateurs).

6) En revanche, je pense qu’il est pertinent d’utiliser les fluctuations du taux de change comme un moyen pour gagner un peu en performance. Je trouve pertinent, par exemple, de moduler les pourcentages d’allocation géographique pour les renforcements en Europe et aux USA, selon l’évolution de l’EUR/USD, afin de tirer parti de la zone rendue moins "chère" par ces fluctuations. (Par exemple : en dessous de 1,10, orienter les renforcements à 75% vers la zone euro et à 25% vers les USA ; l’inverse en dessus de 1,30 ; et 50/50 entre 1,10 et 1,30 - ce n’est qu’une illustration.)

Dernière modification par Scipion8 (07/03/2021 04h00)

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#819 06/01/2021 12h42

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Ce qui serait marrant ce serait de coter des swaps de performance entre Berskhire et le s&p500. Ca donnerait une idée de ce qu’en pense le marché :-)

edit : je répondais à JL

Dernière modification par Yonz (06/01/2021 12h44)

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#820 06/01/2021 12h55

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Juste une précision car je ne voudrais pas qu’on croit que j’ai dit ça :

Scipion8 a écrit :

Comme dit, si l’on veut montrer que la gestion de cette crise a été performante en France par rapport à celle des autres pays

J’ai dit dans mon post que justement je m’abstiens d’avoir une position au sujet de la performance de la France dans la gestion de la pandémie.

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#821 06/01/2021 15h52

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Pour JohnGaltTagart (et Scipion)

Marcopolo, même si je partage votre avis, le cas Buffett n’est pas une preuve. Sur des millions d’investisseurs la probabilité qu’un Buffett  émerge est loin d’être nulle. En plus il bat le marché oui, mais pas à la loyale, il faudrait tenir compte du levier, de ses ventes d’options,  de ses opérations d’arbitrages,  etc…
Il est très probable que son rendement extraordinaire soit juste le fait d’un risque plus élevé et d’une part de hasard.

Ce que vous mentionnez est exact (levier du à l’’insurance float’, et options et arbitrages mais ces deux dernier sont marginaux en % de assets).

Mais vous oubliez trois facteurs importants.

1) La taille de BRK et Buffett a mentionné de nombreuses fois que c’était un handicap majeur.
2) Les impôts dus par BRK qui est une société soumise à l’IS.
3) La magnitude de la surperformance sur 70 ans

Aussi sur le risque plus élevé c’est inexact, ce que l’on peut calculer facilement avec un écart type par exemple.  Aussi, le bilan de BRK est sans doute le plus solide de toutes les actions en bourse entre le volume des fonds propres, la diversification des lignes, et la sincérité de la comptabilité.

Et comme dit JeromeLeivrek, il y a une file sur les gérants qui performent et que je devrais mettre à jour surtout que c’est moi qui en est à l’origine!

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[+3]    #822 10/01/2021 12h29

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Bonjour,

Très bon début d’année boursière, pour mon portefeuille comme pour les indices - même si à mon sens ce rythme un peu trop rapide augmente le risque d’une correction à venir. Mon portefeuille IB, porté par les valeurs de croissance américaines et chinoises, surperforme déjà, alors que mon CTO français, plus défensif, sous-performe légèrement :

J’ai fait quelques renforcements sur des valeurs de croissance, parfois assez risquées/spéculatives, pour assainir ma watchlist de valeurs de croissance qui manquaient encore à mon portefeuille et constituaient d’éventuels "trous dans la raquette". Compte-tenu de ces risques, j’ai sous-calibré la plupart de ces lignes :

- dans le secteur de la santé et du bien-être : Alphatec (chirurgie de la colonne vertébrale), Beam Therapeutics (édition génomique), Berkeley Lights (manipulations cellulaires), Bellring Brands (nutrition/protéines), Castle Biosciences (tests/diagnostics), Fate Therapeutics (traitements contre le cancer), R1 RCM (services de paiement pour les hôpitaux), Bioanalytical Systems (CRO)

- dans le secteur des énergies renouvelables : Canadian Solar, Eos Energy (batteries), Gibraltar Industries (rénovation énergétique des logements, serres), Aspen Aerogels (isolation), FuelCell (piles à combustible) (merci à CroissanceVerte pour certaines idées dans cette liste)

- dans le secteur technologique : Vuzix (réalité virtuelle), Izea Worldwide (marketing), Nano Dimension (impression 3D)

J’espère avoir à peu près fini mon criblage des valeurs de croissance américaines. Pour mes prochains renforcements, je prévois de renforcer des valeurs avec un profil GARP. J’envisage notamment un gros renforcement sur Berkshire Hathaway, dont je pense qu’elle pourrait mieux résister à la correction prochaine que les indices, voire en profiter.
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Pour essayer d’améliorer mon stock-picking, je pense important de faire le point de temps en temps sur mes plus gros échecs, pour tenter d’en tirer les leçons. Je fais donc un zoom sur ma liste de "désastres", des valeurs en rouge vif dans mon portefeuille, avec une moins-value de 50% ou pire (cela exclut les dividendes perçus). Pour chaque valeur, j’identifie la méthode ou les biais "responsables" de mon achat :

Au total, ces "désastres" représentent actuellement 40 lignes (soit 4,5% de mon nombre total de lignes en portefeuille), une valeur résiduelle de 17k€ (soit 1,3% de la taille du portefeuille), et une perte latente agrégée pas négligeable de 33,5k€ - sur une période de 4 ans de stock-picking (depuis ma prise en main de mon portefeuille, fin 2016). La perte latente réelle est un peu plus faible si l’on tient compte des dividendes perçus sur ces valeurs (notamment sur des valeurs de rendement comme Unibail, EDF ou Lebon - versement d’un gros dividende exceptionnel).

A ces 40 lignes, il faudrait ajouter 3 actions que je n’ai plus en portefeuille, et sur lesquelles j’ai fait des pertes totales ou quasi-totales (environ 2k€ au total) : Patisserie Valerie (fraude comptable = perte totale), Luckin Coffee (fraude comptable + delisting aux USA = -95%), Katanga Mining (retrait de la cote à prix cassé).

Évidemment, la conjoncture de marché très favorable a réduit le nombre de mes "désastres" en portefeuille, la remontée (notamment depuis novembre 2020) de certaines small caps bien "massacrées" en ayant fait passé un bon nombre en deçà du seuil de moins-value de 50%. J’ai eu quelques retournements spectaculaires, d’anciens "désastres" se transformant en poules aux œufs d’or, comme LDLC et Nio.

Globalement, j’ai le sentiment d’une amélioration continue dans mon stock-picking, reflétée par une nette diminution de mon taux de "désastres", beaucoup plus faible aux USA (seulement 4 gros plantages sur près de 500 lignes, depuis que j’investis, à la mi-2018), par rapport à l’Europe (tous mes plantages y datent de début 2018) et à la France (2017). Cela dit, il y a des biais résultant d’une conjoncture très favorable aux valeurs de croissance (mes principales cibles aux USA) et aussi d’un horizon d’observation plus court aux USA par rapport à la France : beaucoup de mes entreprises en portefeuille devraient périr tôt ou tard, donc la "démographie" de mon portefeuille devrait naturellement allonger ma liste de "désastres" au fil du temps.

Un avantage de ma méthode de gestion est un effet d’apprentissage rapide : en 4 ans, je pense avoir commis à peu près toutes les erreurs possibles et imaginables dans le stock-picking : biais régionaux / professionnels / sectoriels, mauvaise compréhension des business models, investissements "loterie" (biotechs, drones), appât pour un dividend yield élevé, value traps, "couteaux qui tombent", mauvais timing sur des valeurs cycliques, suivi des modes du moment sans faire attention aux fondamentaux, FOMO, momentum aveugle aux fondamentaux etc.

Le coût de cette "formation" s’élève pour l’instant à 33k€, ce n’est pas donné ;-) Sur mes derniers plantages, j’ai néanmoins réussi à limiter les dégâts par la sous-calibration initiale des lignes, quand je percevais les actions comme risquées.

Quelques-uns de mes plus beaux ratés au ralenti, avec le timing de l’achat et mes commentaires sur les forums au moment de l’achat :



Un de mes derniers plantages, avec un timing magnifique :

Ce qui me frappe à la lecture de mes commentaires au moment de ces achats, c’est qu’à chaque fois je percevais des signaux d’alerte (profitabilité irrégulière, mauvaise performance boursière, réplication d’un trade vu sur les forums sans vérification des fondamentaux, tentative de "surf" sur une bulle), mais j’ai consciemment choisi de les ignorer. A la fin, il faut payer l’addition de ces aveuglements…

En revanche, je suis satisfait de ma gestion globalement correcte des calibrations initiales (= sous-calibration quand l’action est perçue comme risquée) et des renforcements (= quasiment aucun renforcement à la baisse dans cette liste de "désastres").

Dernière modification par Scipion8 (07/03/2021 04h01)

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[+2]    #823 10/01/2021 12h41

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Sur vos cycliques certes vous êtes sûrement rentré trop tôt mais certaines ont un bon potentielle (Haulotte, Plastivaloire, etc).
Par contre il faudra ressortir dans la phase haute, a moins qu’elles se transforme en autre chose que des cycliques. Ce qui ira contre votre process initial de ne pas vendre.

Je me demande par contre de la pertinence d’inclure des cycliques dans votre portefeuille "coffee can" où vous ne vendez jamais.

Dernière modification par blackfalcon (10/01/2021 17h00)


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[+1]    #824 10/01/2021 15h27

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Sur certains de vos désastres, j’ai fait la même erreur que vous (Aurelius, Showroomprivé, U10, renforcements sur Tivoly alors que j’avais payé très peu cher ma position initiale).
Mais je pense que la raison pour laquelle vous traînez encore une telle liste et qu’elle vous a coûté aussi cher, c’est parce que vous refusez de vendre. Or, sans être un papillon, je pense qu’il ne faut pas hésiter à simplement couper ce qui ne marche pas ; on a le droit d’avoir eu tort (ou raison trop tôt comme LDLC). Rien n’empêche d’y revenir par la suite si le titre revient à meilleure fortune.

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#825 11/01/2021 08h03

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Bonjour

Aurelius le l’ai aussi en portefeuille (en MV évidemment). Sur le fond, il s’agit d’une société de participation dans des entreprises industrielles, généralement cycliques. Logiquement, le choc sur les marchés en 2020 a fait baisser le titre. Même topo que Eurazeo ou Wendel en France.

Mais le problème majeur vient du fait que Aurelius a déjà fait l’objet de deux attaques shortistes qui mettent en cause la comptabilité de la boite et lui reprochent d’être un peu trop créatif dans la valorisation des actifs et participations détenues. Et le titre ne s’en remet pas !

Difficile de dire s’il y a du vrai dans tout ça, mais c’est très pénalisant si le titre ne remonte pas. Espérons que la mauvaise presse se dissipera en 2021 smile

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