Le cygne noir de Nassim Nicholas Taleb
J’en ai fini la lecture et vous propose dans ce billet ce que j’en ai retenu (et non un résumé objectif). Les exemples sont parfois les miens.
Le livre est un pavé, mais il est écrit à l’américaine, c’est-à-dire peu structuré et avec de nombreux exemples. Il y a aussi de nombreuses digressions et répétitions.
Nassim Nicholas Taleb est un ancien trader spécialiste en finance quantitative et un essayiste passionné d‘épistémologie.
Il a donc deux visions et c’est ce qui rend son livre intéressant.
Cygne noir
Nassim appelle cygne noir un événement improbable, non anticipé et à fort impact (par rapport au domaine considéré).
Il y a des cygnes noirs négatifs, comme une crise économique, les attentats du 11 Septembre, la faillite d’Enron, etc.
Et des cygnes noirs positifs, comme le succès d’un livre ou d’un film, une découverte bio-technologique inattendue ou une rencontre inattendue qui bouleverse votre vie.
Scalable, non scalable
Il est des “choses” qui sont scalables, c’est-à-dire extensibles et non soumises à des contraintes physiques (ou tellement grandes qu’on peut les considérer non contraignantes) : le nombre de lecteurs d’un livre, d’un fim, le nombre de ventes d’une application iPhone ou la renommé d’une personne.
Cela s’oppose au non scalable, ou non extensible, soumis à des contraintes physiques : la taille, le poids des individus ou encore les revenus d’un plombier, d’un dentiste (une journée n’a que 24 heures).
Extremistan, Mediocristan
Ces deux termes de Nassim vont regrouper les deux notions scalable et non scalable.
En “Mediocristan”, dans le cas de variables non scalables, l’analyse statistique par la loi normale gaussienne fonctionne bien, les notions de moyenne, d‘écart-types, corrélations, régression, linéarité, etc. ont du sens, et un individu ne peut pas “fausser” l‘échantillon.
Par exemple, si on prend 1000 personnes, le poids moyen sera peut-être autour de 75 kg, et même si on ajoute le plus gros obèse de la terre en 1001e, la moyenne ne va quasiment pas bouger.
En “Extremistan”, dans le cas de de variables scalables, cela ne fonctionne plus.
Par exemple, si on prend 1000 français, la moyenne des revenus annuel sera peut-être 15 k€, mais si on y a ajoute un 1001e français et que c’est Liliane Bettencourt, la moyenne va passer à peut-être 15 M€ et perd son sens.
En Mediocristan il n’y a pas de cygnes noirs. En Extremistan il y a des cygnes noirs.
Extremistan et mondialisation
D’après Nassim, du fait de la mondialisation et la globalisation, le monde est de plus en plus du type Extremistan avec des effets cumulatifs, aléatoires et de concentrations importants.
Par exemple, une chanson à succès aura encore plus de succès car elle sera plus diffusée, et son succès appelle encore le succès. Les autres chansons sont moins diffusées, on en parle moins donc elles le sont encore moins, etc. On arrive à des phénomènes “tout ou rien”.
Le caractère aléatoire vient du déclencheur initial, non prédictible.
Extremistan, économie et finance
Pour Nassim, l‘économie ou la finance relève de l’Extremistan, avec l’apparition possible de cygne noir, et est donc imprévisible. Il fustige les prévisionnistes et économistes, qui se trompent absolument tout le temps, qu’il considère soit comme malhonnêtes (pour les prévisionnistes qui savent que prédire est impossible, mais le font quand même en utilisant des statistiques gaussiennes), soit comme incompétents (s’ils croient vraiment pouvoir prédire).
Concernant la finance, un exemple parfait est le hedge fond Long Term Capital Management, créé en 1994 et mis en faillite en 1998. Sous la houlette de deux futurs lauréats aux prix Nobel d‘économie (Myron Scholes et Robert Merton), le hedge fond réalise à partir d’une approche purement quantitative des opérations d’arbitrages “sûres” de plus en plus importantes (sur une source, j’avais vu jusqu‘à 250 fois d’effet de levier). Après avoir multiplié par 4 la mise initiale en quatre ans, la crise financière russe de 1998 est le cygne noir, et provoque brutalement la faillite du fond.
Rebolote en 1999, ou une partie de l‘équipe créé le fonds JWM Partners avec une approche similaire Mais un effet de levier moindre. Cette fois-ci c’est la crise économique qui est le cygne noir et le fonds perd 44% entre 2007 et 2009 et est fermé au profit semble-t-il d’un nouveau en cours de constitution : JM Advisors (on sait que la finance n’a pas de mémoire, mais là c’est le ponpon…).
Extremistan et surcausation
Nassim fustige aussi ce qu’il appelle la surcausation, c’est-à-dire les explications souvent simplificatrices et réductrices a posteriori des cygnes noirs ou plus généralement de l’histoire, qui justement nous enferme dans ce paradigme du tout explicable, tout anticipable.
Investir en Extremistan
Toujours d’après Nassim, dans un environnement type Extremistan, la meilleure façon d’investir serait finalement d’avoir 80-85% de bons du trésor, pour se protéger autant qu’il est possible des cygnes noirs négatifs et 15-20% investis dans de multiples sociétés de capital-risque pour avoir la chance d’avoir un ou plusieurs cygnes noirs positifs.
Ce que le livre m’a apporté
Par rapport aux idées de ce blog, il me conforte dans les idées suivantes :
- forte diversification du patrimoine pour se protéger d’un événement négatif inattendu, qui ne manquera pas de se produire,
- multiplications des activités professionnelles et personnelles pour tomber sur un événement positif inattendu,
- inutile de perdre son temps à lire ou écouter les économistes et prévisionnistes (baril de pétrole à $200, baril de pétrôle à $20…),
- la réussite c’est du travail et de la chance !
"Nous n’avons pas besoin d’être plus intelligents que les autres, nous avons juste besoin d’être plus disciplinés que les autres" – Warren Buffet






