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Nordic American Tankers

17/05/2009 - Usine à dividendes

Un transporteur pétrolier qui reverse l’intégralité de son free cash flow en dividendes.

Nordic American Tankers (NAT) est la valeur de rendement par excellence.

NAT possède des tankers pétroliers dit suezmax (car ils passent dans l‘étroit canal de Suez) qu’il loue au prix du spot tanker market.


Alors que les autres transporteurs se sont fortement endettés pour acheter leur tankers, NAT n’a aucune dette et procède régulièrement à des augmentations de capital pour acheter de nouveaux tankers. La dilution des actionnaires existants est compensée par la hausse des revenus due à la location de ceux-ci. Chaque trimestre, tous les bénéfices sont distribués aux actionnaires.

La Maintenance des tankers est externalisée et les coûts sont connus et Maitrisés ($10 000 / jour / bateau) ; tout comme la gestion locative qui est déléguée à Stena Bulk et Frontline Management.

A partir du moment où les cours sur le spot market sont supérieurs à $10 000 / jour, on peut donc attendre un dividende.


En 2004 et 2008, les cours spot étaient élevés et les dividende aussi, $4,84 et $4,89 / action ! Celui qui possède l’action depuis 1997, a touché $38 / action en dividendes.

Je suis rentré sur NAT en Mars, et début Mai, ma plus-value virtuelle était de 40%. Je déteste (façon de parler !) avoir des plus-values importantes sur mes valeurs de rendement, car je ne sais jamais si je dois vendre ou conserver pour le dividende !

Mon erreur est de ne pas avoir défini clairement dès le départ, quelle est la valeur de NAT.

En bonne gestion, j’allège évidemment Mais conserve (à tord) l’essentiel de de ma position.

Quelques jours plus tard, NAT annonce une augmentation de capital à $32 et perd 10% en une seule séance !


L’augmentation de capital est justifiée par le management afin d’avoir des liquidités pour acheter de nouveaux tankers à des prix attractifs compte-tenu du contexte difficile.

Evidemment, c’est bien joué, car plus l’augmentation de capital a lieu à un moment où le cours est élevé, moins les actionnaires historiques sont dilués. Les perdants sont ceux qui ont acheté quelques jours avant l’annonce.

Valeur de reconstruction

NAT possède treize suezmax tankers double-coques et en attend deux autres.

Les caractéristiques de la flotte sont disponibles sur le site de la société.

Où est donc l’argus des tankers que l’on puisse évaluer la valeur de marché de chaque tanker ?

Fin 2007, NAT a commandé deux tankers neufs, en construction, pour 90 $M chacun. Pour le moment ils sont financés par des facilités de crédit, donc je les exclus de l‘évaluation de la société.

13 bateaux × 90 $M = 1,17 $Md d’actifs

Sauf que les 13 bateaux ne sont pas neufs, et valent beaucoup moins.

Ainsi, au début de l’année, NAT a acquis un tanker de 2002 (donc sept ans d’age) pour 57 $M.

13 bateaux × 57 $M = 741 $M d’actifs

Si j’exclus les deux constructions en cours, la date de construction moyenne de la flotte est 1999,4 ; donc la flotte a neuf à dix ans d’age moyen.

La valeur des treize bateaux de NAT est donc probablement inférieure à 741 $M, sauf si le management a fait une super affaire en achetant le tanker à 57 $M et que le prix de marché est en réalité plus élevé.

Néanmoins, NAT se paye environ 1,25 $Md en bourse et donc cote bien plus que la valeur de sa flotte, même si elle était neuve.

Actualisation du dividende

Le dividende moyen annuel entre 1998 et 2008 est : $3,38.

Actualisons cette valeur avec le calculateur MoneyChimp, avec les hypothèses suivantes :

  • Taux de croissance annuel dans les 5 prochaines années : 0%
  • Taux de croissance annuel par la suite : 0%
  • Taux d’actualisation : 10,5%

D’où une valeur intrinsèque : $32,19 (je laisse les décimales car c’est un copié-collé, mais on est évidemment pas à ce degré de précision)

Le taux d’actualisation est un peu sorti de mon chapeau… C’est le même que celui que j’avais appliqué à France Telecom.

Coup de chance (?), cette valeur intrinsèque estimée correspond au prix auquel se fait l’augmentation de capital !

Comparaison avec ses pairs


D’après le ratio EV/EBITDA, NAT est nettement plus cher que ses homologues : Knightsbridge Tankers (VLCCF), Frontline (FRO), Teekay Corp (TK) ou Overseas ShipHolding (OSG).

Le bémol énervant

Extrait du rapport annuel 2007 :

In order to further align the Manager’s interests with those of the Company, in 2004, the Manager agreed with us to amend the Management Agreement to eliminate this payment, and instead the Company issued to the Manager restricted common shares equal to 2% of our outstanding common Nordic American Tanker Shipping Limited Page 7 of 28 shares. Any time additional common shares are issued, the Manager will receive additional restricted common shares to Maintain the number of common shares issued to the Manager at 2% of our total outstanding common shares. These restricted shares are non-transferable for three years from the date of issuance.

De ce que je comprends, chaque fois qu’il y a une augmentation de capital, les petits comme moi sont dilués, mais pas le management, à qui de nouvelles actions sont automatiquement attribuées. C’est peut-être bien en terme d’alignement stratégique, mais une fois de plus, c’est énervant de payer des actions plein pot, alors que les dirigeants bénéficient d’attributions gratuites.

Conclusion

Ses 40% de plus-values étaient une chance, car NAT était probablement survalorisé. Il aurait fallu non pas alléger Mais solder la position pour revenir dessus plus tard.

Je conserve la position, mais solderai cette fois-ci à $35.

Je surveille VLCCF, peu endetté et moins cher (Mais plus petit et avec de très gros tankers et non plus des suezmax) et ferai une analyse s’il revient à $10.

"Une bourse d’or me paraît toujours un argument sans réplique." – Pierre Augustin Caron de Beaumarchais

 

6 commentaires

France
jmcornet
17/05/2009

Cher Philippe,
merci pour ce nouvel article très fouillé qui me coupe une fois de plus toute ambition d’apporter une contribution sur une valeur car je n’aurais ni la capacité ni le courage de rédiger un tel billet. Je m’abstiendrai donc de vous vanter les qualités que je trouve à Touax, opérateur sur le même créneau et qui me semble bien positionné pour traverser la crise, tandis que son cours est assez massacré, en faisant une valeur de rendement assez fiable sur le long terme.
J’aimerais revenir sur un passage de cette note, où vous indiquez regretter de ne pas avoir vendu la totalité de votre position, au motif que vous n’avez pas évalué la valeur de la société. Cette approche me semble étrange car le cours d’une action reflète tout sauf la valeur de l’entreprise. Je pense que (sans avoir trouvé d’information statistique sur ce sujet) environ 90% des transactions sont réalisées par des day-traders. Viser le cours correspondant à la valeur de la société, c’est comme si attendiez que vos choux ressemblent à des carottes.
Pour ma part, j’analyse une valeur au regard de sa capacité à verser un dividende, plutôt en hausse à long terme, et avec une certaine visibilité.
Mais il me faut aussi savoir quitter une valeur au profit d’une autre. C’est bien de celà dont il s’agit : si l’on écarte les cas de déception (cas de Renault qui annonçait 6.40 par action en 2008 à verser en 2009 encore au milieu de la chute de son cours, avant de dégrader progressivement à zéro) pour lesquels il faut savoir se couper un bras, la question n’est pas de savoir si l’on doit sortir d’un titre, mais de savoir si l’on peut trouver mieux ailleurs.
Voici comment je procède : parmi les valeurs qui remplissent des critères de versement régulier de dividende, présentant un bon rendement et étant sur un secteur plutôt en vogue (les secteurs ont leur heure de gloire à tour de rôle suivant les cycles), je calcule un rendement à 2 ans sur le cours du jour : pour X versé cette année et Y l’an prochain, le rendement moyen sur les 2 ans est la moyenne de X/C et Y/(C-X) si j’ai réinvesti le premier coupon.
Ce rendement à 2 ans est tenu à jour pour toutes mes lignes en portefeuille, ainsi que pour une liste d’autres valeurs présentant les qualités d’entreprise requises.
Lorsqu’une de mes lignes s’envole, le montant total de la ligne (intégrant donc ma mise augmentée de la plus-value latente) peut être mieux utilisé sur une autre société, si l’écart de rendement à 2 ans est d’au moins, disons, 1%.
C’est cette bascule qui permet de doper le rendement global de son portefeuille et ainsi accélérer sa valorisation globale.
Cette stratégie “maison” m’est venue après avoir repensé (avec nostalgie) à l’envolée irrationnelle des marchés de 1998-2000. Si l’on avait tout vendu au motif que les titres étaient “correctement valorisés”, on serait sorti très tôt du marché, on aurait tout placé en livret (au rendement minable) puisqu’il n’y avait aucune “bonne affaire”, ce qui n’est pas le but.
Pour moi, sortir d’un titre c’est pour rentrer sur un autre, donc la décision se fait au regard de deux analyses croisées. Tant que je ne suis pas sorti, mes titres me rapportent le rendement élevé de ma mise initiale, ce qui permet de patienter.
Au plaisir de vous lire,
JMC

Switzerland
Thierry Collart
17/05/2009

Merci pour cette analyse Philippe.

De mon côté, je préfère valoriser NAT sur l’unique base de son dividende et de sa capacité à le maintenir.
Il faut en effet tenir compte de la faiblesse des taux actuelle pour mieux comprendre que certains acceptent de payer NAT assez cher.
Si le dividende est maintenu à long terme, on peut tout de même attendre 10% de cet investissement, ce n’est pas mal du tout, même s’ily a probablement mieux ailleurs.

Je pratique également les analyses croisées comme M. Cornet l’explique. Lorsque je vends une ligne, c’est pour obtenir un plus gros dividende sur une autre. Mon but ultîme étant de faire grossir mon rendement par l’augmentation des distributions de mes sociétés et par des arbitrages relutifs.

L'investisseur heureux : devenir rentier
Philippe
18/05/2009

Bonjour Jean-Marc, Thierry,

Merci pour TOUAX, que je ne connaissais pas ! Je ne suis pas du tout les micro caps françaises, c’est manifestement un tord.

Concernant vos commentaires, que nous pourrons rediscuter en détail dans un billet dédié, je pratique cette démarche aussi pour des secteurs que je ne sais pas évaluer (pharmacie par ex).

La démarche de l’investisseur dans la valeur, c’est bien de couper la position quand le prix = la valeur. Evidemment, si ensuite le marché est irrationnelle à la hausse, on loupe celle-ci. En contrepartie, on ne subit pas la baisse (par exemple FTE est monté certes à 200 mais s’est retrouvé à 7 par la suite).

L’idéal est de placer des stops loss et d’accompagner la hausse, mais mon broker ne semble pas l’autoriser sur les valeurs US.

J’ajoute que ses “analyses” que j’essaie de faire c’est aussi pour l’exercice et “m’améliorer”.

Bonne semaine !

L'investisseur heureux : devenir rentier
Philippe
28/01/2010

Je m’auto-commente.

Je suis déçu du management de NAT.

En novembre 2009, le management disait qu’il n’y aurait pas de nouvelles augmentations de capital pour acheter de nouveaux bateaux, étant donné qu’il y en avait déjà trois en cours de construction.

Or il y a quatre jours, le management annonce une nouvelle augmentation de capital de 122 $M pour acheter encore d’autres navires.

1) ces augmentations de capital maintenant trop fréquentes empêche le cours de monter,
2) le management reçoit systématiquement des actions gratuites pour conserver 2% du capital, donc conflit d’intérêt énorme puisqu’il en est l’initiateur,
3) la compagnie est immatriculée au Bermudes, leurs éventuelles opérations de vente n’apparaissent pas dans les insiders activities,
4) compte-tenu du nombre d’actions qu’ils possèdent déjà et les $M de dividendes qu’ils reçoivent chaque année devraient être suffisamment “incitatifs” à la bonne gestion de NAT, sans qu’ils aient encore “droits” à des actions gratuites,
5) a fortiori si l’on tient compte que NAT est une coquille vide de quelques personnes, dont toute la gestion opérationnelle est externalisée à FrontLine.

Last but not least, je n’y avais pas songé avant, mais comme la compagnie est cotée sur le NYSE, l’immatriculation étant aux Bermudes, les dividendes ne bénéficient pas de l’abattement de 40% que l’on peut avoir sur d’autres actions US (du coup avec mon TMI de 40%, je ne vous fait pas de dessin sur ce qu’il va me rester sur les dividendes perçus).

L’absence de dettes, des augmentations de capitales hyper-fréquentes, une gestion externalisée et opaque, des managers qui prennent leurs dîmes à chaque augmentation de capital, une fiscalité pénalisante, cela ne vous rappelle rien ?

NAT est une SCPI du transport maritime !

Bref, je solderai ma position à l’occasion et on ne m’y reprendra plus à investir dans une compagnie “exotique”.

France
coulous
02/02/2010

Bonjour

As-tu un avis sur DRYS dans le même secteur que NAT ?

En regardant la valeur le PER est assez bas : mais je ne la trouve pas dans ton screener.

Merci pour ton blog

L'investisseur heureux : devenir rentier
Philippe
02/02/2010

Bonjour,
Elle n’est pas dans le screener malgré sa taille car elle n’a pas versé de dividende depuis 2008.
Je n’ai pas d’avis sur la valeur mais le PER n’est pas un outil pertinent pour juger d’une compagnie de tankers car ce sont des sociétés souvent très endettées.
Privilégiez l’EV/EBITDA et comparer le avec ses paires.
Drys étant immatriculée en Grèce et non aux Bermudes , si dividendes il y a et que vous êtes français, vous devriez (à vérifier) avoir droit au 40% d’abattement, ce qui est un bon point par rapport à NAT.
N’hésitez pas à partager votre future analyse.


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