GDF SUEZ

22/03/2009 - Un utility français défensif

Une analyse de l'action GDF-SUEZ, du secteur services aux collectivités, selon l'approche prudente de l'investisseur intelligent de Benjamin Graham.

Billet invité : Auguste

Je m’inspire également du livre L’investisseur intelligent de Benjamin Graham et en particulier le chapitre 14 évoquant l’investisseur défensif.

Deux valeurs m’intéressent à ce stade : GDF-SUEZ (GSZ), une “public-utility” et NESTLE (NESN). Avec GDF-SUEZ, j’ai eu quelques difficultés car c’est seulement à partir de 2005 que la société est cotée par actions. La récente fusion avec SUZE n’est pas prise en compte dans mes calculs : elle remonte à la mi-2008 et on attendra avec intérêt le prochain rapport annuel au mois d’Avril 2009 sans doute, l’AG étant prévue le 4 Mai prochain. Les calculs proposés par Graham pour les “public-utilities” remontent aux années 1970, or depuis cette époque ces entreprises se sont plutôt mises au service d’intérêts privés que publics ou collectifs et elles sont par ailleurs largement “dérégulées”. En cela, GSZ n’est pas une “utility” des années 1970, mais on entendait encore ce week-end que c’est le gouvernement qui fixe le prix du gaz, donc l’un contre-balance l’autre.

Comme toute méthode, celle de Graham n’est pas parfaite. Elle ne permet pas de dormir tranquille, elle cherche à rendre nos nuits plus calmes. mais plus que toute méthode, elle présente un avantage qui est de vous obliger à faire vos devoirs pour investir en bourse : étudier, comparer, calculer par soi-même.

Voilà maintenant les enseignements du chapitre 14. Il s’agit des conditions nécessaires et suffisantes pour investir prudemment en particulier dans des “utilities” :

1) Une taille adaptée de l’entreprise : pas moins de 400 $M de CA (revenues) et 200 $M d’actif (total assets). Ces chiffres sont réévalués de l’inflation US depuis 1973, soit environ 400%.

GSZ : CA = 83 Md€ et capitaux propres = 63 Md€

2) Une situation financière bien assise : une dette qui ne dépasse pas deux fois les capitaux propres (stock equity at book value)

GSZ : 90 Md€ de dettes et donc 1,5 fois les CP

3) Des revenus (some earnings) depuis dix ans au moins

GSZ : oui, depuis 1998 au moins

4) Paiement d’un dividende sur les vingt dernières années

GSZ : oui, mais en théorie car la privatisation est récente comme la distribution de dividendes

5) Croissance des revenus d’au moins 1/3 au cours des dix dernières années en faisant la moyenne des trois premières et dernières

GSZ : oui, avec respectivement 444 M€ et 2,192 Md€, près de 500% !

6) PER modéré et inférieur à 15 sur les trois dernières années

GSZ : oui, mais proche de 15 de 2005 à 2007 en retenant une valorisation moyenne du titre. Au 23/03/2009, le PER 2009 prévisionnel est 10,33.

7) Ratio capitalisation/actifs raisonnable (moderate ratio of price to assets) : le prix de l’action ne doit pas dépasser 1,5 fois les capitaux propres (book value)

GSZ : 0,85 au cours actuel de 24 €. Cependant, un PER inférieur à 15 peut justifier un ratio supérieur. Une méthode simple pour calculer cela : le ratio multiplié par le PER ne doit pas dépasser 22,5. Ainsi, si par exemple le PER vaut 9, on pourra retenir des actions valant 2,5 fois les capitaux propres.

8) Le résultat par rapport au cours de l’action doit être supérieur au rendement des obligations d’entreprise AAA à 30 ans

Ainsi, pour un PER moyen de 14,4 en 2007, le rendement de GSZ est de presque 7% (100÷14,4) donc largement supérieur au rendement obligataire.

On voit donc que GDF-SUEZ entre parfaitement dans la catégorie des entreprises pour investisseur prudent. Cependant, rien n‘étant parfait en ce bas monde, il faut aussi tenir compte de facteurs impondérables que sont la fixation réglementaire des prix déjà citée et les cours d’approvisionnement du gaz. At last but not least, quel sera l’impact de la fusion avec SUEZ ? Nous en aurons bientôt une première illustration.

Les critères proposés par Graham sont très exclusifs. La crise récente a augmenté le nombre des entreprises qui passent ce test. Il n’existe à ma connaissance pas en France de screeners (sélecteurs, filtreurs) d’actions comme on en trouve aux Etats-Unis. Si l’on veut savoir quelles autres entreprises répondent à ces critères, il faut aller rechercher par soi-même les informations financières.

Je tenterai une prochaine fois de parler de NESTLE, mais je crains déjà qu’elle ne convienne pas à l’investisseur prudent décrit par Graham.

"Achetez seulement des choses que vous serez parfaitement heureux de posséder si le marché s’effondre pendant dix ans." – Warren Buffet

 

3 commentaires

L'investisseur heureux : devenir rentier
Fabrice
23/03/2009

Merci Auguste pour votre analyse, ça fait plaisir.

Je ne suis pas GDF-SUEZ, car :
a) Elle ne répond pas à mes critères de fréquence de dividendes
b) l’Etat français possède encore 35% du capital et je préfère quand le flottant est élevé, garantie d’une meilleure gouvernance.

Mais en dehors de cela, comme vous le montrer, elle répond très bien aux critères défensifs de Graham.

Concernant les screeners français, vous pouvez regarder http://www.infinancials.com (inscription gratuite 15 jours), les données financières présentes sont internationales.

L'investisseur heureux : devenir rentier
Fabrice
26/03/2009

A propos de la gouvernance de GDF-Suez :

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Rémunération
Plus d’un million de stock-options versés à deux dirigeants de GDF Suez
L’Expansion.com -  26/03/2009 11:26:00
GDF
GDF, premier gagnant de la libéralisation.

Le groupe d’énergie fait valoir qu’il n’a ni fait appel aux aides de l’Etat ni mis en oeuvre de plan social. Il aurait même embauché 13 000 personnes en France en 2008.

Le groupe d’énergie GDF Suez a confirmé mercredi le versement de 1,1 million de stock-options à ses deux principaux dirigeants, à la suite d’une information dévoilée par le site internet Médiapart.

Le conseil d’administration du groupe gazier a accordé, le 12 novembre 2008, 830.000 stock-options au PDG du groupe, Gérard Mestrallet, et 300.000 à son vice-président, Jean-François Cirelli. Ces stock-options sont exerçables à partir de 2012 au cours de 32,75 euros par titre, soit plus que le cours actuel de l’action (27,79 euros mercredi à la clôture de la Bourse de Paris).

Lors de leur attribution en novembre, les stock-options accordées à M. Mestrallet avaient été estimées à 7,7 millions d’euros et celles accordées à M. Cirelli à 2,8 millions d’euros, selon Médiapart. GDF Suez n’a pas contesté ces chiffres mais a souligné qu’ils étaient purement “indicatifs”, calculés en fonction des prévisions d’évolution du cours à moyen et long terme. “Personne ne peut dire combien vont valoir ces stock-options. Pour l’instant, elles ne valent rien car le cours de l’action est inférieur au prix d’exercice”, a remarqué un porte-parole. Il a en outre souligné que leur exercice était soumis “à des conditions de performance très strictes”.

GDF créateur d’emplois en 2008 et 2009

“GDF Suez n’est pas une entreprise qui fait appel aux aides de l’Etat: on est plutôt un contributeur net”, a-t-il précisé, ajoutant que le groupe avait “embauché 13.000 personnes en France en 2008” et allait en recruter “8.000 en 2009”. Le groupe énergétique a enregistré en 2008 un bénéfice net de 6,5 milliards d’euros, en hausse de 13%. Il a annoncé qu’il verserait un dividende de 4,8 milliards d’euros au titre de l’année 2008, dont une partie en actions. L’Etat français est son premier actionnaire, à hauteur de 35,7%.

Le président français Nicolas Sarkozy a affirmé mardi qu’il ne devait pas y avoir “de parachutes dorés, de bonus, de distribution d’actions gratuites ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l’Etat, qui met en oeuvre un plan social d’ampleur ou qui recourt massivement au chômage partiel”.

Switzerland
cfaforever
05/05/2009

voir aussi www.thescreener.com (dont les services sont offerts à l’essai par cortalconsors) qui évalue également les equities sur un modèle comparable.


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