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Nestlé

29/03/2009 - Valeur de fond de portefeuille décotée

Une analyse de l’action Nestlé, du secteur consommation non durable, selon l’approche opportuniste de l’investisseur intelligent de Benjamin Graham.

Billet invité : Auguste

Il existe une autre valeur que je souhaite examiner, c’est Nestlé (NESN). Cette fois-ci non plus selon les critères de l’investisseur prudent (L’investisseur intelligent de Benjamin Graham, chapitre 14) Mais selon ceux exposés dans le chapitre 11 (lay investor ou investisseur moyen) et repris par Philippe dans Investir dans la valeur (1/2).

Afin de juger de sa valeur, on retient donc la formule suivante :

Valeur = résultat courant × 8,5 + 2 × croissance attendue G

qui peut également s‘écrire :

PER "juste" = 8,5 + 2 × croissance attendue G

Les chiffres sont donnés en Francs suisses ou CHF. Il faut noter au passage que l’achat d’une valeur cotée dans une devise étrangère est un facteur d’incertitude contre lequel il existe d’ailleurs des solutions.

Evolution des résultats

Année 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
RN 4,7 5,8 6,7 7,6 6,2 6,6 8 9,2 10,7 18
G 11 18 13,7 11,7 -21,7 6,2 17,2 13 13,6 41

Il y a en 2008 un résultat exceptionnel de 10,8 Md qui vient à point pour sauver l’année, la baisse du résultat serait sinon de plus de 40%. Sur dix ans, on a une croissance moyenne du résultat de 12,5%. C’est ce chiffre que je retiens pour calculer la juste valeur. Cela me donne un coefficient de 33,5. Ramené au bénéfice par action 2008 de 4,87 CHF, le prix de celle-ci devrait donc être, pour 2009, de 163,15 CHF (le cours au 20/3/2009 est de 36,5 CHF). Ce chiffre semble un peu élevé, tentons plutôt de prendre le bénéfice par action hors exceptionnel : Il est de 1,89 CHF, qui multiplié par 33,5 donne une valeur juste de l’action de 63,15 CHF. Au cours actuel, on est donc proche d’une décote de sûreté de 50%, mais c’est seulement à 31,5 CHF que l’on pourra acheter selon Graham.

Remarques

Si l’on en croit la direction de NESN, 2009 devrait être une année de croissance. Le résultat net courant qui nous a servi pour calculer la “juste valeur” (1,89 CHF) n’est pas en ligne avec celui des années précédentes. On peut donc espérer une nette amélioration de celui-ci en 2009, ou a contrario, considérer que la forte baisse du résultat courant en 2008 incite à la prudence, et ce malgré les prévisions optimistes pour 2009.

Le résultat exceptionnel de 2008 pourrait se répéter dans les années qui viennent : il résulte principalement de la vente de 25% d’Alcon, dont NESN détient encore plus de 50%, ce qui pourrait représenter plus de 20 Md CHF ou la valeur de deux résultats courants annuels !

Depuis plus de dix ans NESN distribue un dividende faible Mais en augmentation annuelle moyenne de près de 12%. En d’autres termes, le payout n’est pas très bon Mais le dividende a au moins le mérite d’accompagner les résultats.

La société est valorisée à ce jour 140 Md, 117 Md fin 1999 et 204 Md fin 2007. Sur cette même période, son CA a augmenté de 50% et son RN a plus que doublé.

"C’est quand la mer se retire que l’on voit ceux qui se baignent nus." – Warren Buffet

 

4 commentaires

L'investisseur heureux : devenir rentier
Philippe
30/03/2009

Bonjour Auguste !

Deux remarques : vous pouvez constater que la formule de Graham n’est pas la panacée, puisqu’on obtient ici un PER “juste” de 33, ce qui énorme. C’est seulement l’application d’une marge de sécurité de 50% qui conduit à un PER de 16,5, plus en phase avec le marché. Mais je ne vois pas où est la marge de sécurité quand on achète une action mature à un PER de 16,5…

Pour calculer le taux de croissance, plutôt que prendre le résultat, pour ce type de société, je préfère prendre le CA, justement moins sujet aux aléas (cessions exceptionnelles, dotation aux amortissements).

Pour le calcul de G, mon interprétation est peut-être mauvaise, mais j’avais compris qu’il s’agissait de la croissance annualisée en % sur dix ans et non de la moyenne sur dix ans de la croissance annuelle.

G : ( 10,7 ÷ 4,7 ) ^ (1 / ( 2007 - 1999 ) ) - 1 = 10,83%

Je n’ai pas pris 2008 pour éviter d’avoir la cession exceptionnelle. On voit qu’avec ce mode de calcul G est légèrement moins élevé, avec un PER “juste” de 29,7.

Ca reste assez élévé et je ne sais pas ce que vous en penser, mais j’émets des réserves sur la formule de Graham qui ne me parait pas adaptée aux conditions de notre époque.

France
Auguste
08/04/2009

Bonjour Philippe,

Vous m’interrogiez sur Graham et ses formules. Je les tire d’une édition en anglais (qui peut-être diverge de la vôtre, je sais qu’il y a eu plusieurs versions) : The Intelligent Investor, Collins Business Essentials, 2005, New York ; avec une préface de W. Buffett. Le texte de Graham date de 1972.

P. 295 Graham indique, sous le titre “Capitalization Rates for Growth Stocks” la formule suivante :
Value = Current (Normal) Earnings x (8,5 plus twice the expected annual growth rate)
The growth figure should be that expected over the next seven to 10 years.
Il ajoute que cette formule ne donne pas la “vraie valeur” de l’entreprise mais permet de remplacer des formules de calcul plus compliquées (DCF ?). J’espère pouvoir en lire plus ce week-end et revenir vers vous si je trouve d’autres réponses.

Pour la question des moyennes de croissance du résultat, je lis dans le chapitre 14 p. 348 5)Earnings growth qu’il faut prendre, sur dix ans, la moyenne des 3 premières et celle des 3 dernières années. D’autres calculs sont proposés, j’essaierai des les retrouver mais je crois que le principal est de dégager une tendance.

Cordialement,

AK

L'investisseur heureux : devenir rentier
Philippe
08/04/2009

Bonjour Auguste,

Ca fait plaisir de vous lire !

J’ai la même édition du livre de Graham que vous mais en français !

Je soulignais juste que la formule de Graham conduisait à des PER élevé. Mais c’est vrai que faire la moyenne des 3 derniers résultats et 3 premiers réduit un peu le résultat.

En fait c’est son facteur “2,5” qui est trop élevé je trouve.

Pour la DCF, cet excellent site permet son calcul facilement :
http://www.moneychimp.com/articles/valuation/dcf.htm

Cordialement,

France
alcibiade
27/04/2009

Walter Mac Graw -MIT - envisage nestlé comme LA valeur internationale la mieux secure. Ce qui signifie la moins risquée, ce critere peut paraitre pejoratif quand on veut faire des coups.Sans apparitre comme une valeur de pater familias nestlé est certainement la meilleure colonne vertebral d’un patrimoine refusant les extrasystoles


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