GDF SUEZ
Billet invité : Auguste
Je m’inspire également du livre L’investisseur intelligent de Benjamin Graham et en particulier le chapitre 14 évoquant l’investisseur défensif.
Deux valeurs m’intéressent à ce stade : GDF-SUEZ (GSZ), une “public-utility” et NESTLE (NESN). Avec GDF-SUEZ, j’ai eu quelques difficultés car c’est seulement à partir de 2005 que la société est cotée par actions. La récente fusion avec SUZE n’est pas prise en compte dans mes calculs : elle remonte à la mi-2008 et on attendra avec intérêt le prochain rapport annuel au mois d’Avril 2009 sans doute, l’AG étant prévue le 4 Mai prochain. Les calculs proposés par Graham pour les “public-utilities” remontent aux années 1970, or depuis cette époque ces entreprises se sont plutôt mises au service d’intérêts privés que publics ou collectifs et elles sont par ailleurs largement “dérégulées”. En cela, GSZ n’est pas une “utility” des années 1970, mais on entendait encore ce week-end que c’est le gouvernement qui fixe le prix du gaz, donc l’un contre-balance l’autre.
Comme toute méthode, celle de Graham n’est pas parfaite. Elle ne permet pas de dormir tranquille, elle cherche à rendre nos nuits plus calmes. mais plus que toute méthode, elle présente un avantage qui est de vous obliger à faire vos devoirs pour investir en bourse : étudier, comparer, calculer par soi-même.
Voilà maintenant les enseignements du chapitre 14. Il s’agit des conditions nécessaires et suffisantes pour investir prudemment en particulier dans des “utilities” :
1) Une taille adaptée de l’entreprise : pas moins de 400 $M de CA (revenues) et 200 $M d’actif (total assets). Ces chiffres sont réévalués de l’inflation US depuis 1973, soit environ 400%.
GSZ : CA = 83 Md€ et capitaux propres = 63 Md€
2) Une situation financière bien assise : une dette qui ne dépasse pas deux fois les capitaux propres (stock equity at book value)
GSZ : 90 Md€ de dettes et donc 1,5 fois les CP
3) Des revenus (some earnings) depuis dix ans au moins
GSZ : oui, depuis 1998 au moins
4) Paiement d’un dividende sur les vingt dernières années
GSZ : oui, mais en théorie car la privatisation est récente comme la distribution de dividendes
5) Croissance des revenus d’au moins 1/3 au cours des dix dernières années en faisant la moyenne des trois premières et dernières
GSZ : oui, avec respectivement 444 M€ et 2,192 Md€, près de 500% !
6) PER modéré et inférieur à 15 sur les trois dernières années
GSZ : oui, mais proche de 15 de 2005 à 2007 en retenant une valorisation moyenne du titre. Au 23/03/2009, le PER 2009 prévisionnel est 10,33.
7) Ratio capitalisation/actifs raisonnable (moderate ratio of price to assets) : le prix de l’action ne doit pas dépasser 1,5 fois les capitaux propres (book value)
GSZ : 0,85 au cours actuel de 24 €. Cependant, un PER inférieur à 15 peut justifier un ratio supérieur. Une méthode simple pour calculer cela : le ratio multiplié par le PER ne doit pas dépasser 22,5. Ainsi, si par exemple le PER vaut 9, on pourra retenir des actions valant 2,5 fois les capitaux propres.
8) Le résultat par rapport au cours de l’action doit être supérieur au rendement des obligations d’entreprise AAA à 30 ans
Ainsi, pour un PER moyen de 14,4 en 2007, le rendement de GSZ est de presque 7% (100÷14,4) donc largement supérieur au rendement obligataire.
On voit donc que GDF-SUEZ entre parfaitement dans la catégorie des entreprises pour investisseur prudent. Cependant, rien n‘étant parfait en ce bas monde, il faut aussi tenir compte de facteurs impondérables que sont la fixation réglementaire des prix déjà citée et les cours d’approvisionnement du gaz. At last but not least, quel sera l’impact de la fusion avec SUEZ ? Nous en aurons bientôt une première illustration.
Les critères proposés par Graham sont très exclusifs. La crise récente a augmenté le nombre des entreprises qui passent ce test. Il n’existe à ma connaissance pas en France de screeners (sélecteurs, filtreurs) d’actions comme on en trouve aux Etats-Unis. Si l’on veut savoir quelles autres entreprises répondent à ces critères, il faut aller rechercher par soi-même les informations financières.
Je tenterai une prochaine fois de parler de NESTLE, mais je crains déjà qu’elle ne convienne pas à l’investisseur prudent décrit par Graham.
"Achetez seulement des choses que vous serez parfaitement heureux de posséder si le marché s’effondre pendant dix ans." – Warren Buffet




